Le chemin de Damas


Le service du Christ


La communauté paulinienne

9 - Le service du Christ

LS sont serviteurs du Christ ? je déraisonne, mais je le suis davantage par plus de labeurs, plus d'emprisonnements, bien plus de plaies et de fréquents dangers de mort. » (2 Co. XI, 23).

Paul prend des précautions oratoires. Il est amené à combattre ses adversaires sur le terrain de la vanité et de la gloire terrestre. Comprenons qu'il déraisonne (2 Co. XI, 16-18, 21 et 23). Lui aussi est Hébreu (Ibid. 22), puisque l'on prétend que la race donne la noblesse. Lui aussi est israélite (Ibid. 22), puisque l'on dit que Dieu a élu Israël. Lui aussi est héritier des promesses faites à Abraham (Ibid. 22). « A cause du Christ » (Php. III, 7) il a renié ce qu'il était, parce qu' « en dehors de la loi » (Rm. III, 21) « il n'y a pas de différence entre Juif et Grec » (Ibid. X, 12).

Le monde qui se protège avec ses normes et ses lois, déploie toute sa rigueur ou sa haine pour briser l'élan d'une idée qui cherche à le défaire. L'apôtre reçoit les coups de fouet selon la Torah (Ibid. 24), les coups de trique selon la loi romaine (Ibid. 25). « L'ethnarque du roi Arétas » fouille Damas pour le prendre et le pendre. « Dans un panier le long de la muraille » il échappe au roi et à sa loi (Ibid. 32-33). Les Hébreux, les Hellènes, les foules, les « faux frères » (Ibid. 26) (Ga. II, 4) et les « faux apôtres » (2 Co. XI, 13), tout homme armé d'un code de loi constitue un péril pour l'apôtre (Ibid. 26). Mais aussi les simples « bandits » (Ibid. 26), hors-la-loi (de l'esprit) en proie aux convoitises de la loi du péché.

A l'hostilité du monde ne répond point l’indifférence de la nature (Vie Adam XXIV). Toute la création pervertie (Rm. VIII, 20) contrarie l'évangile. Le corps est soumis à la « fatigue » (2 Co . XI, 27) de beaucoup de « labeurs » (Ibid. 23), augmentée des « veilles » (Ibid. 27), des « jeûnes » (Ibid. 27). Il pâtit de « la faim » et de « la soif », du « froid » (Ibid. 27). Sanctuaire de l'esprit, le corps n'en reste pas moins une nature destructible qui ne mérite point le ménagement. L’âme lui est liée, qui lui donne vie. Elle se charge du fardeau de la « préoccupation » des contingences et du « tracas » que donnent les communautés (Ibid. 28-29).

La nature ne concourt point à la bénédiction divine. La création entière est soumise à un esprit des lois qui communique sa violence (Rm. VIII, 21) (Vie Adam XI). Comme l'homme, elle est soumise à un « esclavage » légal et mortel (Rm. VIII, 21). Elle attend la libération avec impatience. Elle espère se revêtir d'indestructible et retourner à l'état de création céleste (Ibid. 23). « Celui qui » à soumis la création à l'esclavage de la loi (Ibid. 20) a aussi soumis l'homme. Satan est son nom. Il est présent dans les lois de la nature comme il l'est en l'homme incarné ou dans le système des lois qui régit les sociétés humaines.

La nature représente ainsi un péril pour l'apôtre ; les « fleuves », le « désert », la « mer » surtout (2 Co. XI, 26), qui trois fois s'est retournée sur lui (Ibid. 25). Jamais Paul ne considère autrement la nature qu'à l'image du corps, c'est-à-dire comme l'obstacle qui dissimule la véritable création de Dieu. Jamais la nature ne suscite en lui un regard émerveillé ou un sentiment poétique. Elle n'est que le lieu de la chute. Un autre que Dieu commanda la colère des éléments qui le précipita « un jour et une nuit dans l'abîme » des flots (Ibid. 25).

Peut-être Paul témoigne-t-il par le récit marin, qu'il possède lui aussi l'assurance du juste, dont il est dit : « Ni les fleuves furieux [2 Co. XI, 26], ni les mers agitées [Ibid. 26] ne le feront trembler. » (Ps. Sal. VI, 3).

L'exposé des afflictions que supporte le Juste mérite un rapprochement avec l'argument du naufrage (2 Co. XI, 25). L'allusion de l'apôtre témoigne d'un événement par lui réellement vécu. Par la forme imagée du naufrage, le Juste dévoile ses angoisses : « [Et moi je f]us comme un marin sur un bateau : dans la furie des mers étaient leurs vagues, et tous leurs flots grondèrent contre moi ; (il soufflait) un vent de vertige, [et nulle] brise pour restaurer l'âme, et nul sentier pour diriger la route sur la face des eaux. Et l'abîme retentit de mon gémissement, et [mon âme descendit] jusqu'aux portes de la mort. » (Hy. VI, 22-24). Conformément à la métaphore courante de l’eau qui représente la loi, l’on peut voir dans la mer en furie la conséquence du mésusage de la Torah par les Judéens.

La valeur des deux « naufrages » n'est point identique. Les tribulations du Juste participent finalement des mystères de Dieu qui déploie l'esprit du mal au-dedans aussi bien qu'au dehors de l'homme (Ibid. V, 36). Les trois naufrages de Paul placent directement le Créateur (celui qui matérialise et asservit) aux commandes des éléments qui se liguent contre lui (2 Co. XI , 25). Assurément, Paul n'y voit point l’œuvre de Dieu, mais une contrariété des éléments (naturels) qui conspirent à sa perdition.

La tradition hébraïque désigne toujours le Seigneur comme la cause des coups qui frappent l'homme. L'auteur des Hymnes écrit : « Ton juste châtiment accompagne mes [péch]és. » (Hy. IX, 33) (voir 1 Hén. CII, 4-CIV, 6). Contrairement au Maître de Justice (et à la tradition en général), Paul ne voit pas la main de Dieu dans les persécutions qu'il subit. Il n'aurait guère à se vanter de ce qui témoignerait peut-être de son erreur. Lorsqu'il évoque « une écharde dans [sa] chair » (2 Co. XII, 7), Satan en est nommément responsable. Il ne semble point que Dieu puisse venir en aide contre un mal de nature terrestre. Pourquoi le ferait-il d'ailleurs ? Du mal de l'incarnation il veut guérir tous les hommes de foi.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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