Les cathares et le catharisme


Histoire et philosophie cathare

« CHEMINS CATHARES » propose des articles et essais de Yves MARIS en vue d’approfondir la philosophie des cathares.

La voix de Yves MARIS s'est tue le 29 juillet 2009.
Nous souhaitons que sa parole continue à circuler.

Mais, conscient que la « Parole essentielle » est présente
en chacun de nous, notre père disait aussi :

« Les mots ont une limite, le discours s’épuise lorsque l’ineffable, l’indicible, le sublime vient toucher la conscience.
Il ne reste alors que le silence à partager. »


Ses enfants.







L'éthique des affaires

Partie 3

La quête de sens pour l’aventure humaine

EU à peu, la conscience humaine a élaboré une pensée, touchant aux manières de vivre et d’agir dans le monde, comme un fruit de l’évolution. Un ordre s’est établi dans la vie individuelle et sociale. Il pose les règles qui mesurent les actes de chacun et objectivent les jugements de valeur. Les deux termes « éthique » et « morale » existent dans toutes les langues philosophiques. Ils viennent du grec « ethos » et du latin « mores » qui signifient tous deux « mœurs ».

Dans la langue française, « éthique » et « morale » sont des substantifs synonymes. Cependant, l’on peut attribuer une nuance philosophique au premier et religieuse au second. En ce sens, la morale constitue un ensemble de jugements d’existence, relatifs à un code social particulier. Elle concerne l’individu au regard d’une société morale donnée. Plongeant ses racines dans l’affectivité, elle est d’ordre psychique. Par différence, l’on peut dire que l’éthique est une règle de vie raisonnable, en quête de l’absolu. Elle implique une conscience universelle qui procède de la connaissance, par opposition à la révélation. Elle touche à l’ordre spirituel de la sagesse.

Associée au « moralisme », « la morale » est une expression marquée par le discrédit. Elle apparaît comme une maladie de l’âme, inoculée par des idéologies religieuses, mourantes ou encore bien vivantes. C’est probablement la raison pour laquelle le terme «éthique » a la préférence pour signifier, aujourd’hui, une nouvelle quête de sens. Le moralisme reste attaché à un chapelet d’interdits liberticides qui contredit l’éthique, en lui ôtant ce fondement qu’est la liberté de conscience. Il vise à confondre l’homme, coupable d’une infraction à la norme, avec la faute commise. Or, l’éthique ne peut porter de jugements de valeur que sur des actes objectivement blâmables, non sur des personnes subjectivement excusables.

Un penchant machiavélique veut considérer « l’éthique des affaires » comme un sous-ensemble de la gestion des entreprises. Le concept d’éthique est alors corrompu en une sorte de « produit éthique » qui cherche à répondre à une attente du marché, dans le but d’optimiser les profits. Il s’agit là d’une terrible perversion du sens qui donne à voir l’abîme en lequel les valeurs peuvent être précipitées. Mieux vaudrait parler alors de « l’hypocrisie des affaires », dans le sens grec du terme hypocrisis qui signifie « le jeu de l’acteur », et utiliser l’expression « l’éthique des hommes d’affaires » pour parler véritablement de valeurs.

La philosophie stoïcienne enseigne que la nature, prise dans sa globalité physique, biologique et humaine, parle un langage. Ce langage est appelé « raison ». La sagesse consiste à reconnaître et à parler ce langage en chacun des actes de vie. C’est ainsi qu’à l’image de l’ordre cosmique, la société des hommes devrait se déployer dans l’harmonie.

Bien plus encore que l’individu, l’entreprise peut concourir à l’ordre ou au désordre planétaire. En ce sens, elle peut être raisonnable ou déraisonnable. C’est là qu’intervient le concept d’« éthique des affaires ». Il s’agit d’un questionnement moral sur les conséquences des actes de gestion, d’un point de vue qui englobe l’homme, la société et la nature. L’éthique constitue le point de rencontre du philosophe et du dirigeant, au moment où l’entreprise est interpellée sur ses responsabilités morales, dans les domaines de l’environnement social et naturel.

Non seulement l’éthique n’est pas contradictoire avec l’efficacité et le bonheur, mais, à bien penser, elle en constitue la condition vraie. Ne confondons pas éthique et moralisme. Loin de se borner à un code d’obligations et d’interdits, l’éthique est l’expression de la liberté de l’homme en quête de bonheur et d’harmonie. Elle se caractérise comme un état d’esprit qui vise à situer l’homme dans un équilibre parfait. Elle concourt à la réalisation de l’humain dans ses trois composantes, corps, âme et esprit.

Chaque homme naît avec les qualités particulières qui édifient sa personnalité. Il ne s’agit pas pour lui de se ranger sans concession sous quelque autorité morale que ce soit, mais de savoir à quel bonheur ses qualités le destinent. Son but est de réaliser au mieux sa nature humaine, d’ouvrir les voies qui le conduisent à lui-même, d’avoir la volonté de refuser la médiocrité et de concourir pour la perfection. Fruit de la personnalité, l’éthique devient une œuvre originale. L’ouvrage de chaque jour en constitue peu à peu la forme, l’éclat et la beauté.

L’éthique est une forme qui donne vie à l’esprit, une référence constante à la fraternité humaine. Seul l’amour conduit au comportement idéal, l’amour absolu qui sourd de soi-même et s’étend à l’ensemble du vivant. Ces mots du philosophe ont-ils une puissance qui les rendrait inaudibles au dirigeant d’entreprise ? Deux hommes se parlent. Et l’intérêt de la problématique réside dans le mouvement dialectique entre le discours de sagesse et celui de l’action.


Histoire et philosophie cathare

e dualisme chrétien trouve ses fondements dans la philosophie de Paul de Tarse. Son disciple, Marcion de Sinope, montre l’irréductible opposition des deux concepts de Dieu portés par la vieille Bible et par l’Evangile. Son Eglise spirituelle s’étend de l’Orient à l’Occident dès le IIème siècle, jusqu’à tendre le relais à la nouvelle Eglise des bons chrétiens (les cathares) et disparaître au XIème siècle.

Nous proclamons qu’une telle vision du monde est toujours vivante au XXIème siècle et qu’un questionnement semblable progresse dans les sciences et les consciences.

Dieu n’a pas de réalité dans le monde. Il est absent et n’est pas opposable. Pourtant, l’idée de Dieu purifiée se révèle dans les esprits. Cette purification est un chemin de vérité qui passe par la réalité des faits et la logique du discours. Toute lecture des textes fondateurs doit s’appuyer sur la méthode historico-critique qui invalide les raisonnements théologiques.

La vieille Bible montre un Dieu législateur attaché aux valeurs mondaines, tandis que l’Evangile dévoile un Dieu détaché du monde.

Paul élabore l’idée de deux créations :

  • le Dieu biblique crée un homme instinctif et passionné, issu du règne animal;
  • le Christ crée un fils d’homme, issu du règne de l’esprit, capable du discernement de conscience. Il n'annonce pas la régénération de la chair, mais le rebut.

Le monde fondamentalement mauvais dans lequel nous vivons appartient au Diable. Le mal – qui n’est, tout simplement, que ce qui fait mal – est premier et le bien ne vient jamais que soulager l’excès de mal. Le dualisme oppose la non-violence à la violence. Vu que le mal est intrinsèquement lié à la vie, pourquoi imaginons-nous un Dieu créateur de toute bonté ? Il y a là une sorte d’attachement affectif qui nous relie au Diable comme l’esclave à son maître.

La philosophie cathare est une philosophie de libération qui renverse la perspective commune. Elle rencontre, dans la société humaine, une difficulté aussi grande que celle de Galilée qui cherchait à démontrer que l’évidence était pourtant l’erreur.


Dernière publication

Le Manifeste cathare

Présentation

LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris
ésus le nazaréen proclama le règne de Dieu. A l’image des prophètes d’Israël, il avait la vision d’une terre sainte, sans violence ni sacrifices sanglants, où chacun connaîtrait l’impératif de la loi d’amour inscrit dans sa conscience. Les guérisons qu’il obtenait témoignaient que le règne était inauguré. Elles attestaient le pardon des péchés et donnaient à voir les prémisses de la société nouvelle. Mais le règne dont il se voulait le serviteur n’emportait pas l’adhésion des courants messianiques. La non-violence n’était pas leur vertu. Ils le livrèrent aux pouvoirs établis et à l’armée romaine.
Les disciples qui avaient cru en Jésus virent s’effondrer l’avenir qu’il leur avait promis. Mais par quelque mystère qui tient aux hommes plus qu’à Dieu, ils jurèrent avoir vu le Christ ressuscité. Puisant leur inspiration chez le prophète Daniel, ils bâtirent leur nouvelle espérance sur son retour glorieux. Mais les générations passaient et l’attente semblait vaine. Une lecture attentive des évangiles découvre les contreforts théologiques qui maintenaient l'espoir en ce jour qui devait arriver. Les évangélistes entremêlèrent habilement l’espérance du règne que portait Jésus à celle de la parousie en laquelle les communautés primitives voulaient croire.

Deux mille ans après, peu de chrétiens attendent encore l’édification du règne de Dieu ou le retour du Christ pour le salut de tous. Les savants relisent les évangiles en regard des sciences. La critique historique repère les différentes strates de rédaction. Elle examine les paroles et les actes du nazaréen pour séparer l’authentique de la composition. Elle dévoile les intentions théologiques des évangélistes. Le christianisme classique révèle une construction de la pensée humaine qui s’adosse aux événements remarquables qui se déroulèrent au 1er siècle en Galilée et en Judée.
Apparu à Antioche de Syrie quelques années après le drame de la croix, le christianisme présentait une diversité de croyances. Dans ce bouillonnement de pensées, Paul de Tarse élabora une philosophie puissante. Elle tirait les conséquences de l’exécution de Jésus et proclamait la valeur rédemptrice de son enseignement. Elle constituait les fondements d’une vision dualiste du monde sur lesquels Marcion de Sinope allait s’appuyer pour montrer l’irréductible opposition des concepts de Dieu soutenus par la vieille Bible et par l’Evangile.

Les cathares du moyen âge se classent indéniablement dans la filiation philosophique et religieuse de Marcion. L’Eglise non-violente fondée par le fils de l’évêque de Sinope se déploya de l’Orient à l’Occident dès le IIème siècle. Elle ne devait disparaître, en tant que telle, qu’au cours du XIème siècle, alors qu’apparaissait le mouvement des bons chrétiens (les cathares) dont l’histoire n’a retenu que quelques bribes caricaturales de croyances. L’Eglise martyre qui tenta de se développer dans les comtés de Toulouse, de Carcassonne et de Foix aux XIIème et XIIIème siècles, témoignait des valeurs évangéliques de vérité et de non-violence. Elle fut malheureusement brisée par la terrible croisade sans que son annonce ne fût portée par une grande intelligence.
Nous ne pouvons comprendre le fond de la pensée des cathares si nous n’entrons pas dans l’histoire religieuse de la Judée, si nous ignorons les enjeux du christianisme primitif. Les bons chrétiens du Moyen Age lisaient les évangiles en langue occitane et quelques rares écrits apocryphes parvenus jusqu’à eux. Ils cherchaient à connaître le Christ et à partager son esprit. Mais ils ne savaient rien de l’origine du christianisme. Ils n’avaient en main ni les manuscrits esséniens de la mer Morte, ni les manuscrits gnostiques de Nag-Hammadi. Cathares d’aujourd’hui, notre esprit n’est pas plus pur que l’était le leur, mais notre savoir est bien plus large. Notre devoir est de revisiter le christianisme et de relire les évangiles à la lumière des connaissances nouvelles.

Nous n’attendons plus l’avènement du règne de Dieu, ni la parousie du Christ à Jérusalem. Nous croyons cependant que le christianisme reprend sens par une lecture authentique des évangiles et par un nouvel attachement au vrai visage de Jésus. Il s’agit d’un renversement de croyance. Si Dieu n’a pas de réalité dans le monde, l’idée de Dieu purifiée se révèle dans les esprits. Cette purification est un chemin de vérité qui passe par la réalité des faits et la logique du discours. Nous voyons que la vieille Bible montre un dieu législateur attaché aux valeurs mondaines, tandis que l’Evangile dévoile un dieu détaché du monde. Paul a résolu la contradiction par l’idée de deux créations : le Dieu biblique crée un homme instinctif et passionné, issu du règne animal ; le Christ crée un fils d’homme, issu du règne de l’esprit, capable du discernement de conscience. Il n’annonce pas la régénération de la chair, mais le rebut.
Nous voyons que le monde fondamentalement mauvais dans lequel nous vivons appartient au Diable. Le mal – qui n’est, tout simplement, que ce qui fait mal – est premier et le bien ne vient jamais que soulager l’excès de mal. Le dualisme bien compris oppose la non-violence à la violence. Vu que le mal est intrinsèquement lié à la vie, nous nous demandons pourquoi l’homme imagine un dieu créateur de toute bonté. N’y a-t-il pas là une sorte d’attachement affectif qui le relie au Diable comme l’esclave à son maître ? Ce questionnement nous situe dans la tradition paulinienne où nous retrouvons le christianisme de Marcion de Sinope et des cathares d’Occitanie.

Nous témoignons que les flammes des bûchers n’ont jamais brûlé les pensées. Une espérance nouvelle germe dans les multitudes qui pérégrinent par les sentiers escarpés des hauts lieux de la pensée cathare. Nos moyens de communication nous relient aux chrétiens en quête de sens et aux croyants cathares d’Europe et d’Occident. Un large réseau se forme dans l’entrelacement des échanges et des fils qui se nouent. La Bastida dels catars est la première maison de consolation (dans la tradition du Moyen Age) où les nouveaux cathares se rencontrent. Notre christianisme n’est pas dogmatique. Il s’agit d’abord d’un questionnement qui a pour origine la vision douloureuse du monde. Il suscite la compassion. Il s’agit ensuite de pratiquer le pur amour (la non-violence), afin d’éviter d’ajouter à la souffrance existentielle des hommes et des vivants. Il s’inscrit dans la simplicité de vie. Et chacun de nous se hâte à son rythme, sur le même chemin, vers le dieu inconnu.

En 1309, le dernier cathare revêtu et martyr, Guillaume Bélibaste, prophétisait : « Au bout de sept cents ans le laurier reverdira… »


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