Philosophie cathare


Une parodie homosexuelle souligne la fin du ma

Une parodie homosexuelle
souligne la fin du mariage

otre société définit le mariage comme un contrat qui lie un homme et une femme, en vue de la procréation et de l’éducation des enfants. Le maire rappelle solennellement les engagements des époux. Ils s’obligent à une communauté de vie. Ils participent aux besoins du ménage, chacun en proportion de ses ressources. Ils s’installent à jamais dans une monogamie choisie devant témoins. L’Eglise classique considère le mariage comme un acte sacré, dont le rituel se déroule sous l’autorité du curé de la paroisse.

Peu à peu vidé de son sens, le mariage n’est plus que la forme légale d’une illusion ou, peut-être, la formule magique sensée garantir l’amour lié par le contrat. Il constitue le cadre social dans lequel le couple s’affiche. Il lui offre une existence préétablie, dont il n’a pas à témoigner lui-même. Combien de mariages ne sont que des simulations qui enferment le secret de deux névroses déployées dans le rapprochement ? Combien de couples sans mariage esquissent un amour qu’aucun contrat ne peut sceller ? Combien d’amours interdits ou de rencontres harmonieuses ébauchent une humanité sans cesse à inventer ?

Autour de nous, évoluent autant de mariages sans couple que de couples sans mariage. Dans plusieurs pays européens, l’union civile des homosexuels épuise le sens commun. Puisqu’il ne s’agit désormais ni d’échanger des femmes contre quelques richesses, ni d’assurer la pérennité d’un lignage, ni de donner des hommes à l’Etat, le mariage perd effectivement sa justification sociale. Les familles sans patrimoine s’étiolent, tandis que les personnes cherchent à s’épanouir dans la liberté de l’échange des mots et de l’amour.

Quelques-uns encore demeurent accrochés aux traditions, comme sur un esquif que les foules emportent. La parodie homosexuelle bafoue leurs convictions. Ils considèrent que l’institution du mariage est dans la nature de l’homme. Ils invoquent la Genèse. Ils convoquent Adam et Eve ; car l’essence du mariage réside, selon eux, dans l’unité du couple originel. Il fonde le genre humain et déroule l’histoire.

Il leur a été rapporté que leur dieu vénéré avait un jour parlé : « L’homme laissera son père et sa mère, s’attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair. » Mais la nature de l’homme est aussi imparfaite que la nature entière. La faiblesse de ce dieu est de l’avoir fait différent de ce qu’il devrait être. Voici pourquoi il ajouta : « Avec un mâle tu ne coucheras pas comme on couche avec une femme : c’est une abomination. »

Le mariage voudrait apprivoiser l’amour en liberté. Il le soumet aux bonnes mœurs. Il le normalise et le clôt au foyer. Dans les secrets d’alcôve, l’hymen rarement s’épanouit. Bien vite il se fane. L’amour que les époux s’engageaient à élever finalement échappe. De fait, l’amour et le mariage semblent contradictoires. Que viennent donc chercher les homosexuels à vouloir se marier ?

Lorsque le mariage avait un sens, il répondait à l’administration du patrimoine. La procréation des enfants perpétuait la famille qui se montrait au cœur de la cité. Le choix répondant à la raison, il revenait au père de savoir marier sa fille. L’organisation de la société assurait la séparation des garçons et des filles, afin que l’amour indompté ne vînt compliquer les arrangements familiaux. Jusque dans les églises, les hommes et les femmes allaient séparément.

Le mariage traditionnel ne se donnait pour but ni l’amour, ni le couple. Parfois, la providence en décidait aimablement. Les prostituées aidaient souvent à patienter. N’est-ce point parce que le mariage se défait que la prostitution perd aujourd’hui ses droits ? Pour trouver à aimer, dans une société si bien rangée, les couples se formaient ailleurs. L’amour courtois inversa les valeurs. Il sublima l’adultère !

Le « pur amour » déployait un enchantement merveilleux que les troubadours chantonnaient. L’homme de rang inférieur élevait son cœur jusqu’à la noble dame. Le couple, que saisissait l’esprit tout autant que l’amour, édifiait une œuvre esthétique hors du cadre légal. La communion des âmes participait à la quête de l’absolu sur le chemin du ciel. Quand le mariage utilisait la femme, l’amour courtois l’émancipait. Quand la procréation justifiait les épousailles, le labeur, la guerre et l’héritage, l’amour courtois déployait hors du temps un agrément improductif, dans les effleurements d’une poésie érotique.

Le couple d’amants vivait l’amour que le mariage déniait assurément. Le mélange voluptueux, en cette inclination gratuite, créait l’égalité d’un échange parfait. L’amour pur constituait le but vers lequel se tendaient l’espérance et la foi des bien-aimés. L’érotisme nourrissait la relation. Il la représentait comme une création véritablement humaine, contraire à la sexualité procréatrice jaillissant de la nature sauvage.

La valeur de l’érotisme, que portait l’idéal du pur amour courtois, ne s’inscrit plus dans le droit de la société dominante. Cependant, peu à peu, les relations sexuelles abandonnent leur caractère sacré. Les tabous archaïques sont aujourd’hui branlants. Le désir s’affranchit des lois qui le contenaient. Le mariage normalisé devient bien désuet. Il est le choix qui nie la liberté. La monogamie sur laquelle veillait le contrat semble un mot du passé, tout comme l’adultère qui n’est plus un péché. Le mariage homosexuel semble donc dépassé avant de commencer !

Les Cathares d’aujourd’hui ne reconnaissent pas la valeur du mariage dans sa conception biblique de la fécondité : « Elohim leur dit : Fructifiez et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-là. » Dans l’enseignement évangélique de l’apôtre Paul, le mariage n’est qu’ « une concession » faite à la nature humaine. Il aliène l’homme et la femme en les soumettant aux lois contractuelles. Dans l’évangile de Matthieu, lorsque Jésus ouvre la question des droits et des devoirs, les disciples lui disent : « Si telle est la condition de l’homme avec la femme, il vaut mieux ne pas se marier. » Il leur répond : « Tous ne comprennent pas cette parole, mais ceux à qui c’est donné. »

Le mariage est à la fois contraire à l’amour et à la liberté. Il enferme les partenaires dans le sentiment de posséder l’autre totalement et définitivement. Chacun veille jalousement à la bonne réalisation des termes du contrat, n’accordant jamais qu’une liberté surveillée. L’institution cultive l’hypocrisie et le mensonge par lesquels elle se sauve. En cette vie à deux, la constitution et la gestion du patrimoine constituent finalement la raison de demeurer ensemble, pour les pauvres et les nantis. Le mariage se justifie par la sécurité acquise, jugée bien plus réelle que la quête de l’amour introuvable.

L’édification de l’amour en soi-même est une œuvre fragile. Il y faut beaucoup de recueillement hors du monde et de ses turbulences. De même que la foi véritable, l’amour est une rupture. Il est un univers, auquel nous ne pouvons accéder que par force volonté. Or, nul ne peut aimer que s’il a de l’amour à donner. L’amour vrai est la vie de l’esprit. Il est affection et compassion pour tout être vivant. Il peut choisir d’investir une forme, de se donner un visage. Jamais il ne peut être exclusif. Absolu, en effet, il demeure, indépendamment de tout autre soi-même par lequel il voudrait s’énoncer.

Le mariage est inutile au couple de bien-aimés que rien ne peut empêcher d’exister par lui-même. Dans le brouillon des jours qui passent, il cherche à trouver l’amour sans un enchaînement. La relation libre témoigne de la reconnaissance de l’autre personne, hors de l’atteinte du droit. Les amants se sentent saisis par cette grâce que l’esprit semble parfois n’accorder que par paire. Certes, le couple homosexuel peut y avoir la même part, puisqu’il est quelquefois dans la nature des hommes d’être écartés des lois de la nature.

Une fois constitué en dehors du mariage, le couple est reconnu comme tel par le regard des autres. Il ne peut s’affranchir de la vie sociale. La naissance de l’enfant inscrit la relation dans le croisement des êtres. L’enfant se révèle exigeant, et l’amour qu’il réclame est bien sûr immature. Il est égoïste et toujours exclusif. Il appelle la continuité parentale en gage de protection. Le temps n’est plus où l’humanité procréait sans compter pour assurer la survie de l’espèce. La procréation n’occupe que quelques années dans la vie du couple, qui ne sacrifie plus la quête d’amour au contrat de mariage dont il sait la vanité.

L’amour vrai n’a rien d’une revendication narcissique, d’une appropriation de l’autre comme objet de désir ou comme esclave soumis. Il l’accompagne, au contraire, en sa libération, en sa quête d’amour, en l’édification de sa propre existence. Les rencontres expriment la liberté. Dès lors que le couple décide d’inventer ensemble l’aventure de la vie, l’amour qui le lie se revêt d’une grande amitié. Elle n’est point exclusive au couple homme-femme.

Dans la plénitude de l’amitié amoureuse, la conscience du couple se saisit par l’esprit. Elle touche à l’indicible. L’érotisme et la tendresse deviennent l’expression de l’unité. Ils signent la communion de deux personnes au cœur de leur histoire humaine. La sexualité perd sa fonction biologique et sa sauvagerie pour devenir langage et poésie.

Lorsque deux vies qui se sont ainsi approchées viennent à diverger, lorsque la liberté plus forte que cet amour particulier exige une rencontre nouvelle, l’amitié amoureuse demeure à jamais sur le degré où elle fut portée. Attachée au pur amour qui la fit naître, elle perdure en dépit de l’absence. La fidélité est liée par la conscience d’avoir reçu la même grâce, d’avoir créé ensemble l’expression de l’amour absolu. L’offrande du cœur renouvelle l’idéal toujours présent.

Dans l’échelle des valeurs, nous percevons l’amour charnel, qui peut être esthétique, l’amour passionnel, qui cherche à se fonder sur l’éthique, l’amour absolu, qui appartient au règne de l’esprit. Les trois degrés se rencontrent rarement en leur simplicité. Ils se chevauchent et se mélangent en chaque homme, en chaque femme. Le premier est le jaillissement des années de jeunesse. Le deuxième répond au piège du contrat. Il est l’apanage de ceux qui règlent leur vie sur la norme sociale. Le troisième s’ouvre à la plénitude divine. Voici donc notre choix ! Est-ce celui de quelques anarchistes éclairés, de quelques sages ou de quelques fous ? Sans doute celui de passants sur une terre imparfaite, qui se veulent emportés vers d’autres cieux.

Ce texte a été publié dans le n°2 du magazine Espace & Patrimoine CATHARES, après avoir été censuré sur l’initiative de la direction de la publication.


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