Le chemin de Damas


Revêtir le Christ


La dualité en l'homme

17 - Revêtir le Christ

A métaphore in absentia du verset Rm. XIII, 12 annonce le règne de lumière éternelle de la fin des temps, lorsque la nuit ne succédera plus au jour. Probablement Paul a-t-il en mémoire les versets consolateurs du Livre d'Isaïe qui proclament la gloire prochaine de Sion après la restauration d'Israël : « Le soleil ne te servira plus de lumière du jour, et la lune ne t'éclairera plus en donnant son éclat la nuit, mais Yhwh sera pour toi une lumière perpétuelle, ton Dieu sera ta parure. Ton soleil ne se couchera plus et ta lune ne se retirera plus, car Yhwh sera pour toi une lumière perpétuelle et les jours de ton deuil seront révolus. Dans ton peuple tous seront des justes, à jamais ils posséderont le pays, rejetons de mes plantations, œuvres de mes mains, en sorte que je me manifeste glorieusement. » (Is. LX, 19-22) (1 Hén. LVIII, 3-6) (Ps. Sal. III, 12).

L'opposition de la lumière et des ténèbres et le contraste des deux éons constituent un lieu commun des œuvres de la bibliothèque de Qoumrân. Le jour vient de « la gran[de] bataille [contre les ténè]bres » (Guerre XIII, 14) (Mt. XXIV, 6-8) (Rm. XIII, 12). Le Règlement de la Guerre le décrit avec force précision. Il perd chez Paul le sens réaliste, qu'il garde toujours dans la tradition essénienne malgré la part d'idéalisation et de lyrisme qui auréole l’espoir. Le dernier jour n'est pas, pour l'apôtre, un jour de guerre en vue de la conquête du monde. Il est celui de l'anéantissement de la matière terrestre et de la réalisation parfaite de l'esprit céleste.

L'absence du thème ou du comparé dans la métaphore (Rm. XIII, 12) nous laisse peut-être entrevoir une nouvelle fois, les précautions oratoires dont Paul entoure sa correspondance. Les prophéties de référence, et les espérances de la Communauté des Saints désignent, au cœur des ténèbres, les nations ennemies et les traîtres d'Israël qui collaborent avec elles (Guerre I, 1-3) (Damas VIII, 1-2). Or, la résistance paulinienne demeure à tous égards non-violente (2 Co. X, 4). Les convertis ne sauraient entrer dans le corps à corps le « Jour de la colère » (Rm. II, 5). Ce serait répondre aux pulsions de la loi du péché, quelle que puisse apparaître la justification. Ce serait un non-sens de défendre la vie d'un corps qui n'est jamais qu'une mort annoncée. Les armes à revêtir (Rm. XIII, 12) sont celles de l'esprit par lequel chacun doit s'assurer la vie sauve. Le converti se revêt du Christ (Ibid. 14), parce qu'il sait son corps condamné et que seul le vêtement de gloire lui sauvera la vie « le moment » venu (Ibid. 11).

« Mais revêtez-vous du seigneur Jésus Christ et n'ayez cure de la chair et de ses convoitises. » (Rm. XIII, 14)

Le thème du vêtement porté participe d'une symbolique essentielle qui transmute la personnalité de l'homme. Peut-être faut-il chercher dans le Livre des Antiquités bibliques l'idée que le combattant se revêt du Seigneur (Ibid. 14). Lorsque Cénez s'avança contre les Amorrhéens, « l'esprit du Seigneur le revêtit et il dégaina son épée » (Ant. bib. XXVII, 9) ; « Cénez fut revêtu de l'esprit de force et changé en un autre homme. » (Ibid. 10). De même, Gédéon contre les Madianites « se revêtit de l'esprit du Seigneur [et fut] rempli de force » (Ibid. XXXVI, 2). De sorte que les juges Cénez et Gédéon se trouvent justifiés en leurs combats contre les idolâtres. Certes, l'esprit du seigneur paulinien n'est plus celui des chefs de guerre.

Le Testament des douze patriarches annonce ainsi l'avènement du Messie-Prêtre : « Son astre se lèvera dans le ciel comme celui d'un roi, resplendissant de la lumière de la Connaissance, comme le soleil brille en plein jour, et il sera magnifié dans le monde entier. Il resplendira comme le soleil sur la terre, il supprimera toutes ténèbres de dessous le ciel, et la paix régnera sur toute la terre. » (Test. Lévi XVIII, 3-4). La prophétie se conclut ainsi : « Tous les Saints se revêtiront de justice. » (Ibid. 14). Paul inverse le sens : les convertis ne revêtent nullement la justice de la Torah, mais celle « du Seigneur Jésus Christ » (Rm. XIII, 14). Laquelle est, « en dehors de la loi, la justice de Dieu » (Rm. III, 21).

Dans les « œuvres des ténèbres » (Rm. XIII, 12), l'on perçoit toutes les manifestations des « œuvres de la chair » (Ga. V, 19-21) et, par conséquent, de « la loi du péché » (Rm. VII, 23). Celle-ci constitue l'obstacle à la spiritualité parfaite de l'homme ici-bas. Paul donne son enseignement en forme de conseil : « Pas d'orgies ni de beuveries, pas de coucheries ni de débauches. » (Rm. XIII, 13). Il ne s’agit ni d’une règle, ni d’une loi, que l'apôtre édicterait en contradiction avec la liberté de conscience qu'il proclame (1 Co. VI, 12 ; X, 23). Le modèle supplée à la difficulté du discernement : « Soyez mes imitateurs, frères. » (Php. III, 17) (1 Co. IV, 16).

Il n'y a, dans le paulinisme, d'autre jugement ou d'autre sanction que celle que chacun se prépare en ne se donnant point la peine de se libérer des lois de l'incarnation (1 Co. III, 15). La métaphore de l'athlète dont use l'apôtre trouve ici sa place (1 Co. IX, 24-27). Bien préparé, l'homme vaincra. Il coiffera une « couronne impérissable » (Ibid. 25) : « Et [il sera] réveillé à la résurrection. [Il sera], en effet, comme un athlète donnant et encaissant des coups et qui reçoit la couronne. » (Test. Job IV, 9-10). Il revêtira le corps « indestructible » (1 Co. XV, 53). Mal entraîné, trompé par la fourberie des zélateurs de la loi (2 Co. IV, 2), la conscience aveuglée (Ibid. 2) par « la lumière des enténébrés » (Rm. II, 19), il sera au contraire irrémédiablement vaincu. Non par le bras armé de l'adversaire, mais par son propre « corps du péché » (Rm. VI, 6). La préparation de l'athlète, bonne ou mauvaise, ne prend aucune valeur morale. Elle s'attache à la volonté de vaincre la mort et de vivre éternellement.

note 17c : "R. Siméon disait : "Il y a trois couronnes : la couronne de la Torah, la couronne du sacerdoce et la couronne de la royauté ; et la couronne d'une bonne réputation les dépasse toutes." (Pirqé Avot IV, 13).. Nous trouvons encore dans la tradition : "Il y a trois couronnes : celle du sacerdoce, celle de la royauté et celle de la Torah. Aaron reçut la première et David la seconde et aussi celle de la Torah, afin de ne pas laisser de prétexte à ceux qui entrent au monde pour dire : Si les couronnes de la royauté et du sacerdoce avaient été disponibles, je les aurais méritées. Mais la couronne de la Torah leur est un reproche : car quiconque l'observe, je lui impute comme si les trois lui étaient laissées et qu'il les ait emportées ; et inversement. Quelle est la plus grande des deux ? R. Siméon b. Eléazar : Qui est plus grand, celui qui fait régner ou celui qui règne ? Réponds : Celui qui fait régner. Celui qui fait les princes ou celui qui fait la domination ? Réponds : Celui qui fait les princes. La substance de ces deux couronnes ne vient que de la force de la Torah (Pr. VIII, 15-16)." (Sifré Nb. XVIII, 20). La couronne de la Torah est pour Paul une couronne périssable (2 Co. III, 13). Fin de note


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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