Raison chrétienne


Sénèque et Paul

Sénèque et Paul

ne correspondance de quatorze lettres entre Sénèque et Paul nous est parvenue, sans que nous puissions nous prononcer avec certitude sur son caractère apocryphe.

Depuis les origines du christianisme, des traditions ont rapporté que Sénèque avait connu l’apôtre Paul. Si l’on ne peut dire qui de l’un a eu une influence sur l’autre, l’on peut constater que de nombreuses idées stoïciennes se retrouvent dans l’idéal de sagesse paulinien.

Sénèque : « Qu’est-ce qu’un chevalier romain ? Qu’est-ce qu’un affranchi et un esclave ? Ce sont des noms que l’injustice a introduits dans le monde. (Lettre 31 à Lucilius)»

Paul : « Il n’y a pas de Juif ni de Grec ; il n’y a pas d’esclave ni d’homme libre ; il n’y a pas de mâle ni de femelle ; car tous, vous êtes un dans le christ Jésus. (Galates III, 28)»

En l’année 51, Paul est à Corinthe. Accusé par les Juifs de semer le trouble par sa prédication, il est arrêté et traduit devant le proconsul Gallion. Celui-ci connaît probablement depuis longtemps l’activisme de l’apôtre. Il fait preuve d’une attitude bienveillante et le relâche. Il refuse d’engager un procès en accusation contre Paul. Il conclue que l’apôtre exerce un prosélytisme religieux que les lois de l’Empire ne condamnent pas.

Il se trouve que Gallion est le frère aîné de Sénèque. Le philosophe lui a dédié son traité De la colère. L’on peut penser qu’il est question de Paul dans la correspondance qu’échangent les deux frères. De plus, récemment rappelé de son exil corse par la grâce d’Agrippine, Sénèque, qui vient d’être nommé préteur et précepteur du jeune Néron, doit porter un intérêt particulier aux rapports de son frère à l’empereur Claude.

Tandis que Néron devient empereur à l’automne 54, Paul est finalement arrêté par le procurateur de Judée en 55, lors de la fête de Shabou’ot. Devant Félix, les Juifs accusent l’apôtre de semer le trouble. Sénèque devient consul suffect en 56. Au printemps 57, Paul est toujours emprisonné à Césarée. Le procurateur hésite à le juger. Paul fait appel à Néron et obtient son transfert à Rome. Accompagné par un centurion, il n’arrive qu’en 58 dans la capitale de l’Empire, après un hiver passé à Malte. Il est placé en résidence surveillée sous l’autorité de Burrus, le préfet du prétoire.

Il n’est pas possible que Sénèque, conseiller de Néron, ignore la présence de Paul à Rome. C’est au cours de ces années 58-59 que la première rencontre de Sénèque et de Paul peut avoir eu lieu.

Paul est traduit devant l’empereur comme prévenu libre, en 60. Dans la salle d’audience, les dignitaires de l’Empire se trouvent rassemblés. Sénèque est là, avec Burrus qui répond de la personne de Paul. Néron témoigne d’une indulgence surprenante et renvoie l’apôtre à ses prédications. C’est à Rome que Paul rédige la Lettre aux Philippiens.

Pourquoi Néron, qui détestait les sectes autant que la religion juive, se montre-t-il aussi clément envers Paul ? Nous pouvons penser que Sénèque use de son influence auprès de l’empereur pour qu’il relaxe Paul. De plus, l’apôtre a toujours poursuivi sa prédication et a converti de nombreux visiteurs, alors qu’il était en attente de jugement. L’indulgence exceptionnelle de Néron demeure une énigme que seul le pouvoir de Sénèque peut expliquer. Sénèque a-t-il reconnu dans les prédications et les lettres de l’apôtre une pensée proche de sa propre philosophie ?

Paul ne peut pas exercer à Rome la liberté rendue. On le retrouve à Ephèse, où il s’établit. Il ne tarde pas à être repéré et une nouvelle fois accusé de porter le trouble. L’apôtre est considéré comme un provocateur et un récidiviste. Il ne bénéficie plus du même traitement de faveur. Il est ramené à Rome et enfermé dans une caserne de prétoriens. Burrus a quitté la scène politique. Tigellinus a pris le commandement des troupes prétoriennes. Cependant, Paul profite encore de l’étrange laxisme de la juridiction romaine. Pendant plusieurs années il a toute liberté pour prêcher et recevoir. Il entretient probablement des relations suivies et amicales avec Sénèque.

Sénèque : « Ces os que tu vois entourés de muscles, cette peau qui les recouvre, ce visage, ces mains, ministres du corps, et toute cette enveloppe extérieure ne sont pour l’âme qu’entraves et ténèbres. Elle en est accablée, obscurcie, souillée ; voilà ce qui l’entraîne loin du vrai, loin d’elle-même pour la plonger dans le faux : toutes ces luttes sont contre cette chair qui pèse, qui voudrait l’enchaîner et l’abattre.»

(Consolation à Marcia)

L’esprit n’aspire qu’à se mettre au large et à retourner au lieu de son origine. Le corps, lui, est un supplice et un poids qui le retient attaché, si la philosophie ne vient le soulager en lui découvrant les secrets de la nature, et en le faisant passer de la terre au ciel. (Lettre 65 à Lucilius)

Paul : « Je vois dans mes membres une autre loi mener la guerre contre la loi de mon intelligence et me faire prisonnier de la loi du péché qui est dans mes membres. Misérable de moi ! qui me délivrera du corps de cette mort ?» (Romains VII, 23-24)

La connivence spirituelle entre Sénèque et Paul s’achève au printemps 65, au moment de l’échec de la conspiration de Pison. Le complot visant à assassiner Néron est dénoncé par un affranchi du sénateur Scevinus. Le fait que Sénèque fréquente Pison le désigne comme suspect aux yeux de Néron. L’Empereur lui dépêche Silvanus, tribun la cohorte prétorienne, pour lui demander de s’expliquer sur ses relations avec Pison. Sénèque, qui n’est probablement pas dans le secret de la conjuration, accepte la mort sur ordre de l’empereur. Il se suicide de façon sublime. « Examine toute ta vie et tu trouveras qu’il n’y a que la mort qui seule puisse juger de ce que tu es. » (Lettre 26 à Lucilius)

« Soins, travaux, dignités, honneurs dus à l’emploi que j’occupais naguère et qu’un autre possède,
Allez, vous n’avez plus aucun charme pour moi :
A de nouveaux acteurs sans regret je vous cède.
Loin de vous, Dieu m’appelle à l’éternel repos :
Adieu monde, séjour où tout est périssable.
Toi, terre, couvre-moi de quelques grains de sable :
Je rends mon âme au ciel et te laisse mes os.
»

(Epitaphe écrite par Sénèque)

Paul est désormais sans protection. Il est arrêté quelques mois après la mort de Sénèque. Tigellinus et Néron lui-même portent l’accusation. Après l’incendie de Rome et la persécution contre les chrétiens, la plupart des disciples de l’apôtre sont en fuite. Accusé de magie et de crime de lèse-majesté, Paul est exécuté en 67.

« Conformé à la mort du Christ, peut-être toucherai-je à la résurrection des morts. Je n’ai pas encore été justifié, et je ne suis pas encore Parfait, mais je poursuis ma tâche de saisir, ayant moi-même été saisi par le christ Jésus. » (Paul, Philippiens III, 10-12)


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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