Le chemin de Damas


Hors de l'influence nazaréenne


La communauté paulinienne

3 - Hors de l'influence nazaréenne

NE fois encore, Paul étaie son argumentation sur la preuve incontournable des Ecritures. La prédication vers les nations est inscrite dans les prophéties attribuées à Isaïe. La causalité est forte : « puisqu'il est écrit » (Rm. XV, 21) : « [Le Serviteur de Yhwh] provoquera la dispersion des peuples nombreux, et, à son sujet, des rois fermeront la bouche, car ils verront ce qui ne leur avait pas été conté et ils observeront ce qu'ils n'avaient pas entendu. » (Is. LII, 15). Le quatrième poème du Serviteur de Yhwh situe le contexte historique du retour de l'exil et du destin inattendu du Serviteur (Israël).

Paul n'a point choisi l'oracle pour faire valoir une analogie avec les circonstances de sa mission. Il le présente comme l'annonce authentique de son œuvre évangélique. Il abuse ceux qui l'écoutent (Rm. XV, 21). A l'évidence, rien n'est écrit qui accrédite l'apôtre. Le règne de Dieu installé par le Serviteur de Yhwh n'a rien de paulinien (Is. LII, 7). Il illustre davantage la contrariété dont témoigne le Livre d'Isaïe par rapport à la pensée originale de l'apôtre. Probablement Paul a-t-il le souci de réaliser les prophéties, autant qu'il cherche à les tourner à son avantage. Son projet d'aller jusqu'en Espagne  (Rm. XV, 24-28) le confirme : « Je viens pour rassembler toutes les nations et toutes les langues ; elles viendront et verront ma gloire. Je mettrai un signe parmi elles et d'entre elles j'enverrai des survivants vers les nations : à Tarsis (...) » (Is. LXVI, 18-19).

Les fondations de la « Nouvelle Alliance » sont assurées : « Dieu bâtit pour [les Saints] une Maison sûre en Israël, telle qu'il n'en exista jamais depuis autrefois jusqu'à maintenant. Ceux qui se sont attachés à celle-ci sont (destinés) à la vie éternelle et toute la gloire de l'homme leur appartiendra. » (Damas III, 19-20). La « Maison » est bâtie sur le roc : « [O mon Dieu, tu es] mon refuge, ma citadelle, mon rocher robuste et ma forteresse ! C'est en toi que je me mettrai à l'abri de tous [les coups de l'impiété], [et tu] me [porteras secours] pour (me) délivrer à jamais. » (Hy. IX, 28-29). Le rocher sur lequel se fonde la Communauté symbolise l'inébranlable « vérité de Dieu » (Règle XI, 4-5). Les Memoria de Matthieu enchérissent : « Tu es “Petros”(Siméon ben Iona), et sur cette “petra” je bâtirai ma Communauté. » (Mt. XVI, 18).

« Et j'ai eu à cœur d'annoncer l'évangile là où le Christ n'avait pas été nommé, afin de ne pas bâtir sur les fondations d'autrui. » (Rm. XV, 20)

Paul ne peut utiliser les fondements d’« un autre évangile », parce que la vérité de l'évangile paulinien n'est pas celle de la Communauté des Saints, non plus celle de la Communauté nazaréenne. Son principe n'est point la vérité légale. La fondation sur laquelle il s'édifie est « une roche spirituelle », et cette roche c'est le Christ (1 Co. X, 4). La proclamation de l'apôtre peut difficilement être entendue sur la terre de Juda. Paul trouve une liberté de parole et une écoute sans préjugés dans les espaces de l'Empire. La germination de l'évangile semble beaucoup plus aisée en un environnement où l'on ignore autant la Torah que l'on méconnaît Yhwh-Elohim, où le principe des lois positives est si peu considéré comme divin. L’évangile répond en outre à la lecture que l’apôtre propose du Livre d'Isaïe. Il se défend de ne rien inventer (Rm. XV, 18) devant un public parfois si peu familier des traditions des Hébreux.

Selon l'idée évangélique, Paul appelle à la rupture avec l'esprit des lois et des règlements qui contrarie la liberté de la conscience et la seule relation vraie entre les hommes : la relation d'amour. Il remue une communauté romaine qui semble accueillir bon nombre d'Hérodiens (Rm. XVI, 10-11), probablement marqués par le conservatisme sacerdotal qui sied à leur rang, mais aussi par leur collaboration avec l'Empire.

Outre la réalisation de l'oracle, Paul ajoute les « signes » et les « prodiges » (Rm. XV, 19) censés témoigner de l'authenticité de la parole évangélique aux yeux de tous (des Hébreux en particulier) (1 Co. I, 22) (2 Co. XII, 12). Gédéon obtient un signe de Dieu pour preuve qu'il est guidé : l'eau qu'il verse se transforme en sang et feu (Ant. bib. XXXV, 6-7) (voir Jn. II, 1-11). Lorsque Jean le Baptiste demande des preuves du messianisme de Jésus, les Memoria répondent : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts se relèvent, les pauvres sont évangélisés. » (Mt. XI, 5). Les miracles n'occupent pas la même place dans la correspondance de Paul que dans les Memoria. La guérison des corps est loin d’être fondamentale pour Paul. Elle l’est à l’évidence dans la perspective d’une résurrection de la chair. Une éternité sans péché s’offre nécessairement à des corps sanctifiés. L'on peut penser que l'apôtre fait allusion à la propagation de l'évangile comme signe essentiel de la volonté divine : « Gardez les commandements de Dieu, jusqu'à ce que le Seigneur révèle son salut à toutes les nations. » (Test. Ben. IX, 5). L’évangile qui abroge la Torah est aujourd’hui proclamé aux nations. Les Hébreux doivent en tirer les conséquences.

note : Sur la question nazaréenne : A noter les conclusions suivantes : 1) L'Evangile des Nazaréens est assez semblable aux Memoria de Matthieu (version grecque), dont il serre de très près le texte. 2) La parenté de l'Evangile des Nazaréens avec les Memoria de Matthieu est considérée comme indéniable ; le texte grec de l'Evangile des Nazaréens serait le Matthieu primitif, d'où seraient dérivés à la fois les Memoria (version grecque) et la version araméenne de l'Evangile des Nazaréens.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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