Le chemin de Damas


Les faux apôtres


La communauté paulinienne

6 - Les faux apôtres

AUL utilise le lieu de la jalousie de Dieu (2 Co. XI, 2), que l'on imagine mieux dans l'argumentaire de ses adversaires. La jalousie, en tant que sentiment humain, contredit le principe du détachement, auquel se reconnaît le pur amour. Mais une nouvelle fois, l'apôtre prévient ses lecteurs que, s'il faut se montrer sot (Ibid. 1) pour se justifier en regard des hommes, « déraisonner » (Ibid. 23), il se permettra cet écart et se montrera tel.

La relation entre Yhwh et Israël s'exprime, chez les prophètes, par une métaphore qui témoigne de la fidélité de l'époux divin et de l'inconstance de l'épouse (Jérusalem) (voir Is. LXII, 4-5) (Jr. II) (Ez. XVI) (Os. I-III). La transgression de la Torah prend la valeur d'une infidélité faite à Yhwh. Paul utilise le lieu à contresens : l'infidélité à l'évangile correspond à un attachement à la Torah et par conséquent à une fidélité à Dieu.

L'influence de l'adversité contrarie d'abord l' « intelligence » des convertis (2 Co. XI, 3). Or, l'intelligence est le moyen de connaître Dieu (Rm. I, 20) (2 Co. IV, 4), de discerner la loi de l'esprit (Rm. VII, 25 ; XII, 2). L'on sait que l'intelligence « endurcie » maintient l'homme dans l'obscurantisme de la légalité (2 Co. III, 14), loin de la liberté (Ibid. 17). Cette influence si peu souhaitable contrarie aussi « la simplicité » (2 Co. XI, 3 -tr. Chouraqui-) (que l'on comprend ici comme absence de norme ou de rituel) et « la pureté » (Ibid. 3) de la conscience, qui témoigne des qualités de la relation à l'esprit du Christ.

Les Nazaréens, que Paul appelle (ironiquement) les « grands apôtres » (Ibid. 5), enseignent un autre Jésus, dispensent un autre esprit et proclament un autre évangile (Ibid. 4). Le titre d'apôtre ne peut leur être dénié ; sinon, Paul ne l'utiliserait point. Il le reprend sarcastiquement. Il affirme alors que ce sont de « faux apôtres » du Christ (Ibid. 13) ; comme pour dire que s'ils ne sont point illégitimes en tant qu'apôtres, ils le deviennent dans leur prétention à proclamer « un autre Christ » (que le Christ paulinien). La loi constitue toujours le lieu de la vérité à partir duquel l'on peut juger du vrai et du faux. Les adversaires de Paul n'enseignent pas « la vérité de l'évangile » (Ga. II, 5), c'est-à-dire, la loi de l'esprit. C'est en cela qu'il peut être effectivement dit qu'ils sont de « faux apôtres » ; dans le cas contraire, ils seraient de « vrais » apôtres, c'est-à-dire, des apôtres de la vérité (Rm. XVI, 7). Ils altèrent la parole de Dieu (2 Co. IV, 2). Ils participent au mensonge de la Torah (2 Co. III, 13-14). Bref, ils effacent la croix du Christ (Ga. II, 21).

Paul avoue qu'il n'a point l'éloquence (grecque) des « faux apôtres » ; mais il affirme que sa connaissance de la révélation est extraordinaire (2 Co. XI, 6) (Ga. I, 16). Or, pour « avoir annoncé gratuitement l'évangile » (2 Co. XI, 7), il ne reçoit pas la reconnaissance fidèle de la communauté. Il s'est « abaissé » (Ibid. 7)) dit-il. Ce qui signifie que la rétribution élève. Elle est le signe du pouvoir que donne la connaissance (1 Co. IX, 6-18). En refusant le don, Paul a écarté le type de relation que la Communauté attend. Il a affirmé une liberté, par rapport à ses membres, que ceux-ci ne comprennent pas encore. Paul est amené à se justifier, à dire qu'il a bien reçu « un salaire » (2 Co. XI, 8) des autres communautés, qu'il les a même dépouillées (Php. IV, 15-16), en contradiction avec son insistance pour faire valoir par ailleurs qu'il travaille pour vivre (1 Co. IV, 12 ; IX, 6). Si Satan exploite les communautés avec intelligence (2 Co. II, 11), c'est-à-dire, au nom de la loi, lui n'a jamais « exploité personne » (2 Co. VII, 2) et n'a point usé de subterfuge (2 Co. XII, 16-18).

« Car ce sont de faux apôtres, des ouvriers rusés, déguisés en apôtres du Christ. Et quoi d'étonnant ? Satan lui-même se déguise en ange de lumière. » (2 Co. XI, 13-14)

Les adversaires de Paul sont de bons Hébreux (2 Co. XI, 22) qui ne se départissent point de la Torah. Probablement des prêtres autorisés à vivre sur les communautés. Ils portent ce titre d'apôtre qu'ils ne reconnaissent pas à Paul (1 Co. IX, 2) au moins pour deux raisons : sa liberté de parole et d'acte qui abroge la Torah (Mt. V, 18-19), son illégitimité par rapport au groupe des proches de Jésus (1 Co. IX, 1). Paul rétorque que les « grands apôtres » (2 Co. XI, 5) ne sont que de « faux apôtres », des ouvriers « déguisés » (Ibid. 13). Il appuie son affirmation en rappelant que « Satan lui-même se déguise » (Ibid. 14) (Vie Adam XVII, 1-2). Parce qu'il a préalablement énoncé ce dernier fait, il peut l'utiliser comme argument a majori ad minus.

L'on sait que Satan est lié au pouvoir (Rm. XVI, 20) (1 Co. XV, 24-25) autant qu'à la loi dont il possède la maîtrise (1 Co. V, 5). Il est bien sûr lié à « la loi du péché » (1 Co. VII, 5). Selon ce que nous avons lu de Paul, ce n'est que lorsque les anges (non Yhwh lui-même) prescrivent la loi à Moïse (Ga. III, 19) (Jub.) (Ac. VII, 53) qu'ils apparaissent comme des anges de lumière (2 Co. III, 7). Laisser accroire que la Torah vient de Dieu est une ruse (v. 13) (2 Co. IV, 2) qui consiste à faire d'un mal un bien.

Comme « Satan lui-même se déguise en ange de lumière » (2 Co. XI, 14), ses serviteurs se déguisent aisément en « serviteurs de la justice » (Ibid. 15). Mais l'on sait que la justice de Dieu se trouve « en dehors de la loi » (Rm. III, 21). Alors, ces « ouvriers rusés » (2 Co. XI, 13) recevront leur salaire selon leurs œuvres (Rm. II, 6), c'est-à-dire qu'ils ne seront point justifiés (Rm. III, 20). Notons que leur sort n'est point identique à celui qui semble attendre Apollos, puisque lui-même devrait survivre (dans l'éternité) à ses œuvres (1 Co. III, 15). Ce passe-droit (si l'on peut dire) témoigne de la sainte notoriété d'Apollos.

S'il est logique de penser qu'une relation d'idée existe entre les anges de lumière (Ga. III, 19) qui donnent la loi de la mort (2 Co. III, 6-7) et le fait que Satan se déguise en ange de lumière, alors Satan est bien le Principe de la loi positive. Dans l'enseignement essénien, Bélial ne fait que pervertir la juste interprétation de la Torah. Le service des « faux apôtres » (2 Co. XI, 13) se comprend comme un engagement à observer la Torah (Ga. II, 4).

L'on retrouve l'idée de l'esclave ployant sous le joug qui prend, dans la pensée de Paul, le sens de justiciable (Rm. VI, 16), soit dans le domaine de la Torah, soit par rapport à la loi fondamentale de l'incarnation. L'esclave est placé sous la contrainte de la loi et soumis à une obéissance totale (Rm. VI, 16). Il est normalement exploité selon les termes du droit (voir Ex. XXI) (Dt. XV, 12-18).

Rappelons cet enseignement de la tradition : « L'esclave frappé par son maître, intentionnellement ou non, devient libre ; mais R. Siméon ben Gamaliel n'accorde la liberté que s'il y a eu intention. » (Tf. Babba Qamma IX, 24). Il est cependant une interprétation plus stricte de la Torah : « L'esclave ne devient libre que si son maître l'a frappé sur l’œil ou sur l'oreille et l'a rendu aveugle ou sourd, mais s'il l'a rendu aveugle ou sourd en le frappant proche de l’œil ou de l'oreille, il ne devient pas libre suivant la lettre (Ex. XXI, 26) : il l'a frappé. » (Ibid. 26).

L'image des coups au visage (2 Co. XI, 20) laisse entendre que les adhérents ont abdiqué leur liberté au-delà même du droit des esclaves !. En effet, si la loi rend la liberté à l'esclave frappé par son maître, les membres de la communauté de Corinthe sont moins que des esclaves, puisqu'ils ne jouissent pas même de ce droit.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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