Le chemin de Damas


La collecte


La communauté paulinienne

8 - La collecte

'APÔTRE sollicite la communauté de Corinthe afin qu'elle s'associe à l'initiative des Macédoniens et collecte des fonds. Il s'agit de venir en aide aux « Saints » (2 Co. VIII, 4), « les plus pauvres de Jérusalem » (Rm. XV, 25-27). Probablement Paul a-t-il proposé cet acte de charité, tant pour exister aux yeux de Jérusalem, que comme un devoir (Ga. II, 9-10) : « L'aumône et les œuvres de charité sont égales à tous les commandements. » (T.J. Péah 15b). « L'aumône préserve de l'impiété. » (Sifré Dt. XV, 9).

La redistribution aux nécessiteux sous forme d’aumône est une institution chez le Hébreux. La Torah commande au propriétaire de laisser la part du pauvre lors des récoltes (Lv. XIX, 9-10 ; XXIII, 22) (Dt. XXIV, 19-22). La Michnah (traité Péah) réglemente précisément les prélèvements pour les pauvres : « péah » : la soixantième part des champs, vergers et vignobles ; « chikhehah » : les gerbes oubliées lors de la récolte ; « léqet » : le glanage des épis après la moisson ; « pèret » : le glanage des grains de raisin : « olelot » : l'abandon des grappes de raisin qui ne sont pas venues à maturité lors de la vendange ; « maaser ani » : la dîme du pauvre qui est prélevée sur le revenu restant après le prélèvement de la dîme du prêtre. Il est précisé que « la corbeille du pauvre (caisse) exige deux personnes pour encaisser et trois pour distribuer. » (M. Péah VIII, 7). Diverses sentences préviennent contre les collecteurs d'aumône, toujours suspects de détournements (T.B. Babba Batra 8b).

Notons que si la « corbeille » est réservée aux pauvres, « le plat » (institution de bienfaisance) est pour tous. Les conditions de pauvreté exigées pour recourir au droit des pauvres sont légalement établies (Ibid. 8-9). Le riche tombé en pauvreté à droit au train de vie préalable : « On raconte d'Hillel l'ancien qu'il acheta pour un pauvre de bonne famille un cheval afin qu'il pût s'en servir pour son travail et un esclave pour le servir. » (Tf. IV, 10).

L'aumône est appelée « justice » dans la tradition (Sifré Dt. XXIV, 14). L'on notera l'enseignement de Rabbi Ismaël sur le bon ordre de la charité : « Tu dois d'abord prêter à ton peuple, au pauvre avant le riche, à tes pauvres avant les pauvres de ta ville ; aux pauvres de ta ville avant les autres. » (Mekhilta de R. Ismaël XXII, 24). «Si le pauvre tend la main et le maître de la maison veut lui donner, tous deux ont leur face illuminée (par la présence de Dieu) ; mais si le maître refuse, (Yhwh) enrichira le pauvre et appauvrira le riche. » (Ibid. XVIII, 27).

L'Ecrit de Damas stipule la règle concernant la participation des membres de la Communauté des Saints à l'entretien de tous : « Le salaire de deux journées au moins pour chaque mois, tel est ce qu'ils verseront dans les mains de l'inspecteur et des juges. Ils affecteront une partie de ces sommes aux [orphe]lins, et de l'autre ils soutiendront la main du pauvre et de l'indigent, et le vieillard qui [se meu]rt, et l'homme qui est fugitif, et celui qui est amené captif vers une nation étrangère, et la vierge qui [n]'a [pas] de proche parent, et la jeu[ne femme q}ue personne ne cherche (en mariage). » (Damas XIV, 12-17). L'on peut penser que « le service d'assistance » de la Communauté nazaréenne (2 Co. IX, 12) reprend celui de la Communauté essénienne.

Les Pauvres de Jérusalem font ici l'objet d'une attention particulière parce qu'ils sont saints. C'est-à-dire qu'ils ont voué leur vie au Christ en se détachant du monde (Rm. XVI, 2) (Mt. XIX, 21). Ils ont distribué leurs biens et fait vœu de pauvreté. Il ne s'agit pas de légaliser (de nouveau) une contribution sociale, ni de créer une œuvre caritative normalisée à inscrire dans le système du monde. Que chacun donne selon ce qu'il a (2 Co. VIII, 12) de façon à tendre à l' « égalité », dans « le repos » (Ibid. 13) ou l'insouciance du lendemain. L’on ne doit jamais chercher les valeurs pauliniennes dans quelque loi positive ; elles s’inscrivent toujours au cœur de la conscience des hommes.

Paul compose avec ceux qui n'ont ni la force, ni la volonté d'abandonner leurs biens, de même qu'il a proposé un compromis à ceux qui brûlaient de se marier (1 Co. VII, 9). Le don a une réciprocité qui ne se mesure pas en monnaie sonnante et trébuchante :

« Pour le moment, que votre abondance supplée à leur pénurie pour que leur abondance vienne suppléer à votre pénurie et qu'il y ait égalité. » (2 Co. VIII, 14)

Paul donne à la collecte le sens d'une relation d'entraide entre membres d'un même mouvement. Il s'entoure des précautions nécessaires pour garantir l'honnêteté du prélèvement (2 Co. VIII, 20). La collecte constitue, en effet, un lien affectif entre les communautés pauliniennes de Grèce et la Communauté nazaréenne de Jérusalem. Celles-là reconnaissent par leur geste ce qu'elles doivent à celle-ci (Rm. XV, 27).

Si les Nazaréens reçoivent le don, ils reconnaissent de fait la sainteté de ceux qui l'offrent (Règle IX, 8-9). Voilà la raison pour laquelle Paul craint que la collecte ne soit point acceptée par Jacques et ceux de Jérusalem (Rm. XV, 30-31). La refuser revient à dénier la reconnaissance attendue, par les communautés pauliniennes, de la vérité de leur voie. La valeur de la collecte pose problème parce qu'elle doit être reconnue par l'autorité de la Communauté de Jérusalem qui la reçoit. L'on trouve dans la Règle de la Communauté un élément de réponse à la question que se pose l’apôtre :

« Quant aux biens des hommes de sainteté qui vont dans la perfection, que leurs biens ne soient pas mêlés avec les biens des hommes de tromperie qui n'ont pas purifié leur voie pour se séparer de la perversion et pour aller dans la perfection de la voie. » (Règle IX, 8-9)

« Que mon service (la collecte) à l'égard de Jérusalem soit accepté par les Saints. » (Rm. XV, 31)

Il paraît en effet suffisamment clair que l'origine des fonds de la collecte paulinienne ne répond pas à l'attente des zélateurs de Jérusalem. L'enjeu pour l'apôtre est dans la reconnaissance de ses communautés par l'acceptation de leur don (1 Co. IX, 2).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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