Le chemin de Damas


Edifier l'amour et rompre la loi


La communauté paulinienne

10 - Edifier l'amour et rompre la loi

ES communautés se composent d'adhérents que l'apôtre considère, pour les uns, comme des « forts », pour les autres, comme des faibles (Rm. XV, 1. Les forts sont ceux qui ont le courage de la rupture et de la résistance dans une société qui les honnit. Les faibles gardent l'empreinte de la loi. Dans les Hymnes, « [les] forts » (Hy. V, 7) sont ceux qui résistent à la persécution, par fidélité à la (vraie) Torah. Paul reprend le terme en un sens contraire.

Le projet communautaire de l'apôtre consiste à unifier la foi des convertis dans le seul évangile possible, celui de la rupture (Rm. XV, 5). Pour cela, les forts doivent convertir les faibles. La foi doit emporter la conviction de la supériorité de l'amour sur la loi. Le lieu du bien s'énonce clairement (Ibid. 2) ; il laisse à déduire celui du mal. La révélation du Christ dévoile l'universalité et la puissance de l'amour. Les forts, en tant que « frères » du Christ (Rm. VIII, 29) et « enfants de Dieu » (Ibid. 16), ont en charge de poursuivre ce dévoilement (Ibid. 7). La question qui sépare n'est point tant celle de la fidélité à Jésus Christ que celle du concept de dieu et, par conséquent, de la valeur de la loi.

Paul insiste sur la paternité de Dieu (Ibid. 6) (Rm. I, 7 ; VI, 4 ; XV, 6) (1 Co. I, 3 ; XV, 24) (2 Co. I, 2-3 ; XI, 31) (Ga. I, 3 ; IV, 6) (Php. I, 2). Il ne peut y avoir antagonisme entre père et fils, l'un qui veillerait à l'observance de la Torah, tandis que l'autre l'abrogerait. Le Christ révèle « la parole de Dieu » (Php. I, 14). Par lui seul l'on connaît la volonté de Dieu et l'esprit qu'il prodigue (Rm. II, 18 ; XII, 2). Paul se sent obligé d'établir qu'il n'est pas en train d'inventer un nouveau dieu ; qu'en proclamant l'évangile, c'est toujours le Seigneur des vieilles alliances qu'il sert (Rm. XV, 17). Un dieu qui n'a point changé, mais dont la vérité est enfin révélée. L'édification des faibles passe par un renversement de leur concept de dieu, jusqu'à la rencontre du dieu paulinien. L'affirmation de la filiation du Christ (Rm. I, 3, 9 ; V, 10 ; VIII, 3, 29, 32) (1 Co. I, 9 ; XV, 28) (Ga. I, 16 ; IV, 4, 6) scelle l'authenticité de la parole évangélique. Il reste alors à Paul à expliquer pourquoi Jésus s'est fait « serviteur de la circoncision » (Ibid. 8) et d'ajouter que si ainsi on l'a connu, ainsi doit-on l'oublier (2 Co. V, 16).

« Que chacun de nous plaise à son proche pour le bâtir dans le bien. » (Rm. XV, 2)

La Communauté des Saints a son code pénal qui règle les relations afin que chacun « plaise à son proche » : « Et qui répondra à son prochain avec insubordination ou (lui) parlera avec impatience, allant jusqu'à [vio]ler un ordre formel de son confrère en refusant d'obéir à son prochain inscrit avant lui [ou se fe]ra justice par sa propre main, sera puni un an, [et séparé] (...) Et l'homme qui outragera son prochain injustement (et) sciemment sera puni un an, et séparé. Et qui parlera à son prochain avec hauteur ou commettra une tromperie sciemment sera puni six mois. Et s'il se montre négligent au préjudice de son prochain, il sera puni trois mois (...) Et qui gardera rancune à son prochain injustement sera puni six mois. Et pareillement pour celui qui se vengera soi-même pour une cause quelconque (...) Et pour celui qui parlera au milieu des paroles d'un autre, dix jours (...) Et l'homme qui ira calomniant son prochain, on le séparera un an de la Purification des Nombreux. » (Règle VI, 24-VII, 25). La pratique de la Règle édifie chacun dans le bon ordre du règne de Dieu.

Pour Paul, l'amour et non la loi crée l'homme spirituel. Or, l'amour vrai se reconnaît en ce qu'il n'obéit point à la loi. Le code pénal ne saurait être la source d'une relation vraie. Aussi appartient-il à chacun d'enseigner son proche, en se posant comme modèle de la volonté divine, en dehors de « la Règle de doctrine » (Rm. VI, 17), jusqu'à ce que l'éveil de la conscience laisse à chacun la liberté de sa conduite. Paul attend des Forts qu'ils témoignent que l'amour est plus puissant que la loi.

L'amour de Dieu et du prochain est un thème récurrent du Testament des douze patriarches : « Gardez donc, mes enfants, la loi de Dieu, acquérez la simplicité et marchez dans l'innocence, sans examiner avec indiscrétion les actions de votre prochain. Mais aimez le Seigneur et votre prochain. » (Test. Iss. V, 1-2) ; « Aimez le Seigneur dans toute votre vie, et aimez-vous les uns les autres d'un cœur véridique. » (Test. Dan V, 3) ; « Craignez le Seigneur et aimez votre prochain. » (Test. Ben. III, 3). Le même enseignement se retrouve dans les Memoria de Matthieu lorsqu'un Maître de la Torah demande à Jésus quel est le premier commandement ; celui-ci répond : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta vie et de tout ton esprit (Dt. VI, 5). Tel est le grand et premier commandement. Le second lui est pareil : Tu aimeras ton proche comme toi-même (Lv. XIX, 18). A ces deux commandements toute la loi est suspendue, et les prophètes. » (Mt. XXII, 37-40).

L'originalité de Paul est en ce que l'amour n'est plus un commandement de la Torah, mais un impératif de la loi de l'esprit. L'homme de foi ne peut avoir séparément un amour de Dieu et un amour du proche, mais un seul amour pur, qui ne s'attache qu'à la réalité de l'esprit.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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