Le chemin de Damas


Le service de l'apôtre


La communauté paulinienne

1 - Le service de l'apôtre

OMPRENEZ-VOUS. Nous n'avons nui à personne, nous n'avons détruit personne, nous n'avons exploité personne. » (2 Co. VII, 2)

L'apôtre n'est pas en situation de force face à ses adversaires. Ses lettres déploient toutes les ressources de l'argumentation rhétorique dans le but de convaincre les Hébreux de l'impossible. Il affronte la doctrine des Saints que l'on découvre peut-être en la personne d'Apollos, l'enseignement nazaréen dont Képhas semble le propagateur. L'interprétation des textes prophétiques constitue l'enjeu de toute proclamation (2 Co. X, 10). La tradition pharisienne ne semble pas représentée dans la controverse. Paul demeure prudent. Il évite l'affrontement (2 Co. VI, 3). Il reste en deçà de sa propre pensée afin de ne point trop heurter (1 Co. X, 32). Pourtant, ses lettres restent provocantes (2 Co. X, 10). L'apôtre se défend d'avoir jamais tiré profit de l'attrait que peut susciter sa mission (Ibid. 33). Jamais il n'a abusé ses auditeurs ni les communautés. Il n'a lésé personne. Paul semble penser que ce désintérêt n'est pas partagé par « les faux apôtres » (2 Co. XI, 13) ; mais il se garde de la réplique envers ceux qui leur sont attachés (2 Co. VII, 3-4).

Considérant l'argumentation défensive de Paul, l'on est tenté de retrouver les motifs de l'attaque dans la diatribe des Psaumes de Salomon. Celle-ci vise « ceux qui hypocritement, vivent en compagnie des Saints. » (Ps. Sal. IV, 6).

L'adjectif employé (devenu synonyme de Pharisien) ne semble point laisser de doute quant à la qualité du groupe religieux visé. La question mérite cependant d’être posée : qui sont « les flatteurs » (Ibid. 8) ? Le Juste devint « un esprit de jalousie envers ceux qui cherchent les choses flat[teuses]. » (Hy. II, 15). Les « flatteurs » désignent ici les Judéens persécuteurs du Maître de Justice (de même un peu plus loin au verset 32). L'on retrouve l'expression dans le Commentaire de Nahum, toujours désignant les Judéens par opposition aux Esséniens. Les Memoria de Matthieu désignent ainsi les Scribes et les Pharisiens (Mt. XXIII), c'est-à-dire également les Judéens.

Par ailleurs, les mœurs dissolus attribués aux « flatteurs » en Ps. Sal. IV désignent un comportement immoral qui ne peut être celui des Pharisiens. Il reste que, vu par les Esséniens, le mouvement né autour de Jésus et établi à Jérusalem peut paraître proche de l'esprit pharisien. Les Actes des Apôtres rapportent que Rabbi Gamaliel prit la défense des apôtres devant le Sanhédrin (Ac. V, 14-39). En outre, Paul lui-même aurait été proche du Rabbi (Ac. XXII, 3) (Php. III, 5). Les accusateurs ne réactualisent pas nécessairement leurs invectives.

Le terme « flatteur » peut donc être trompeur. Le rapprochement avec le pamphlet des Memoria de Matthieu n'est pas probant (Mt. XXIII). Il est, d'une part, difficile d'accuser aussi brutalement les Pharisiens d'impiété (Ps. Sal. IV, 9) ; il ne nous semble pas, d'autre part, que ceux-ci aient fréquenté aussi intimement les Saints, au point de siéger dans le « Saint Conseil » (Ibid. 1) (1 Co. XVI, 15). En outre, nous ne voyons pas que les Pharisiens aient appelé à la conversion, de façon si inattendue que « leurs actions soient un sujet de moquerie et de sarcasme. » (Ps. Sal. IV, 7) (Rm. I, 16). Cet ultime jugement écarte également les Sadducéens. Il nous rappelle la prédication paulinienne.
Faisant la part de l'exagération propre à la diatribe, la lecture du Psaume IV mérite sans doute que l'on en considère l'extrait suivant :

« Le flatteur invoque la loi pour donner le change [Rm. VII, 12], mais, tel un serpent, il fixe de ses regards la maison de l'homme paisible [Php. IV, 22], dans le désir de ruiner la sagesse d'autrui par des discours impies [1 Co. I, 20]. Ses paroles sont de fallacieux raisonnements [Rm. IX, 1] qui tendent à satisfaire des convoitises coupables. Il ne renonce pas qu'il ne soit parvenu à dépouiller et à séparer [1 Co. VII, 19] et à ravager le foyer pour assouvir d'illicites convoitises [1 Co. IX, 5]. Il est persuadé par ses raisonnements qu'il n'y a personne pour voir et pour juger [1 Co. II, 15]. Quand il fut rassasié de cette iniquité, ses yeux se sont tournés vers une autre maison, pour y porter la ruine [1 Co. VII, 31], d'un verbe provocant [1 Co. I, 20]. Il reste en tout cela insatiable comme le Cheol. [2 Co. XI, 22]» (Ps. Sal. IV, 8-13).

L'on comprendra que notre intention n'est pas de nous immiscer aussi rapidement dans la critique historique des textes. Sans formuler d'autre hypothèse, l'on nous permettra de prendre appui sur le Psaume IV afin de mieux saisir l'attaque essuyée par Paul, issue probablement de la tradition essénienne (intégrée par les Nazaréens).

En marge du monde tel qu'il va, l'apôtre ne répond pas aux schémas attendus du prédicateur, qui trouve dans la structure sociale le lieu de sa reconnaissance et la matière de son projet. Son service s'annonce tel un engagement de « résistance » face à la norme de l'idéologie dominante (2 Co. VI, 4). Paul lie son apostolat à « l'esprit de sainteté » (2 Co. VI, 6), qui le gratifie d'une connaissance prophétique (1 Co. II, 14) (Règle VIII, 16). La « parole de vérité » heurte le cœur de l'homme (2 Co. VI, 7). Elle libère le don d'amour pour créer une relation aux autres non-conforme aux lois bien réglées de la société des hommes. Les mots possèdent la force de l'éclair. Ils frappent les pensées comme le feraient des « armes » qui s'abattraient sur les corps (Rm. XIII, 12) (2 Co. X, 4 ). Ils cherchent l'intelligence dans la conscience (2 Co. IV, 2). Les mots de la loi requièrent l'obscurité (2 Co. II, 15).

Le contraste des situations et l'outrance des jugements marquent la mission itinérante qui ruine les valeurs du monde. La capacité de conversion n’est donnée qu’aux esprits ouverts, c’est-à-dire libres, capables de remettre tout en question à commencer par eux-mêmes. Glorieux pour les uns, méprisable pour les autres (2 Co. VI, 8-10), l'évangile apparaît indubitablement à tous les Hébreux comme une provocation, un appel à la désobéissance religieuse et nécessairement civile, un défi à toute autorité. Paul peut se défendre de n'avoir jamais ni lésé, ni exploité personne, il ne peut contester qu'il appelle les convertis à bafouer la loi (Rm. III, 21).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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