Le chemin de Damas


Paul renverse la symbolique de l'immersion


La communauté paulinienne

5 - Paul renverse la symbolique de l'immersion

AUL vient de dire que la Torah est la cause multiplicative du péché (Rm. V, 20). L'on sait que pour lui la loi institue et organise la convoitise des hommes. Elle leur impose ou leur facilite une relation légale qui contrarie la relation d'amour. La loi positive prolonge la loi du péché. Elle appartient au domaine de la création destructible. Grande est la puissance de la loi, plus grande encore la puissance du dieu qui l'abroge. Les convertis sont « morts au péché » (Rm. VI, 2). Persister dans l'erreur (Ibid. 1) signifie, certes, demeurer dans la pratique de la Torah (Rm. V, 20) ; mais encore, refuser la vraie loi de Dieu qui parle à la conscience de chacun.

L'Hébreu repentant et le Prosélyte volontaire à l’« Alliance » sont purifiés de leurs péchés par le rituel d'immersion. Celui-ci fait suite à leur confession et à leur engagement ferme dans la pratique de la Torah et la perfection de la Règle. Serait-ce que les convertis à l'évangile demeurent quant à eux libres de pécher dans l'attente d'une grâce abondante ? (Rm. VI, 1). La question se pose parce qu'ils ne peuvent, à l'évidence, se repentir de leurs manquements envers la loi de Moïse, ni se prêter à un rituel qui les engagerait pour l'avenir à la pratiquer parfaitement (Ga. V, 2-4).

Comment donc avoir accès à la purification ?

Paul donne une interprétation originale de l'immersion. Il dévoile son opposition au rituel initiatique des Hébreux et (pour le moins) un faible engouement envers sa pérennisation (arrangée) chez les Nazaréens (1 Co. I, 17). Le rituel de repentir, de purification et de rémission que pratiquent les communautés essénienne et nazaréenne, ne répond pas à l'idée paulinienne de la grâce. Il s'y oppose même : « Car les dons et l'appel de Dieu sont sans repentir » (Rm. XI, 29). N'entendons pas ici que le dieu paulinien ne regrette pas la gratuité de la grâce qu’il dispense. Paul signifie que la foi n'appelle point le repentir des convertis (Rm. III, 24), pas plus d’ailleurs que les dons fait aux Hébreux n’ont jamais été conditionnés par quelque lamentation (Rm. IX, 4-5). Il semble bien que, ne pouvant ignorer la tradition de l'immersion, Paul l'estime « comme un détriment » tout comme la loi qui l'institue (Php. III, 7) (Lv. XI, 35).

« Ou ignorez-vous que nous tous qui avons été immergés dans le Christ, nous avons été immergés dans sa mort ? » (Rm. VI, 3)

L'apôtre ôte le sens d'une purification rituelle à la symbolique de l'eau lustrale. A tel point que, de façon provocante, il connote l'immersion (aquatique) de l’idée de souillure (pour une conscience hébraïque). La mort est source d'impureté. Le cadavre rend impur le lieu où il se trouve ainsi que ceux qui l'ont approché. Le prêtre purifie ceux qui se sont ainsi rendus rituellement impurs (les « tamé met ») en les aspergeant d'un mélange d'eau pure et de cendres de la vache rousse (voir Nb. XIX). Les grands prêtres et les Nazirs ont interdiction absolue d'approcher un cadavre (voir M. Oholot).

L'immersion dans la mort (Rm. VI, 3) (qui garde la symbolique d'être plongé dedans) souille l'Hébreu, autant que l'eau le purifie. Dire que le converti a été immergé dans la mort du Christ revient à nier la valeur purificatrice de l'immersion. L'analogie que tente Paul consiste à dire que le converti est lavé du péché par la grâce que la mort du Christ révèle. Elle ne prétend nullement donner valeur à l'immersion, tant la souillure que donne la mort renverse la symbolique. Il apparaît nettement que l'immersion des Esséniens et des Nazaréens, pratiquée par Jésus autant qu'elle le fut par Jean, ne concerne plus les convertis pauliniens, qui tracent leur voie « en dehors de la loi » (Rm. III, 21).

L'apôtre rejette ce rituel de sanctification. Pas plus que l'on ne peut faire le choix de se soumettre partiellement aux obligations de la Torah (Ga. V, 3), l'on ne peut faire celui de la seule immersion en omettant l'engagement de chercher la justice en la seule Torah. Paul n'adhère pas au système Loi-péché-repentir-immersion-rémission ! L'évangile révèle que le Christ est mort par la loi, à cause de la loi, et que son relèvement d'entre les morts condamne la loi au nom de laquelle il fut jugé et condamné à mort (« les lois », faut-il toujours entendre, puisque la Torah et la Lex Romana ont conjugué leurs efforts afin de prendre, condamner et exécuter Jésus). La pensée de Paul ne s'inscrit point dans la dialectique de l'infidélité inéluctable à la loi extérieure et de l'imploration subséquente pour le pardon des péchés. L'apôtre proclame la libération des consciences et la désobéissance totale à la loi positive, dont le rituel de conversion ne constitue pas le moindre chapitre. L'immersion pour la purification, c'est encore et plus que jamais la loi.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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