Le chemin de Damas


Le corps entrave l'esprit


La dualité en l'homme

14 - Le corps entrave l'esprit

'IDEE de la vanité de la chair est très présente dans les Hymnes : « Mais qu'est-il donc, celui qui retournera à sa poussière ? Et moi, je me suis tu : que pourrais-je dire à cela ? C'est selon ma connaissance que je parle : hors de la sagesse est la créature d'argile. Que dirais-je donc sans que tu aies ouvert ma bouche ? Et comment comprendrais-je sans que tu m'aies donné l'intelligence ? » (Hy. XII, 31-33). Mais encore : « L'être humain issu de l'être humain peut-il être juste ? Et l'homme issu de l'homme peut-il être intelligent ? Et la chair issue du penchant co[upable] peut-elle être glorieuse ? » (Ibid. IX, 15-16). Nous touchons ici l'un des lieux où la pensée de l'apôtre trouve ses sources :

« [Mais qu'est-il, lu]i, l'esprit charnel, pour comprendre toutes ces choses et pour avoir l'intelligence de [ton] grand secret de vérité ? Et qu'est-ce que celui qui est né de la femme parmi toutes [tes œuvres] formidables ? Lui, il n'est qu'une bâtisse de poussière et une chose pétrie avec de l'eau. » (Hy. XIII, 13-15)

Le corps constitue pour Paul une entrave à la libération absolue et à la participation à la vie de l'esprit, selon le mode d'être glorieux du ressuscité (1 Co. XV, 44). Il forme un embarras pour l'homme de foi. Il limite la connaissance de l'au-delà ; de telle sorte que le converti n'a d'autre choix que de se fier à l'évangile du Christ dans l'attente de la mort de son corps (2 Co. V, 7).

« Etre là avec notre corps c'est être loin du Seigneur. » (2 Co. V, 6)

L'on relève de même dans l'Ascension d'Isaïe : « Le Seigneur Christ, qui doit être appelé Jésus dans le monde ; mais son nom, tu ne peux pas l'entendre, jusqu'à ce que tu sois monté hors de ta chair. » (Asc. Is. IX, 5) (2 Co. V, 16). Notons l’enseignement dans le Quatrième livre d'Esdras : « Comment donc toi, vase d'argile, pourrais-tu saisir la voie du Très-Haut ; car la voie du Très-Haut a été créée dans l'inaccessible et tu ne peux pas, toi qui es corruptible, connaître la voie de ce qui est incorruptible. » (4 Esd. IV, 11). D'un enseignement essénien, qui veut que l'homme n'ait accès à la connaissance des mystères de Dieu qu’avec le concours de l'esprit saint que Dieu veut bien lui accorder, l'on en vient à l'idée que la connaissance vraie n'est accessible que par l'effacement du corps.

« Avec assurance » (2 Co. V, 8), l'apôtre réalise son acte de foi dans le Christ. Il a acquis la conviction qu'il est une mort du corps qui donne la vie de l'esprit. Il a ainsi fait son choix de la vie après la vie, plutôt que l'erreur d'une vie qui n'est qu'une mort annoncée.

Malgré la charge de l'incarnation, le converti cherche à retrouver la vie de l'esprit, dès ici-bas. « Les œuvres [du] corps » (2 Co. V, 10) participent au projet que forme l'espérance ou n'y prennent point part, selon que la loi de l'esprit réalise en lui « le bien », ou la loi du péché, « le mal » (Ibid. 10). La façon dont l’adhérent gère son corps, tel un « athlète » (1 Co. IX, 25) ou tel un viveur (1 Co. XV, 32 ; VI, 9-10), lui procure ou non les « arrhes de l'esprit » (2 Co. V, 5) ; car le sanctuaire ne saurait être souillé. Soit l'homme réalise la délivrance de cet autre lui-même à la mort de son corps (Ibid. 10) (Php. III, 11-12), soit il disparaît en l'abîme de l'anéantissement pour n'avoir point su édifier en son être l'esprit de vie éternelle (Hy. XIII, 16) (voir la justification de l'espérance des Justes en 1 Hé. CII, 4-CIV, 6) (voir également le sort des âmes après la mort en 4 Esd. VII, 45-VIII, 3).

« Le bien » (2 Co. V, 10), comme choix de l'homme terrestre, est lié à la vie évangélique qui devient proclamation de la parole par l'exemple qu'elle offre et l'imitation qu'elle suscite (Ibid. 11). Il est obéissance à « la vérité » (Rm. II, 7) (Hy. XIII, 18-19). « Le mal » (Ibid. 10) se découvre dans « les œuvres du corps » contraires à l'édification de l'esprit. Il correspond à l'obéissance à « la loi du péché » (Rm. VII, 23), à « l'esprit charnel » (Hy. XIII, 13). Il se nourrit des « œuvres de la loi » qui portent « du fruit pour la mort » (Rm. VII, 5) et dont il est dit que par elles, « nulle chair ne sera justifiée » (Rm. III, 20).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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