Le chemin de Damas


Le vieil homme crucifié


La dualité en l'homme

16 - Le vieil homme crucifié

I les convertis ont découvert la vie véritable par la mort du Christ, a fortiori gagnent-ils l'éternité par son relèvement qui, mieux que sa mort, témoigne de l'autorité de sa parole (Rm. VI, 5). « Le vieil homme » (Ibid. 6) est l'homme de l'incarnation, le « corps animal » (1 Co. XV, 44), l' « âme vivante » (Ibid. 45), l'homme « terrestre » (Ibid., 47), dont la Genèse dit que Yhwh-Elohim le créa à son image (Gn. I, 26-27), « poussière provenant du sol, et il insuffla en ses narines une haleine de vie et l'homme devint une âme vivante » (Gn. II, 7).

« Nous savons en effet que le vieil homme en nous a été crucifié avec lui afin que soit aboli le corps du péché pour que nous ne soyons plus asservis au péché. » (Rm. VI, 6)

Dans la pensée de Paul, l'homme incarné n'offre pas plus l'image du vrai Dieu (2 Co. V, 2), que la Torah n'en est la voix. L'on sait que le maître de la création n'a pas mieux créé les corps (Rm. VII, 24) (Jub. X, 11-14) qu'il n'a donné « une loi capable de faire vivre » (Ga. III, 21). Objet d'asservissement, pour « celui qui » à soumis le monde (Rm. VIII, 20), « le vieil homme » est prisonnier de l'incarnation. Il endosse l'uniforme qui témoigne de sa qualité d'esclave. Depuis la chute, « le vêtement de peau » (Jub. III, 26) évoque la honte de la nudité ou la vanité de son être au monde. L'homme ne s'évade à jamais de son état qu'en se dévêtant pour revêtir la gloire de la « création nouvelle » (2 Co. V, 17) (voir Hén. XXII, 5-7).

Le Seigneur aurait-il commis une erreur, dont la croix serait la correction, qu'il ne serait plus Dieu ! Le Dieu paulinien n'efface point son œuvre véritable, par principe « indestructible » (1 Co. XV, 50). « Le vieil homme » se trouve associé au « mensonge » (Rm. I, 25) de la création, à la « fourberie » (2 Co. IV, 2) de la Torah, c'est-à-dire à ce qui est pensé à tort comme principe divin : le « destructible » (1 Co. XV, 50). Née de la chute, « l'âme vivante » (Ibid. 45) qui se meurt, n’appartient qu’au règne terrestre (2 Co. V, 1). Elle n'est point l’héritière de la promesse de vie. En revanche, l' « esprit qui fait vivre » (1 Co. XV, 45) relève de la création céleste marquée du sceau de l'éternité (2 Co. IV, 18). Relevons le passage suivant dans le Livre d'Hénoch :

« Les justes et les élus seront relevés de terre, ayant cessé de baisser le visage, et revêtus d'un vêtement de gloire. Que ce soit là votre vêtement, le vêtement de la vie que donne le Seigneur des esprits ! Vos vêtements ne s'useront pas, et votre gloire n'aura pas de fin, devant le Seigneur des esprits. » (1 Hén. LXII, 15)

« Ainsi en est-il de la résurrection des morts : semé destructible on se relève indestructible, semé méprisable on se relève glorieux, semé faible on se relève puissant, semé corps animal on se relève corps spirituel. S'il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel. » (1 Co. XV, 42-44)

Même si la pensée paulinienne ne s’accorde pas au lyrisme hénochien, nous retrouvons des considérations fantastiques identiques : la gloire remplace le mépris, l'indestructibilité caractérise le nouveau mode d'être.

« Le vieil homme » est « crucifié » (Rm. VI, 6). Il est volontairement laissé là. C'est en choisissant, en conscience, d’abandonner le corps à la fatalité de l'anéantissement que l'on sauve l'esprit et l'homme céleste. Le Christ dévoile la dualité en l'homme spirituel. Une dualité qui naît de l'esprit reçu et se rompt par l'abandon du corps. Ce n'est pas simplement l' « âme vivante » (1 Co. XV, 45), le corps du péché, qui se rend et se meurt. La croix est le lieu d'une exécution légale. Définitivement liées par le principe de légalité qui juge et condamne le Christ, la Torah et la Lex Romana ruinent leur autorité. La loi meurt avec le corps qui relève de sa « justice ». Le péché n'existe plus hors l'objet de son incarnation (Rm. VI, 7). La mort elle-même est « engloutie » (1 Co. XV, 54) quand « le vieil homme » n'est plus.

Les Spirituels emportent leur victoire au moment de leur mort physique, quand leur mode d'être spirituel les détache définitivement du péché, de la loi et de la mort. Cependant, parce qu'ils ont dès maintenant reçu « les arrhes de l'esprit » (2 Co. V, 5), ils s'engagent en cette dynamique de la victoire que Paul appelle l'espérance. L'on ne peut pas dire véritablement qu'ils sont déjà ressuscités, sinon en un sens allégorique qu'ils sont les « vivants d'entre les morts » (Rm. VI, 13) ; mais l'on peut dire qu'ils ont acquis la puissance de cette résurrection. C'est la raison pour laquelle, ils doivent agir selon la loi de l'esprit comme s'ils étaient déjà vainqueurs des lois de l'incarnation et de la mort (Ibid. 12-13).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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