Le chemin de Damas


Les deux signes du Christ


La communauté paulinienne

13 - Les deux signes du Christ

AR nous sommes la bonne odeur du Christ pour Dieu, parmi ceux qui se sauvent comme parmi ceux qui périssent : aux uns, une odeur de mort pour la mort ; aux autres, une odeur de vie pour la vie. Et qui peut y suffire ? » (2 Co. II, 15-16).

L'affirmation de l'apôtre évoque une prophétie attribuée à Ezéchiel pour mieux dire que les Pauliniens portent « la bonne odeur » de la connaissance comme agrément de Dieu (Ibid. 14) : « Je vous agréerai avec l'odeur apaisante lorsque je vous ferai sortir du milieu des peuples et que je vous rassemblerai du milieu des pays où vous avez été dispersés, et, par vous, je me montrerai saint aux yeux des nations. » (Ez. XX, 41). « L'odeur apaisante » (Gn. VIII, 21) annonce la reprise du culte interrompu par l'exil.

Il est probable que Paul recueille l'expression de la tradition prophétique telle qu'elle est reçue par la Communauté des Saints (Règle IX, 5) ; selon une justice qui s'inscrit désormais « en dehors de la loi » (Rm. III, 21). La bonne odeur du sacrifice est signe de l'Alliance (Jub. VI, 4 ; XXI, 9). Elle est paradoxalement le propre de la vie (2Hén. VIII, 4).

Les pauliniens ne font pas trafic de la parole divine (2 Co. II, 17). L'avènement de Jésus présente deux faces opposées : « la mort » en son incarnation (sans retour) et « la vie » éternelle de son esprit (Ibid. 16). Ne montrer que l'une des deux faces, c'est-à-dire la seconde (ou plutôt un mélange des deux), constitue une dissimulation à la manière des « brocanteurs » (Ibid. 17), qui manipulent les choses afin de n'en faire connaître que la plus avantageuse part en vue de leur trafic. Ne point considérer la mort du corps ne permet nullement de comprendre la vie de l'esprit. Paul dévoile le sens de l'exécution sur la croix : la part de la mort, et la part de la vie. « Ceux qui se sauvent » (Ibid. 15) ont l'intelligence de l'événement en sa totalité. Ils lisent clairement « le langage de la croix » (1 Co. I, 18), le cri de la malédiction à l'encontre de toute référence légale. « Ceux qui périssent » (2 Co. II, 15) ne savent voir qu'une sorte d'incarnation nouvelle dans le moment de la résurrection, une promesse de vie éternelle en une génération sublimée. Leur méconnaissance de la mort du Christ et de la réalité de son relèvement ne leur donne point la clé de la révolution existentielle qui doit les conduire à recueillir « les arrhes de l'esprit » (2 Co. V, 5) comme un engagement vers la vie céleste.

Nous rencontrons ici un élément fondamental de l'évangile paulinien. Il marque la différence avec « l'autre évangile » (Ga. I, 6) de l'adversité nazaréenne (2 Co. XI, 4). Ce dernier ne tire pas de l'exécution du Christ les conclusions radicales de Paul. Puisque la Torah vient de Dieu, les hommes, non point la loi, sont à condamner : « Les grands prêtres et tout le Sanhédrin cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mourir (...) Enfin il s'en présenta deux. » (Mt. XXVI, 59-60). La prévarication n’a jamais condamné la loi. Les juges n'étaient point justes ! Leur indignité les a écartés d'une juste interprétation de la Torah. La mort du Christ souligne seulement l'injustice des juges (Hy. IX, 9), la puissance de la résurrection comme le témoignage de la réalité à venir et de son règne terrestre.

Pour Paul, au contraire, la loi est fondamentalement mauvaise, ne serait-ce que par l'injustice des juges qu'elle institue. Elle contribue à la méchanceté des hommes. La mort du Christ signifie autant que son relèvement. S'il faut certes mourir pour être ressuscité, ce n'est point de n'importe quelle mort, mais d'une mort semblable à la mort sur le gibet, de la mort des condamnés par les tribunaux des hommes (Ga. II, 19). Mourir crucifié à la « loi du monde » (Ga. VI, 14), à la « loi du péché » (Rm. VI, 6) (Ga. V, 24), pour accéder à la vie de l'esprit. La mort ne survient pas à l'improviste. Elle se cherche, se prépare lentement par une dépossession du monde, une libération de l'incarnation. Heureux l’homme qui trouve une bonne fin ! La vie éternelle se mérite en même temps que la mort se maîtrise. Chaque jour, le Parfait revêt son habit de lumière s'arrache peu à peu aux ténèbres du monde.

note 13b : Dans la ligne du Livre d'Isaïe LXV et LXVI, nous relevons : "Grand est ton espoir, ô Sion ; et la paix et ton attente du salut se réaliseront. Des générations et des générations demeureront en toi ; oui, des générations de pieux seront ta gloire." (Ps. pseudo-david. XXII, 2-4). L'éternité d'Israël se construit par la succession paisible des générations.


cathares, philosphie cathare, catharisme

Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





Cathares, catharisme, philosophie cathare