Le chemin de Damas


1 Corinthiens XI, 2-16


La dualité en l'homme

11 - 1 Corinthiens XI, 2-16

'AILLEURS, dans le Seigneur, la femme n'est pas sans l'homme ni l'homme sans la femme. » (1 Co. XI, 11)

Il n'est pas possible d'attribuer à Paul un texte aussi contradictoire avec la pensée libre et désincarnée que l'évangile révèle. L'auteur de l'interpolation le sait bien. Il introduit son texte avec précaution et réserve, en reconnaissant que l'enseignement qu'il rapporte ne vient point de Paul, mais de « traditions » (1 Co. XI, 2), par l'apôtre transmises, qu'il convient assurément de garder. Or, la tradition (« masoret »), c'est la loi ! Elle est constituée d'un ensemble normatif de règles juridiques transmises de maître à disciple, d'une génération à l'autre. L'autorité de la tradition fut assurée dès lors qu'on lui attribua une origine mosaïque en se fondant sur Ex. XXIV, 12. Il est inutile de rappeler que Paul est très loin de transmettre la loi, encore plus loin de chercher à la préserver. « La tradition est une barrière autour de la Torah » (Pirqé Avot III, 13) (Ibid. I, 1) ; ce qui signifie qu'elle protège la loi de Moïse en s'assurant d'une pratique rigoureuse, par un maillage serré d'interprétations à valeurs normatives et jurisprudentielles.

Lorsqu'un Prosélyte demande à Rabbi Chammaï : « Combien de torot avez-vous ? » Celui-ci répond : « Deux : la Torah écrite et la Torah orale. » (T.B. Chabbat 31a). La même question est posée par le général Antonius à Rabbi Gamaliel (Sifré Dt. XXXIII, 10). Dans le Midrash Tannaim, c'est le général Agrippa qui interroge Rabbi Yohanan ben Zakkaï. La tradition orale était considérée comme « Torah » : « Tout comme tu as accepté l'une avec foi, avec foi tu dois accepter l'autre », enseigne Rabbi Hillel à un Prosélyte (Avot de R. Nathan, 31a). Paul ne peut que répondre : comme la première est abrogée, la seconde l'est également, a fortiori.

La valeur légale qui s'attache à la tradition pharisienne permet de comprendre que Paul n'en a pu vouloir rien transmettre. Il se repent en effet vertement d'avoir été « pour la loi, Pharisien » (Php. III, 5), c'est-à-dire d'avoir accordé le plus grand intérêt aux traditions qui établissent la Torah orale. Cette loi pharisienne, Paul l'a estimée « comme un détriment » (Ibid. 7) ; tout autant que « la justice légale » (Ibid. 6), c'est-à-dire la Torah écrite.

La Torah orale semble apparaître avec la réforme d'Esdras (revenu d’exil en 458 av. J.C.) : « Cet Esdras monta de Babylone, et il était un scribe versé dans la loi de Moïse, qu'avait donnée Yhwh, Dieu d'Israël (...) La main de Yhwh son Dieu était sur lui. » (Esd. VII, 6). Il est encore présenté comme « le prêtre-scribe, scribe des paroles ordonnées par Yhwh et de ses lois au sujet d'Israël » (Ibid. 11). Esdras constitue le modèle du scribe. Il s'est appliqué « à étudier la loi de Yhwh, à la mettre en pratique, et à enseigner, en Israël, la loi et le droit » (Ibid. 10).

A la suite du prêtre-scribe, les sages ont interprété les Ecritures pour en déduire les règles du droit (« halakhot ») qui ont formé la Torah orale. Ces règles ont reçu le nom de « soferim » (déclaration des scribes) avec l'autorité de la loi divine : « Les décisions des scribes sont plus précieuses que les paroles des Ecritures. » (T.J. Péah II, 6 ; T.B. 17a). Or, l'on sait que l'apôtre affirme nettement son mépris de la tradition et son dédain pour ceux qui la cultivent : « Où est le sage ? Où est le scribe ? Où est le disputeur de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas rendu stupide la sagesse du monde ? » (1 Co. I, 20). Nous voici avertis du jugement porté par Paul sur « les traditions ». La justice de Dieu qui s'est manifestée « en dehors de la loi » (Rm. III, 21), s'est évidemment révélée en dehors de « toute » loi ! Rien n'est à sauvegarder de l'ensemble des lois et traditions qui constituent la Torah !

Nous trouvons dans la Première lettre de Pierre un identique appel à l'asservissement des femmes ! (repris en Col. III, 18, dans un chapitre qui appelle au retour à la norme et au rétablissement de l'ordre social). Ainsi soumises, elles plaisent à leurs maris et adhèrent au discours de la communauté pétrinienne : « Femmes, soyez de même soumises chacune à votre mari. » (1 P. 1). Il est ajouté que leur conduite se justifie par « la crainte » (Ibid. 2). Suivant l'interpolation que nous reconnaissons dans la correspondance aux Corinthiens, la soumission implique l'absence de séduction (envers les autres) : la femme doit se voiler (1 Co. XI, 5-6). De même, dans la Première lettre de Pierre, la femme ne doit pas « [se] parer de cheveux tressés » (1 P. 3). Le Testament de Ruben ordonne sévèrement : « Interdisez à vos femmes et à vos filles de parer leur tête et leur visage pour tromper l'esprit, car toute femme qui use de ces artifices est réservée pour le châtiment éternel. » (Test. Rub. V, 5).

L'interpolateur justifie le port du voile par les femmes « à cause des anges » (1 Co. XI, 10) (Test. Rub. V, 6-7). Le mythe de la séduction des anges par les filles des hommes se retrouve dans le Livre d'Enoch : « Il arriva que lorsque les humains se furent multipliés, il leur naquit des filles fraîches et jolies. Les anges, fils du ciel, les regardèrent et les désirèrent. Ils se dirent l'un à l'autre : "Allons nous choisir des femmes parmi les humains et engendrons-nous des enfants". Shemêhaza (« les cieux du voyant »), qui était leur chef, leur dit : "Je crains que vous ne renonciez et je serai tout seul coupable d'un grand péché." Tous lui répondirent : "Jurons tous en nous vouant mutuellement à l'anathème de ne pas renoncer à ce dessein que nous ne l'ayons accompli et que nous n'ayons fait la chose." Alors ils jurèrent tous ensemble et ils se vouèrent mutuellement à l'anathème pour cela. » (1 Hén. VI, 1-5). Le récit qui se poursuit, dévoile que les anges se souillèrent au contact des femmes (Ibid. VII, 1). Les géants qui naquirent furent les ennemis des hommes (Ibid. 2-4) (selon T.B. Niddah 61a, Shemêhaza fut père des géants Sihon et Og). Azazel, l'ange corrupteur, apprit l'art de la guerre aux hommes, l'art de séduire, à leurs femmes. Chacun des autres anges introduisit sa part de perversion dans le monde (Ibid. VIII).

Notons la perspective différente du récit de la Genèse qui enseigne que les femmes enfantèrent des « fils d'Elohim » (Gn. VI, 2) : « les héros qui furent jadis des hommes de renom. » (Ibid. 4). Le péché des anges n'est plus celui d'Adam. Selon le mythe de la chute des anges, le premier homme se trouve innocenté de toute faute (Ibid. LXXXV, 3). L'on ne peut plus dire avec Paul : « Par un seul homme, le péché est entré dans le monde » (Rm. V, 12). Les anges sont coupables ! Au nom de Dieu, Hénoch leur tient ce langage : « Vous habitiez le ciel, mais aucun mystère ne vous avait été révélé. Vous avez connu un mystère venant de Dieu, et vous l'avez révélé aux femmes dans votre rébellion. Grâce à ce mystère, les femmes et les hommes ont multiplié les maux sur la terre. » (1 Hén. XVI, 3).

La pensée de Paul ne se retrouve pas dans le mythe de la chute des anges (2 Co. XI, 3) que le Livre d'Hénoch rapporte. Il semble que l'interpolateur épouse une tradition qui valorise l'homme pour mieux dévaloriser la femme. Il prend appui sur la responsabilité collective des femmes (que le mythe propose) plutôt que sur la faute d'Adam. Cela ne signifie point qu'il ne reçoive le lieu commun du fruit défendu (Vie Adam). Nous pensons cependant que Paul, compte tenu de la place essentielle qu'occupe la chute d'Adam en sa pensée (Rm. V, 12, 17) (1 Co. XV, 45), et de l'absence de tout autre référence à la perversion angélique, ne serait jamais allé chercher le mythe de la chute des anges qui enlève au premier homme la responsabilité de l'incarnation, du péché et de la mort.

Notons la violence des versets 1 Co. XI, 5-6 par lesquels « les traditions » ordonnent que l'on tonde les femmes rebelles, afin que par honte, sinon par soumission, elles se voilent. Jamais dans les lettres de Paul, l'on ne rencontre si peu charitable langage à l'égard des converties. L'apôtre cherche à convaincre de la vérité de son enseignement et non point à l'imposer par des paroles hargneuses. A l'inverse de ce violent impératif (Ibid. 6, 16), l'apôtre (le vrai) recommande : « Que tout chez vous, se fasse dans l'amour » (1 Co. XVI, 14).

Relevons les propos et le destin de Thècle dans la narration qu'en donnent les Actes de Paul : « Thècle dit à Paul :"Je vais me faire couper les cheveux et je te suivrai partout où tu te rendras". » (Ac. Paul III, 25). Un peu plus loin : « Or Thècle désirait ardemment revoir Paul et le faisait chercher partout par des envoyés ; on lui apprit qu'il était à Myre. Elle prit alors de jeunes serviteurs et de jeunes servantes, se ceignit les reins, et, arrangeant sa tunique pour en faire un manteau à la manière des hommes, elle s'en alla à Myre. » (Ibid. IV, 15). L'auteur des Actes (que l'on date généralement de la fin du 2ème siècle), connaît la part de la femme dans l'évangile de Paul et les heurts que cette rupture crée avec la tradition concurrente. La volonté de Thècle de proclamer l'évangile ne peut être comprise et acceptée que de Paul, parce qu'il fait fi de la tradition des Hébreux qui met les femmes au rang des esclaves et des enfants en matière civile et religieuse. Tout au contraire, Paul fait de Thècle un apôtre du Christ : « Thècle, s'étant levée, dit à Paul : "Je vais à Iconium. " Paul lui répondit : "Va, et enseigne la parole de Dieu". » (Ibid. 16).

Relevons encore que les femmes, comme les hommes, sont tondues rituellement au terme de la période correspondant à l'engagement d'un vœu de naziréat ; les cheveux sont alors brûlés sur l'autel. Lorsque le Naziréen (ou Nazaréen) a contracté une impureté pendant sa période de vocation, la purification rituelle l'oblige entre autres rituels, à se raser. Il s'agit là d'une marque de piété volontaire que l'on ne saurait juger comme dégradante. Il est vrai que Rabbi Aqiva aurait préservé la fierté du mari en l'autorisant à annuler le vœu de sa femme, avant quelle ne fût rasée, « en disant qu'il ne (pouvait) supporter une femme enlaidie. » (M. Nazir IV, 5). La réponse de Paul quant à elle est toute trouvée : « Je veux que vous soyez sans inquiétude. Le célibataire s'inquiète des affaires du Seigneur et comment plaire au Seigneur ; mais l'homme marié s'inquiète des affaires du monde et comment plaire à sa femme, et il est partagé. De même la femme célibataire ou les vierges s'inquiètent du Seigneur pour être saine de corps et d'esprit ; mais celle qui est mariée s'inquiète des affaires du monde et comment plaire à son mari. » (1 Co. VII, 32-34).

Le Christ paulinien n'apparaît nulle part comme « le chef » (1 Co. XI, 3). Sa relation aux convertis est celle d'un frère qui partage la paternité (Rm. VIII, 16-17) et l'amour de Dieu (Ibid. 39). Chaque membre de la Communauté participe au corps spirituel du Seigneur (1 Co. XII, 27). Si la place de chacun revêt une valeur particulière, les femmes s'inscrivent à l'identique des hommes au sein de la Communauté (Ibid. 28) (Rm. XVI). Dans l'ensemble des lettres de l'apôtre, le terme « chef » n'est employé qu'en un seul passage de la correspondance aux Corinthiens. Il revêt alors un sens absolument dévalorisant qui renvoie à Satan : d'une part, « [les] chefs abolis de ce siècle » (1 Co. II, 6), d'autre part, « aucun des chefs de ce siècle » (n'a connu la mystérieuse sagesse de Dieu) (Ibid. 8). Par contre, ce même terme est éminemment valorisé dans l'ordre des hiérarchies divines, dans les deux passages que nous considérons comme non pauliniens (Rm. XIII, 3) (1 Co. XI, 3-5, 7).

Paul ne peut dire avec force vérité : « Il n'y a pas de mâle ni de femelle ; car tous, vous êtes un dans le Christ Jésus » (Ga. III, 28) et affirmer la distinction extrême qui fait de la femme une créature soumise à l'homme. Il ferait retour à la norme qu'il rejette (Gn. II, 18-22) ; alors qu'il abroge toutes les différences et les séparations que la Torah s'applique à consacrer. De même, la contrariété est nette entre l'affirmation que « dans le Seigneur, la femme n'est pas sans l'homme, ni l'homme sans la femme » (1 Co. XI, 11), et l'insistance de l'apôtre sur la valeur essentielle du célibat pour qui cherche la perfection dans le Seigneur (1 Co. VII, 1, 8, 27).

Accordons une attention particulière à l'assertion suivante : « La nature même ne vous enseigne-t-elle pas qu'il est méprisable pour un homme d'être chevelu » (1 Co. XI, 14). « La nature » semble bien se conformer à la coutume romaine et ignorer que le port des cheveux longs est le signe de l'Hébreu consacré à Dieu ! Lorsque Rabbi Yehoudah ben Bathyra demande que l'on ne se coupe point les cheveux à la grecque (Sifra XVIII, 4), ce n'est certes pas pour aider les Hébreux à sombrer dans une nature rustique ! La taille des cheveux est l'un des interdits majeurs du Nazir (sauf obligation rituelle) (M. Nazir VI, 1). La casuistique pharisienne enseigne que celui qui dit : « "Je veux être beau" » s'engage de fait par un vœu de naziréat (Ibid. I, 1) (Ps. peudo-david. XXVIII, 10). Le fils de Manoakh fut nommé Samson, ce qui signifie « celui de soleil », à cause de sa superbe chevelure de Nazir (perpétuel) de Dieu (Jg. XIII, 5).

Le port des cheveux longs représente pour les Hébreux une couronne de gloire. Paul peut d'autant moins le considérer comme méprisable, que Jean, les Esséniens et des Nazaréens, Jésus lui-même, portaient les cheveux longs. Si l'on en croit les Actes des Apôtres, Paul lui-même prononça un vœu qui semble bien être une sorte de vœu de naziréat (Ac. XVIII, 18 ; XXI, 23-24). L'on peut raisonnablement penser que durant son temps de vocation, l'apôtre ne coupa point ses cheveux à la mode grecque (1 Co. VII, 20). Notons que le fait d'avoir prononcé une sorte de vœu de naziréat indique bien que Paul n'ait pas été Nazaréen (2 Co. V, 16) (Ga. I, 17).

De tout ceci nous inférons que personne de la première génération (orientale), celle de Jésus et celle de Paul, n'a pu affirmer « qu'il est méprisable pour un homme d'être chevelu » (1 Co. XI, 14). Le naziréat (autant semble-t-il que l'autorité de la Communauté nazaréenne), s'est perdu après la chute du Temple : « Quand les nazirs remontèrent de l'exil (de Babylone) et trouvèrent le temple ruiné, (Nahum le Mède) leur dit : "Si vous aviez su que le temple était en ruines, auriez-vous fait votre vœu ?" Ils lui répondirent : "non !" Et il les délia de leur vœu. Quand l'affaire fut soumise aux docteurs, ils dirent à Nahum : "Quiconque a fait le vœu avant la ruine du Temple est nazir ; mais pas ceux qui l'ont fait après la ruine du Temple. » (M. Nazir V, 4). C'est après ce dernier événement (70 ap. J.C.) qu'il faut rechercher l'auteur qui a réussi à falsifier aussi gravement la pensée de Paul par l'interpolation du texte.

Flavius Josèphe ne fait pas la différence entre « Naziréen » et « Nazaréen » : « Lorsque ceux qu'on nommait Nazaréens, à cause qu'ils faisaient vœu de laisser croître leurs cheveux... » (Histoire ancienne des Juifs IV, 4). La racine hébraïque NZR peut aussi bien se comprendre dans le sens de « vouer, mettre à part » qui donne le terme « Nazir », c'est-à-dire celui qui est consacré à Dieu (« Hagios », selon la traduction grecque, « Saint », selon la traduction latine) ; mais également dans le sens de « conserver », qui revêt l'image du rejeton porteur de la substantifique sève. Il est probable que les deux acceptions se confondent. C'est d'ailleurs ainsi que Flavius Josèphe l'entend.

Chaque ligne montre à tout homme libre d'esprit l'impossibilité de mettre 1 Corinthiens XI, 2-16 en accord avec la pensée de Paul. Il s'agit pourtant de l'un des textes par lesquels l'on s'est le plus attaché à dépeindre (avec gourmandise) la personnalité de l'apôtre. L'interpolateur semble bien avoir gagné l'enjeu. Pourtant, nous pensons qu'il n'est probablement pas trop tard pour rendre justice à Paul de l'originalité et de la liberté d'une pensée, qui renverse l'idéologie des lois pour édifier la relation humaine sur l'amour, non plus sur le droit.

Il est intéressant de remarquer que le verset 1 Co. XI, 3 se retrouve avec une variante dans l'Epître aux Ephésiens (Ep. V, 22-24). Le verset 1 Co. XI, 3 donne la hiérarchie suivante : Dieu, le Christ, l'homme, la femme. Les versets comparés de l'Epître aux Ephésiens donnent : Le Christ, la Communauté, le mari, la femme. Le faussaire se trahit quelques versets plus loin : « L'homme (...) s'attachera à sa femme, et les deux seront une seule chair. » (Ep. V, 31). En bon dissimulateur, il utilise une expression paulinienne dans la seconde proposition. Sauf que Paul l'applique à la prostitution ! (1 Co. VI, 16). Quant à la première proposition, rappelons simplement l'enseignement de l'apôtre : « Il est bon pour l'homme de ne pas s'attacher de femme. » (1 Co. VII, 1). Sans vouloir approfondir davantage l'évidence, l'on nous accordera la jolie contradiction : « C'est ainsi que les maris doivent aimer leur femme comme leur propre corps. » (Ep. V, 28) ; « Misérable de moi ! qui me délivrera du corps de cette mort ? » (Rm. VII, 24). La falsification de la pensée d'apôtre devient grossière, lorsque l'auteur affirme : « (Le Christ) est le sauveur du corps » (Ep. V, 23).

11bis - 1 Corinthiens XIV, 33b-35

OMME dans toutes les communautés des saints, que les femmes se taisent dans les communautés. Il ne leur est pas permis de parler ; mais qu'elles soient soumises, comme dit la loi. » (1 Co. XIV, 33b-34)

Remarquons avec intérêt que l'interpolation en appelle au modèle de la Communauté des Saints. Elle dévoile la portée des traditions nazaréennes et esséniennes dans l’idéologie du faussaire.
La sentence trouve une explication dans une « halakhah » (conduite) de la tradition orale du Talmud : « Une femme, se disant sage, posa [à R. ELiézer] cette question : Puisque tous avaient participé également à la faute du veau (d'or), pourquoi tous ne subirent-ils pas la même mort ? Il lui répondit : Pour une femme, il n'y a de sagesse que dans le fuseau et c'est ainsi qu'il disait : "Toute femme au cœur sage filera de ses mains". » (T.B. Yoma 66b). Le Rabbi s'appuie sur un passage de l'Exode qu'il interprète librement de la façon rabbinique : « Il les a remplis de sagesse de cœur (Besaleél et Oholiab) pour faire tout travail d'artisan et d'artiste, de brodeur de pourpre violette et de pourpre rouge, de vermillon cramoisi, de fin lin, et aussi de tisserand, bref de ceux qui font tout métier et créent des œuvres d'art. » (Ex. XXXV, 34-35).

Il est inutile d'insister sur l'évidence que Paul ne peut en aucun cas faire référence à la Torah, alors que tout l'évangile en proclame l'abrogation. Notons que l'identique injonction se retrouve sous le stylet du faussaire dans la Première Epître à Timothée : « Que la femme apprenne en silence, en toute soumission ; et je ne permets pas à la femme d'enseigner ni de prendre autorité sur l'homme, mais de garder le silence. » (1 Ti. II, 11-12). L'interpolateur se trahit tout aussitôt : « Mais [les femmes] seront sauvées par la maternité. » (Ibid. 15). Comment en effet seraient-elles sauvées en œuvrant pour la génération de la mort ? (Rm. VII, 24) sachant au demeurant que la fin des temps est pour la génération présente ? (1 Co. VII, 29) (Mt. XXIII, 36). « Malheur à celles qui seront enceintes ou qui allaiteront, en ces jours là ! » (Mt. XXIV, 19).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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