Le chemin de Damas


La réconciliation


La dualité en l'homme

23 - La réconciliation

ES Memoria de Matthieu enseigne la réconciliation avec le prochain avant que les fautes ne soient rituellement expiées : « Laisse ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande. » (Mt. V, 24). De même pour la tradition : « Pour les fautes qui sont entre l'homme et le Lieu, le jour des Kippourim ne les expie pas tant qu'on ne s'est pas réconcilié avec l'autre. » (M. Yoma VIII, 8)

La réconciliation paulinienne est d’ordre absolu. Elle signifie que l'homme doit revenir dans la vraie relation spirituelle avec Dieu. Il doit faire retour au mode d'être céleste. Le recueil des Hymnes témoigne que le Juste s'est « consolé du péché primitif » (Hy. IX, 13). Les pardons de Dieu l'ont soulagé par les coups reçus (toujours vécus comme remontrances du ciel). Dans la persécution, il rencontre la fureur terrestre née de la chute des anges. Car, par eux, « la violence s'accrut sur la terre. » (Jub. V, 2).La consolation naît de l'esprit saint qui engage le Juste vers l'espérance de la miséricorde.

La réconciliation paulinienne revêt une autre dimension. En mourant « pour tous » (2 Co. V, 14), le Christ offre sa mort comme cause efficiente de la réconciliation universelle (Rm. V, 10-11). Par cette mort, qui est aussi la mort de tous (au monde), chacun retrouve le mode d'être spirituel qui le rétablit dans un état premier de relation à Dieu. Le mode d'être psychique caractérise en effet la fracture qui sépare l'homme de Dieu. La réconciliation se vit comme un retour à la paternité divine (Rm. VIII, 15) et à l'héritage spirituel pour chacun de ses enfants (Ibid. 16-17).

« Or tout vient de Dieu qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et qui nous a donné d'être au service de la réconciliation. » (2 Co. V, 18)

La réconciliation est liée à la gratuité de la grâce (2 Co. V, 19). La puissance de Dieu se dévoile en sa capacité à retourner la situation catastrophique initiée par la faute d'Adam (1 Co. XV, 22) et aggravée par la loi de Moïse (Ga. III, 21). Paul ne fréquente pas le mythe de la chute des anges. Il comprend ainsi la faute de celui qui devint le premier homme : Adam a chuté du mode d'être spirituel de la vie céleste, au mode d'être psychique de la vie terrestre (Rm. V, 12). Ainsi, le Christ doit-il nécessairement participer à la vie mondaine, comme « le dernier Adam » (1 Co. XV, 45), afin de dévoiler aux hommes la vérité de Dieu, clore le temps, et reconduire les hommes revêtus de l'esprit céleste en leur condition première, dans l'harmonie divine 2 Co. V, 21).

L'évangile proclame « la parole de réconciliation » (Ibid. 19), l'exhortation divine (Ibid. 20). Il révèle la vérité de Dieu autant qu'il montre le mensonge du monde. Il donne sens à la condamnation du Christ. Il enseigne la voie du retour à la condition spirituelle de la seule création divine possible. Dépositaire de la parole, en charge de l'appel de Dieu, l'apôtre exhorte les volontaires à saisir le « moment favorable » du salut (2 Co. VI, 2).

Paul prélève l'argument dans le Livre d'Isaïe, pour chercher à convaincre des adversaires qui se retranchent derrière leurs interprétations des prophéties et se gaussent d'en connaître la clé (Rm. VII, 1) (Règle I, 3) : « Ainsi a dit Yhwh : Au temps de la faveur, je t'exaucerai, au jour du salut je te secourrai. Je t'ai formé et je t'ai destiné à être l'alliance du peuple, pour que tu relèves le pays, pour que tu attribues des héritages désolés et que tu dises aux captifs : "sortez !" à ceux qui sont dans l'obscurité : "paraissez !" » (Is. XLIX, 8-9). Il s'agit du second poème du Livre d'Isaïe proclamé en l'honneur du Serviteur de Yhwh. Prophète, celui-ci a pour mission de relever les tribus de Jacob et de rassembler Israël. Plus précisément, le passage cité évoque le rôle joué par le Serviteur au retour de la captivité dans la redistribution du territoire (voir Jos. XVIII, 10 ss.).

Le jour du salut, jour de la restauration d'Israël après l'exil, ne porte nullement, dans le Livre d’Isaïe, le sens d'une sortie du temps et de l'espace de la création terrestre. L'apôtre prend (une fois encore) un lieu commun des Ecritures auquel il donne une explication allégorique, afin de l'introduire dans son argumentation en faveur d'un règne transcendant. Tout comme le discours essénien, la rhétorique de Paul s'emploie à témoigner de la vérité, non par la logique des raisonnements, mais sur la conformité à l'annonce prophétique. Son interprétation des oracles n'a point de validité logique. Pas davantage les commentaires esséniens ne la possèdent. Le vrai est dans l'expression de l'esprit saint c'est-à-dire, dans la parole prophétique (ou son interprétation) qui n'a point besoin d'être logique pour être vraie.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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