Le christianisme cathare


Philosophie et histoire du catharisme






Lettre de Yves
le 16 août 2008

IMER ! La polysémie du verbe est source de grande confusion. On peut éprouver de l’affection, de l’amitié, de la tendresse, de la sympathie pour une personne. On dira qu’on l’aime. On peut aussi ressentir de l’amour, de la passion. On jugera de même. On peut difficilement être amoureux d’un animal, mais si l’on éprouve quelque affection, on dira aussi qu’on l’aime. Le verbe a une forme pronominale réfléchie : on peut dire que l’on se trouve bien, que l’on est attaché à soi-même, bref que l’on s’aime. Il a également une forme réciproque : deux personnes peuvent être liées par l’affection ou l’amour. Faire l’amour signifie généralement s’aimer la nuit. Mais ce n’est pas tout. On peut aussi aimer quelque chose : la musique, la lecture, l’érotisme, le soleil ou la cuisine ; on peut aimer un endroit, une situation, une activité lucrative, politique, sportive, ludique ou bucolique. Le terme n’est pas limité à une valeur morale : on peut aimer le mal tout autant que le bien.

Le problème consiste à découvrir le lien qui réunit sous un même vocable des sentiments si différents. A l’évidence, aimer l’agneau qui gambade dans le pré n’a pas le même sens qu’aimer l’agneau rôti. Aimer Bach ou la chasse à la palombe n’appelle pas les mêmes sensations ; de même, aimer les danses lascives ou les combats de boxe. Entre l’amour de son chien et celui de ses enfants, il n’y a pas qu’une question de degré. On n’aime pas une personne comme une choses, pas plus que l’on n’aime une activité comme un plat cuisiné. Mais tout ce que l’on aime provient d’une représentation sensuelle qui procure un sentiment de plaisir. La contradiction des divers penchants humains semble levée puisque les appétits comme les agréments varient selon les états d’âme et que l’on peut aimer des personnes ou des choses en apparence contraires. Aimer est toujours une réponse des sens liée au bonheur de vivre.

Nous pourrions en rester là et juger la question résolue s’il n’y avait l’amour de Dieu. Comment mêler l’idée de Dieu à toutes ces contradictions dont nous avons cru nous défaire en disant qu’aimer est un plaisir. Car, si nous concevons que l’idée de Dieu procure une joie, nous ne pouvons trouver en un amour aussi sublime un plaisir commun qui s’exprimerait de même par le verbe aimer. L’amour de Dieu est généralement lié au sentiment que procure une atmosphère paisible, une écoute musicale, une contemplation de l’Eden, un partage du pain. Un tel sentiment requiert une sensualité à basse fréquence. En sorte qu’aimer Dieu consiste à choisir ses plaisirs. Le problème n’est qu’à moitié résolu. Dire que Dieu est présent en certains agréments, absent des autres, revient à le localiser ici ou là. Or, aimer Dieu, c’est aimer la vie (dont il est le principe) dans sa totalité. Pour cette seule raison un seul verbe dit le tout. A l’inverse, si je réprouve la vie, je ne peux aimer Dieu.

Le cathare a conscience de l’essence impitoyable de la vie et de son imbrication avec la mort. Il sait que le bonheur n’est qu’un moment volé, que le plaisir est la contrepartie nécessaire à la souffrance (sans lui la volonté de vivre disparaîtrait). Il est lucide et ne réduit le plaisir que pour diminuer son contraire. Il ne craint pas le dieu de la vie et n’est point son esclave. Il le respecte mais soutient son regard. Il le fréquente sans l’aimer. Le cathare cherche à éveiller sa propre conscience. L’attache qu’il tente de fixer dans le domaine de l’Esprit pur est de l’ordre de la relation contemplative ou fusionnelle, non du sentiment. Son dieu n’a point de part au chaos de l’univers, ni à l’amour ni à la haine, ni à la vie ni à la mort. Le dieu inconnu, dont il pressent ou devine l’absence, est un dieu purement intelligible, différent du dieu commun qui vulgarise le verbe aimer et appelle des émotions contradictoires. La relation à l’humanité prend alors la forme d’une rencontre des consciences dont la qualité ignore la confusion. Le pur amour que le cathare propose est affranchi du jugement. Il est si peu incarné que l’on peut dire qu’il n’est lié qu’à l’Esprit.









Histoire et philosophie cathare

Yves Maris

E dualisme chrétien trouve ses fondements dans la philosophie de Paul de Tarse. Son disciple, Marcion de Sinope, montre l’irréductible opposition des deux concepts de Dieu portés par la vieille Bible et par l’Evangile. Son Eglise spirituelle s’étend de l’Orient à l’Occident dès le IIème siècle, jusqu’à tendre le relais à la nouvelle Eglise des bons chrétiens (les cathares) et disparaître au XIème siècle.

Nous proclamons qu’une telle vision du monde est toujours vivante au XXIème siècle et qu’un questionnement semblable progresse dans les sciences et les consciences.

Dieu n’a pas de réalité dans le monde. Il est absent et n’est pas opposable. Pourtant, l’idée de Dieu purifiée se révèle dans les esprits. Cette purification est un chemin de vérité qui passe par la réalité des faits et la logique du discours. Toute lecture des textes fondateurs doit s’appuyer sur la méthode historico-critique qui invalide les raisonnements théologiques.

La vieille Bible montre un Dieu législateur attaché aux valeurs mondaines, tandis que l’Evangile dévoile un Dieu détaché du monde.

Paul élabore l’idée de deux créations :

  • le Dieu biblique crée un homme instinctif et passionné, issu du règne animal;
  • le Christ crée un fils d’homme, issu du règne de l’esprit, capable du discernement de conscience. Il n'annonce pas la régénération de la chair, mais le rebut.

Le monde fondamentalement mauvais dans lequel nous vivons appartient au Diable. Le mal – qui n’est, tout simplement, que ce qui fait mal – est premier et le bien ne vient jamais que soulager l’excès de mal. Le dualisme oppose la non-violence à la violence. Vu que le mal est intrinsèquement lié à la vie, pourquoi imaginons-nous un Dieu créateur de toute bonté ? Il y a là une sorte d’attachement affectif qui nous relie au Diable comme l’esclave à son maître. Ce questionnement nous situe dans la tradition paulinienne où nous retrouvons le christianisme de Marcion de Sinope et des cathares d’Occitanie.

Nous témoignons que les flammes des bûchers n’ont jamais brûlé les pensées. Une espérance nouvelle germe dans les multitudes qui pérégrinent par les sentiers escarpés des hauts lieux de la pensée cathare. Nos moyens de communication nous relient aux chrétiens en quête de sens et aux croyants cathares d’Europe et d’Occident. Notre christianisme n’est pas dogmatique. Il s’agit d’abord d’un questionnement qui a pour origine la vision douloureuse du monde. Il suscite la compassion et s’inscrit dans la simplicité de vie. Et chacun de nous se hâte à son rythme, sur le même chemin, vers le dieu inconnu.

La philosophie cathare est une philosophie de libération qui renverse la perspective commune. Elle rencontre, dans la société humaine, une difficulté aussi grande que celle de Galilée qui cherchait à démontrer que l’évidence était pourtant l’erreur.

En 1309, le dernier cathare revêtu et martyr, Guillaume Bélibaste, prophétisait : « Au bout de sept cents ans le laurier reverdira… »


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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