Le chemin de Damas


Dualité vécue


La dualité en l'homme

13 - Dualité vécue

AIS ce trésor, nous l'avons dans des vases de terre pour qu'une telle puissance soit celle de Dieu et ne vienne pas de nous. » (2 Co. IV, 7).

Le « trésor » désigne « l'évangile de gloire du Christ qui est l'image de Dieu » (Ibid, 4). Il est placé dans les « vases de terre ». La métaphore in absentia signifie les corps corruptibles (Rm. IX, 21-23). En quelques mots, Paul renverse l'institution légale. Les objets du culte et le butin de guerre du roi David constituaient le trésor placé dans le Temple par le roi Salomon (voir 1 R. VII, 48-51). L'Arche d'Alliance de Yhwh fut déposée par les prêtres dans le Sanctuaire de la Maison, le Saint des saints (voir 1 R. VIII, 6). « Il n'y avait dans l'Arche rien d'autre que les deux tables de pierre que Moïse y avait déposées à l'Horeb. » (1 R. VIII, 9). Lorsque les prêtres sortirent du Saint, « la Gloire de Yhwh » telle une nuée remplit le Temple (Ibid. 10).

La présence de Dieu se déplace de l'institution Temple à l'homme glorifié ; de la puissance (éphémère) de l'Etat à la faiblesse humaine. La loi de l'esprit est comme déposée en l'homme qui en devient « le sanctuaire » (1 Co. III, 16-17). Pour autant, les gardiens du Temple ne montent point leur garde devant une Maison vide ; car les deux tables de pierre (ou les rouleaux qui les ont remplacées) sont toujours là, pour « le service de la mort » (2 Co. III, 7). Or, Paul affirme une nouvelle fois qu'il n'y a qu'un dieu (2 Co. IV, 6). S'il ne peut dire que le Temple est la Maison d'un autre dieu que le sien, tout au moins enseigne-t-il que la loi positive que l'on y vénère n'est point du dieu du ciel. Liée au procès de l'incarnation, afin de donner au péché toute sa puissance (1 Co. XV, 56), la Torah est opposée à une autre puissance, « celle de Dieu » (2 Co. IV, 7). La loi du monde déposée dans le Temple n'est point constituante du règne céleste, elle ordonne le règne terrestre.

Il est une puissance (Ibid. 7) qui sourd de l'homme, une autre qui vient de Dieu. La première est la « loi du péché » (Rm. VII, 23) ou de l'incarnation. Elle gîte dans le corps. Elle se manifeste en instituant l'autorité du péché dans le corps social : la Torah (1 Co. XV, 56). Adam n'est pas la cause première de la loi du péché. Il est celui par qui elle entre dans le monde (Rm. V, 12), déjà grosse de la loi positive. Paul sépare ce qui vient de Dieu et ce qui vient de l'homme (2 Co. IV, 7). Il laisse entendre que la Torah vient aussi des hommes, autant que des anges. A fortiori, la Torah orale (la tradition) vient-elle de ceux qui l'enseignent.

La puissance de la Torah n'est point de Dieu ; celle de l'évangile l'est assurément (Ibid. 7). Contre l'autorité du monde, détentrice des lois et des pouvoirs, l'apôtre et les siens se battent. Les envoyés vivent plus que tout autre l'étrangeté de l'homme éclairé. Ils sont affligés, sans connaître l'angoisse (Ibid. 8) ; désemparés, tourmentés, mais nullement désespérés (Ibid. 8). Ils sont pourchassés, persécutés, sans se sentir abandonnés (Ibid. 9), rejetés, terrassés, mais non perdus ni achevés (Ibid. 9). Les vrais apôtres partagent le sort du Christ, les souffrances du hors-la-loi, les tourments du rebelle (Ibid. 10). Ils attendent d'être « crucifiés » (Ga. II, 19) pour témoigner de leur passage indubitable dans l'autre vie (2 Co. IV, 11). L'on sait en effet que nul ne veut mourir. Leur « extérieur d'homme » (Ibid. 16), qui prend les coups de la violence du monde et de la rigueur des lois, en sa vie itinérante, porte témoignage de leur folie intérieure.

La mort apparaît comme la preuve absolue de l'insoumission, l'ultime témoignage de l'appel hors du monde (Ibid. 12). Elle est ce passage dans l'invisible auquel le Parfait se prépare. Puisque « le visible est temporaire », alors, l'invisible est « éternel » (Ibid. 18). Paul semble maintenant assuré d'accéder à l'immortalité de l'esprit (Php. III, 11) et de revenir comme une vision édifiante auprès des fidèles de l'évangile (2 Co. IV, 14) ; tout comme Jésus lui-même a donné, par ses apparitions, « la preuve » dans les faits (1 Co. XV, 52).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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