Le chemin de Damas


Prologue

Avant propos

Nous avons pris comme références les traductions de la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard), tant pour les écrits bibliques, que pour les écrits intertestamentaires et les manuscrits de Qoumrân, que pour les écrits apocryphes chrétiens. Parmi toutes les traductions possibles, celles-ci présentaient, outre leurs qualités, l’avantage de former une unité.

Nous avons relevé les traductions des Textes rabbiniques des deux premiers siècles chrétiens de Joseph Bonsirven, S.I. (Pontifico Istituto Biblico 1955).

Les transcriptions des termes hébreux correspondent au Dictionnaire encyclopédique du judaïsme (Edition française Cerf / Laffont 1996).

Prologue

a vérité n'est jamais que la conformité à la volonté de Dieu exprimée par la loi. Chacun peut être d'accord avec cette affirmation dès lors qu'il reconnaît la loi comme principe divin. Le problème ne consiste pas à connaître la vérité, mais l'exacte volonté de Dieu. Les Hébreux pensent que la Torah1 exprime la vérité créatrice et ordonnatrice de Yhwh2. Le peuple qui l'observe participe au projet divin. Néanmoins, les Hébreux ne sont pas d'accord sur l'interprétation de la volonté divine. Les sadducéens3 ne reçoivent que la droite vérité de la Torah écrite. Les pharisiens4 ajoutent la Tradition comme science du droit : la Torah orale, que les maîtres jurisconsultes enseignent. Les esséniens5 adhèrent à l'exacte interprétation de la Torah que le maître de justice recherche par la grâce de l'esprit saint ; ils obéissent à une règle de doctrine qui les consacre dans la justice de Dieu. Les nazaréens6 partagent l'enseignement des esséniens et la même haine pour les pharisiens ; disciples de Jésus, ils reçoivent une lecture pieuse (hassidique) de la Torah. Ajoutons que les âmes sans dieu doivent admettre que si les hommes ont inventé Dieu, ils ont aussi décidé du droit. La vérité prend alors la forme d'une justice conforme à la volonté du peuple. Nous retrouvons la formation de sectes alléguant la connaissance d'une volonté transcendante. La raison est identique puisque, ici ou là, la loi détermine toujours la vérité. Le discours vrai est encore le discours juste. Les Hébreux perçoivent le peuple (Israël) comme le fils de Dieu. Pour ceux qui sont sans dieu (« sans loi », dit Paul), le peuple devient en quelque sorte la cause première, le principe de la loi. Chacun se retrouve au cœur d'une même controverse et lutte dans le but d'imposer la justice de sa loi qu'il considère comme l'unique et véritable.

Inscrites au canon de la légalité chrétienne, les lettres de Paul devraient d'autant mieux témoigner de la vérité qu'elles sont conformes à la loi. A quelle loi ? A celle qui les reçoit. Les théologiens chrétiens se sont institués gardiens du droit et, par conséquent, de la bonne lecture de Paul. Ils s'imposent comme l'autorité qui délivre la grille du sens : le sens théologique. Par un renversement de l'intelligence, ils voient dans le Christ celui qui leur dit comment comprendre Paul. Or, nous savons que tandis que le premier s'attachait à une pieuse fidélité envers la Torah, le second en proclama l'abrogation. Le regard différent de celui des théologiens se trouve entaché d'hérésie, c'est-à-dire d'atteinte à la vérité du droit. Et l'on sait que Paul ne peut être hérétique ! Certains théologiens juifs entrent en scène. Après avoir compris que le nazaréen n'avait jamais été qu'un fils éminent d'Israël, ils cherchent à voir en Paul une sorte de pharisien des temps modernes, un rabbi7 cherchant à alléger la charge de la Torah, afin de réaliser l'unité des nations dans l'universalité du droit. A Jérusalem comme à Rome, l'on tient sans doute à garder Paul dans la légalité de crainte qu'il ne trouble encore l'ordre public.

Si la théologie a vocation à proclamer le vrai et, par conséquent, à établir le droit, la philosophie ne peut jamais prétendre qu'au doute, c'est-à-dire, à la liberté. L'importance de Paul dans le fondement de la pensée occidentale autorise le philosophe à se saisir de la question paulinienne ; non point pour y chercher une vérité qu'il ne peut souhaiter trouver, mais afin de tenter de libérer la pensée d'un homme qui est mort pour l'avoir proclamée. Nous comprenons le danger que nous courons à vouloir découvrir une pensée hétérodoxe. Il nous semble cependant que la philosophie demeure le seul lieu où l'on puisse tenter de rassembler les données paléographiques disponibles, afin d'en tirer un enseignement nouveau sans craindre qu'il ne renverse de vieilles idées trop bien rangées.

Paul ne déploie pas sa pensée dans la rationalité du discours grec. Pour lui, le vrai ne conclut pas le raisonnement logique. Les prophètes d'Israël ont prononcé la parole de Yhwh. Pour les princes et le peuple, ils ont témoigné de la volonté de Dieu autant que de l'infidélité des hommes. Nul discours hébreu ne peut être fondé en dehors de la révélation prophétique. Du sens obvie des Ecritures, Paul ne pourrait jamais extraire sa vision de la fin du monde. Il choisit le sens allégorique que les esséniens manient avec une habileté ancienne. De la sorte, il fait dire aux Ecritures ce qu'il veut qu'elles disent. Il bricole les mots, il arrange les versets. L'interprétation qu'il donne des textes prophétiques ne saurait aucunement nous convaincre d'une quelconque pertinence. Pourtant, en ce jeu rhétorique et herméneutique, Paul donne un sens qui, s'il n'est jamais celui de ses références, nous dévoile peu à peu son projet et sa propre pensée.

Nous pouvons nous poser la question de savoir si Paul a véritablement cru à l'évidence du sens allégorique qu'il utilise. Nous sommes enclins à répondre non. Les libertés que se donne Paul sont quelquefois tangibles. Il ne peut changer un mot dans sa citation sans l'avoir fait délibérément. En bon rhéteur, il se soumet à un exercice obligé et se fabrique les arguments adéquats pour convaincre. Il renvoie aux esséniens leur propre méthode pour commenter les prophètes. Comment un grec pourrait-il gober une telle exégèse ? Cette façon qu'il a de justifier sa pensée ne nous importe pas vraiment. Il est cependant important de constater qu'une semblable argumentation, tant en la forme qu'en le but poursuivi, se retrouve dans les commentaires issus de la Communauté des saints, exilée à Damas, dont la bibliothèque de Qoumrân nous révèle plusieurs fragments.

Le sens théologique du texte s'apparente au sens allégorique par la pétition de principe qu'il révèle. Le dogme étant établi, le texte étudié est plié et torturé jusqu'à ce qu'il se présente conformément à ce qu'il doit dire. C'est sans doute ainsi que l'on a pu voir, a posteriori, en Paul un théologien. Il semble en effet qu'il possède la rhétorique outrancière de celui-ci. Pourtant, nous ne comprendrons la pensée de Paul qu'en rapprochant le sens allégorique du sens littéral.

Voir en Paul un pharisien consiste à lui attribuer forcément une vision du monde qu'il rejette clairement. Il ne nous semble pas honnête de soutenir que l'apôtre puisse demeurer ce qu'il renie. Certes, il a connu le pharisaïsme de l'intérieur. Il a étudié le droit, nous dit-il, à l'école du fameux Gamaliel, qui présida le Grand Sanhédrin8. Juriste et policier, telle fut un moment sa pieuse destinée. La loi encadrait sa vie et commandait sa relation aux êtres et aux choses aussi bien qu'à Dieu. Il ne vivait que pour la loi et par la loi. Il l'aimait d'autant plus qu'elle consacrait sa propre autorité et lui donnait une position flatteuse dans la société judéenne. Faire la loi, n'était-ce point se situer dans le giron de Dieu ? En contribuant à l'édification de la Tradition, il participait à la sagesse créatrice de Yhwh. Il remettait de l'ordre dans la création pervertie ; car chaque être doit se conformer à sa nature, s'aligner selon son rang ; chaque peuple doit garder la frontière naturelle que le créateur lui trace. Telle est la volonté de Dieu, sur la terre comme au ciel !

Mais voilà que sur le chemin de Damas, courant après des hérétiques, Paul prit conscience avec effroi qu'il prenait le mal pour le bien, qu'il obéissait à Satan croyant répondre à Dieu. L'excès de terreur qu'il s'appliquait à répandre vers ceux que la loi désignait nommément comme ennemis de Dieu lui dévoila soudain l'impératif de sa propre conscience. L'esprit était en lui. En son for intérieur, la loi d'un autre dieu ou bien une autre loi de Dieu s'opposait à la Torah. Cet instant de rupture où les certitudes chavirent, où les valeurs s'effondrent, Paul l'appelle le moment de la grâce. D'un point de vue conceptuel, deux dieux s'affrontent désormais : le dieu extérieur et le dieu intérieur. Ils ne peuvent être confondus dès lors que leurs paroles ne disent pas la même loi. Le principe intangible de l'unité de Dieu chez les Hébreux appelle la controverse, mais aussi la rude question et les trente-neuf coups de fouet comme châtiment a minima. Il ne peut en effet y avoir qu'une loi pour un seul peuple. Tel est bien l'avis de Rome ou du roi Arétas qui poursuivent l'apôtre tel un rebelle hors-la-loi.

Qui était à Damas ? Tout d'abord les esséniens disciples d'un maître de justice que rien ne différencie pour nous de Jean le baptiste. La Communauté des saints exilés attendait le retour du maître exécuté, le fils d'Aaron, le messie sacerdotal. Elle se préparait à la venue du fils de David, le messie royal, celui qui aurait pour mission de livrer la grande bataille de la fin des temps, qui verrait la victoire des fils de lumière sur les fils des ténèbres. Il semble que Jean n'ait point reconnu Jésus comme celui qui devait venir. Cependant, après qu'Hérode Antipas lui eut tranché la tête, afin de compromettre son retour d'entre les morts, une part des esséniens se rallia à Jésus, confortant ainsi le schisme nazaréen.

La découverte des manuscrits de Qoumrân invalide toute exégèse de la correspondance de Paul qui prétendrait ignorer le dualisme et l'idéalisme essénien. Elle donne à comprendre les acteurs et l'enjeu d'une grande controverse qui met aux prises les nazaréens en rupture d'essénisme (Memoria de Matthieu) et les pauliniens. Les uns et les autres reconnaissent Jésus christ comme l'unique Seigneur, contrairement à l'espérance de la Communauté des saints9. Pourtant, ils se séparent irrémédiablement sur l'interprétation du caractère universel de l'avènement de Jésus et sur la question de la loi. Ou bien l'universalité s'attache à la vocation messianique du peuple hébreu et, en ce cas, elle impose la loi divine à la création entière par la contrainte des armes (ne survivent que les convertis) ; ou bien l'universalité réside dans l'impératif de la conscience humaine, auquel cas la conversion réside dans l'éclairement de l'intelligence particulière de chaque homme avec la prise de liberté comme conséquence.

La condamnation de Jésus christ et sa mort sur la croix révèlent la parole de Dieu. Les faits constituent un véritable langage qu'il est donné de comprendre aux hommes de foi. Nous nous trouvons sans doute tout autant en présence d'une vérité nouvelle à laquelle il faut croire (« pistis »), que d'une confiance en Dieu (« émounah ») portée par l'intelligence, afin de ne point demeurer interdit face à un paradoxe déconcertant. L'événement révèle l'injustice de la loi positive. Les juges ont rendu leur verdict au nom de la loi comme ils devaient le faire. Cette ultime condamnation constitue la pierre d'achoppement par laquelle Dieu renverse leur puissance et désavoue leur sagesse. Ainsi, la Torah n'est-elle point de Dieu : ce modèle des lois que Yhwh avait donné, disait-on, au seul peuple choisi, tandis que les nations ne relevaient en leur légalité que d'un ordre angélique. Il n'est pas utile d'ajouter que la Lex Romana condamna tout autant Jésus, pour comprendre que toute loi positive se trouve invalidée.

Moïse revêt la figure du médiateur (de même que le maître de justice revêt celle du législateur). Pour Paul, Dieu parle à l'intérieur des hommes, à l'intelligence de la conscience. Il révèle la loi vraie de l'esprit. Point de médiateur sans mensonge. La loi extérieure relève du principe du mal, de la génération et de la mort de l'homme. Elle participe à l'asservissement que la chute provoqua. Lorsque la création céleste se trouva asservie, telle une création seconde, les Hébreux crurent que Dieu donnait la Torah à son fils (le peuple d'Israël) afin qu'il contribuât à régler le monde selon la volonté du Père. L'erreur consistait à croire que la création terrestre était perfectible et qu'une loi positive contribuerait à parfaire la volonté de Dieu jusqu'à établir son règne ici-bas. Il faut croire que les anges qui donnèrent la loi (car il ne s'agissait point de Dieu) n'avaient rien de divin.

Certes, la loi constitue le peuple et lui donne vie dans la succession des générations, parmi l'hostilité des nations. Infidèle, le peuple est vaincu, il se mélange et se perd. Mais l'on sait que pour Paul la filiation divine n'appartient plus au peuple. Jésus, né d'une femme, est désormais proclamé fils de Dieu. Il ne vient point sauver le peuple, mais l'homme personnalisé qui témoigne de l'esprit l'universel. Tous ceux qui naissent en l'esprit du christ sont également fils et frères. La qualité d'esprit les détermine. L'homme parfait accède à la personnalité (l'existence) en dehors d'une prédestination sociale. Né de l'esprit, il vivra l'éternité de la création céleste.

En mourant sur la croix, Jésus n'a pas seulement invalidé la loi, il a déposé le vêtement terrestre pour témoigner que la vraie vie ne s'attache point au corps. Lorsque le premier homme voulut connaître le mal, il ne put que s'incarner et découvrir la mort. Le christ vint mettre fin à la génération d'Adam.

Paul oppose le christ (fils de Dieu) à Adam (qui ne l'est point). Il dévoile la force d'une pensée dualiste qui ne peut plus considérer la créature terrestre autrement qu'en son état d'asservissement : la désobéissance à la loi de Dieu a provoqué la chute et la mort. L'homme tombe du ciel. Il perd le vêtement de gloire pour revêtir un corps de chair et de sang, voué à la disparition. Il ne peut trouver son salut qu'en abandonnant ce corps terrestre naturellement possédé par la loi du péché.

Né dans la vanité de toute âme vivante, l'homme psychique doit accueillir l'esprit et devenir parfait. En son ascèse, l'homme spirituel découvre la dualité qui l'agite : les nécessités du corps s'opposent à la volonté de l'esprit. La loi du péché possède le corps comme la loi extérieure tient le circoncis ou bien le citoyen, en esclavage. La foi en Jésus christ appelle à la libération de la loi de l'incarnation qui se prolonge dans les lois du monde. En donnant des êtres et des choses à convoiter, la loi positive socialise la loi du péché. Elle l'institue. Paul dit qu'elle en constitue la puissance.

La légalité établit une relation satanique entre les hommes. Elle réalise l'équilibre des convoitises tout en octroyant aux puissants la part léonine. L'amour, comme qualité de l'esprit vivant, crée une relation vraie entre les hommes, entre eux-mêmes et Dieu, dans l'unité de l'esprit. Contradictoire aux lois de l'incarnation, l'amour ne cherche jamais à satisfaire quelque convoitise de celui qui en témoigne. Le principe de vérité se reconnaît en sa contradiction aux lois de l'incarnation qui appellent l'intérêt de chacun en sa volonté de survivre. Ainsi l'homme spirituel devient-il étranger au monde aussi bien qu'au droit. Obéissant à un autre dieu, il ne place point son espérance dans l'édification idéale d'un monde à venir à caractère terrestre.

La fin des temps est proche. Les nazaréens l'attendent pour la génération présente. Chacun peut entendre les bruits de guerre. Néanmoins, pour Paul, la fin des temps est engagée. Qu'importe la grande bataille de l'apocalypse puisque le christ est déjà mort pour tous ? Plus que la fin des temps, Paul voit venir la fin du monde, c'est-à-dire la désintégration de la matière et la gloire de la création nouvelle. L'idéalisme paulinien rompt avec la création ancienne, la génération d'Adam, la Torah. Dire que le christ est le nouveau Seigneur signifie qu'un nouveau concept de Dieu est né, sans rapport avec une création matérielle désormais vouée à la destruction.

La révolution paulinienne consiste à détrôner Dieu du Sinaï ou du mont Moriah, pour le placer à l'intérieur de l'homme. La loi extérieure ne tire plus de Dieu le principe qui la guide, mais d'un Satan despotique. L'impératif de la conscience apparaît comme la volonté vraie de Dieu. Paul ne cherche pas à changer la vie des hommes, mais à leur procurer la vie éternelle de l'esprit qui appelle nécessairement la crucifixion du corps. Néanmoins, pour le temps qu'il reste à courir, le monde est nécessairement appelé à se transformer. Le devoir de chaque converti réside bien en la propagation de l'évangile jusqu'à l'autre bout de la terre, par la proclamation de la parole et la résistance aux pouvoirs établis. Indubitablement, Paul est un anarchiste. Il n'y a plus de loi pour ordonner les hommes, plus de loi pour désigner la femme ou bien l'esclave, pour séparer les hommes qu'ils soient Hellènes ou bien Hébreux. Nul spirituel n'est justiciable devant un tribunal des hommes. L'impératif de la conscience pour tout homme libre témoigne de l'universalité de la loi de l'esprit sans que nul ne puisse jamais imposer celle-ci à quiconque. Le commandement de la loi extérieure est bien d'une toute autre nature. Son objet n'est point amour et paix, mais colère et violence.

Dans notre quête vers les fondements de la pensée de Paul et le développement de son originalité, nous n'avons considéré que les lettres généralement tenues pour authentiques par les érudits qui pratiquent une recherche libre10 (1 Thessaloniciens, Galates, Philippiens, 1 et 2 Corinthiens, Romains). Il eut été intéressant de travailler les pseudépigraphes de façon à mieux connaître le projet qui sous-tend la falsification dont la pensée de l'apôtre semble bien avoir fait l'objet. Le dévoilement de l'espérance paulinienne nous a toutefois amenés à argumenter sur quelques passages ou versets qui constituent à notre avis d'évidentes interpolations pour brouiller les idées. Lorsque le puzzle des concepts est achevé, que se dessine le sens de la pensée et le mode de la praxis, il n'est point d'autre solution que de rejeter les pièces en surnombre, sauf à vouloir absolument forcer le cadre. Ainsi, ne reconnaissons-nous pas comme authentiques les versets relatifs à l'obéissance des pouvoirs établis (Rm. XIII, 1-7), non plus que ceux qui appellent les femmes à la soumission (1 Co. XI, 2-16 ; XIV, 33b-34). Nous tentons également d'établir, après d’autres, que la répartition des rôles entre Paul et Pierre (Ga. II, 7-8) relève d'une pieuse interpolation.

La mise en regard des textes esséniens (ou de tradition essénienne) et des Memoria de Matthieu, que nous reconnaissons comme l'Evangile des Nazaréens (ou Evangile des Hébreux) éclaire la correspondance de l'apôtre. Le voisinage de plusieurs écrits et les références croisées donnent une explication criante à maintes impasses auxquelles s'oblige le lecteur engagé. On passe à côté d'une information majeure si l'on ne voit pas que la compassion matthéenne (Mt. XXV, 35-39) est une reprise du Testament des douze patriarches (Test. Jos. I, 3-7) ; de même, si l'on ignore que le fameux passage des Béatitudes (Mt. V, 3-11) est déjà dans le Livre des secrets d'Hénoch ( 2 Hén. XLII, 4-11). Comment comprendre l'image des pierres signifiant les nouveaux enfants d'Abraham (Mt. III, 9) si l'on ne connaît pas le Livre des Antiquités bibliques (Ant. Bib. VI, 2). L'Ecrit de Damas fait une claire référence au Livre des Jubilés (Damas XVI, 3) que Paul ne méconnaît point. L’apôtre considère la Règle de la Communauté comme une propédeutique à l'évangile (Rm. VI, 17), autant semble-t-il que l’auteur de la Lettre aux Hébreux (Hé. VI, 1-2).

Par le rapprochement des textes disponibles et des idées qu'ils expriment, peu à peu, nous construisons notre quête de Paul. L'hymne paulinien à l'amour (1 Co. XIII, 1-3) se comprend comme une réponse à la sagesse essénienne. La parabole de l'ivraie mêlée au bon grain (Mt. XIII, 24-30) apparaît comme une attaque contre Paul (1 Co. III, 13) de même que l'affirmation de la pérennité de la Torah (Mt. V, 17-19) vient comme une réplique à la proclamation paulinienne de la fin de la loi (Rm. X, 4). Enfin, la correspondance paulinienne gagne en clarté si l’on perçoit le lien dialectique qui l’attache à la Lettre aux Hébreux (Hé. III, 4 / 1 Co. III, 10) (Hé. VIII, 6 / Ga. III, 20), adressée à un auditoire marqué par la tradition essénienne (Hé. II, 4 / Règle IV, 16).


1 Issu d’une racine qui signifie « enseigner », le terme Torah se traduit par Loi.

2 Le tétragramme est le nom de Dieu que l’on écrit mais que l’on ne prononce jamais. Il se lit « Adonaï », c’est-à-dire, Seigneur.

3 Attachés au culte du Temple, les sadducéens forment la classe aristocratique. Ils constituent, en Judée, une force politique et religieuse.

4 Enracinés dans le peuple, les pharisiens sont les interprètes de la Loi. Ils enseignent et jugent les causes qui sont portées devant eux.

5 Les esséniens forment un groupe monastique ou semi-monastique en rupture avec le monde. On les retrouve dans la communauté de Qoumrân.

6 De « nazar » qui signifie « (se) vouer », le terme nazaréen ou naziréen se traduit par « saint ». Il désigne une personne consacrée à Dieu, soumise à une règle de vie et à des rituels particuliers.

7 Le rabbi est le « maître » ; celui qui fait autorité en matière de droit.

8 Grande Cour de justice de Jérusalem.

9 Par cette expression, notamment, les esséniens se désignent eux-mêmes.

10 Signalons les traductions françaises : « Guide pour l’étude du Nouveau Testament » de H. Conzelmann et A. Lindemann (Editions Labor et Fides, Genève 1999) ; « Que sait-on du Nouveau Testament » de R.E. Brown (Bayard Editions, Paris 2000).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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