Le chemin de Damas


La sagesse des Parfaits contrarie la sagesse du monde


La communauté paulinienne

14 - La sagesse des Parfaits contrarie la sagesse du monde

APPELONS que l'immersion constitue un élément d'entrée dans l'alliance de la Communauté des Saints ; que le rituel consacré peut utilement être rapproché de ce que l'on sait de l'immersion pratiquée par Jean. Il est essentiel de noter que cette purification physique ne peut intervenir qu'après que le volontaire s'est engagé « à se convertir (ou se reconvertir) à la loi de Moïse » (Règle V, 8-9). Il est expressément dit que l'impie « n'entre pas dans l'eau pour toucher à la purification des hommes saints ; car on n'est pur que si l'on se convertit de sa malice » (Ibid. 13-14). L'on comprend alors que Paul n'est pas venu immerger (1 Co. I, 17). L'évangile vient bouleverser le sens de l'immersion. Il lui ôte sa signification de purification des corps (Règle IV, 20). Le corps crucifié n'est pas un corps purifié !

L'exécution du Christ est riche d’un sens qui se dévoile dans « le langage de la croix » (1 Co. I, 18). La loi a exécuté sa propre « condamnation ». Elle a à jamais ruiné son principe, ses œuvres, ses jugements. L'esprit de rébellion se dresse à jamais sanctifié. Paul dit que les princes de l'ordre établi, les suppôts de la société légale, n’ont pas discerné le paradoxe du rôle majeur qu’ils ont joué : « ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire. » (1 Co. II, 8). Certes, ils ont intrigué, soupesé, cherché à ne pas faire un martyr. La quatrième bénédiction de la Amidah postule que la science vient de Yhwh, tandis que l'intelligence et la pénétration viennent de la Torah. Alors ? Mais comment auraient-ils déjoué la volonté de Dieu qui s’affirme en dehors de la Torah ! Ils blâment et jugent folie l'espérance mise en « un roi » vaincu et honteusement exécuté.

A ceux qui savent lire le paradoxe, la « puissance de Dieu » (1 Co. I, 18) révèle sa capacité à annuler la loi. Le système du monde se trouve tout à coup démystifié. La Règle enseigne que l'intelligence est attachée au conseil de l'esprit de vérité (Règle IV, 2-3). Dans le Testament de Lévi, elle est la faculté de comprendre la mission du fils du Seigneur et de l'enseigner.

Notons avec intérêt le verset qui semble interpolé (entre parenthèses), au sujet de la crucifixion, dans le Testament de Lévi : « Une bénédiction te sera donnée ainsi qu’à toute ta descendance, jusqu’à ce que le Seigneur visite toutes les nations [Règle III, 18 ; IV, 6, 11, 19, 26] [Damas VIII, 2-5] [Hy. I, 17] par la miséricorde de son fils à jamais (mais tes fils porteront les mains sur lui pour le crucifier). A cause de cela t’ont été donnés le conseil et l’intelligence pour instruire tes fils à son propos. » (Test. Lévi IV, 4-5). L’on ne voit pas en effet où sont « le conseil » et « l’intelligence » qui ont amené les fils de Lévi à crucifier le fils du Seigneur. La tradition essénienne du texte ne nous permet pas de dire que l’évocation de la « crucifixion » concerne la mort du Maître de Justice (l’interpolation aurait alors toute chance d’être inutile). Il s’agit probablement de celle de Jésus. Face à un texte qu’il peut difficilement écarter, le faussaire choisit de le « christianiser ».

L'évangile n'appelle pas à une sagesse qui chercherait dans la société les critères d'une juste conduite ou d'un comportement raisonnable. Il n'édicte point de règles morales pour une vie sociale conforme. La vertu n'est guère sa qualité, la rupture est son mérite. « La sagesse des sages » perd sa référence (1 Co. I, 19), autant que le Juste de la Communauté pouvait lui-même en juger : « Et leurs sages (les sages de la congrégation de Bélial) sont pour eux comme des marins dans les profondeurs ; car toute leur sagesse est anéantie à cause du grondement des eaux, à cause du bouillonnement des abîmes sur les sources des eaux. » (Hy. III, 14-15).

Paul cherche dans l'écrit du prophète « la preuve » de l'inattendu (1 Co. I, 19) : « Adonaï a dit : Parce que ce peuple-là s'approche avec des mots et me rend gloire avec ses lèvres, tandis qu'il a éloigné de moi son cœur, et que sa crainte de moi est un commandement inculqué par des hommes, à cause de cela, voici que moi je vais continuer à accomplir miracle et merveille à l'égard de ce peuple, la sagesse de ses sages s'y perdra, l'intelligence des intelligents se dérobera. » (Is. XXIX, 13-14). En dépit de son hypocrisie et de sa fourberie, le peuple soumis à l'épreuve assyrienne doit connaître une bénédiction divine aussi inattendue qu'imméritée, au point de désorienter les sages et les sagaces dans leur interprétation des événements.

Paul triche en présentant un écrit qui ne peut révéler au mieux qu'une simple analogie comme une prophétie qui annonce son évangile. Le sage, le scribe, le connaisseur de la loi (Rm. VII, 1), autant de jurisconsultes, de maîtres et de procureurs, autant d'ignorants devant l'extraordinaire inversion de sagesse (1 Co. I, 20). Leurs modèles ne marchent plus, leurs normes sont caduques, leurs repères sont perdus. Dieu les a rendus stupides en leur sagesse insensée (Ibid. 20). Reprenant la prophétie du Livre d'Isaïe (Is. XXXIII, 18-19), Paul en infère que Dieu a retiré la sagesse aux hommes afin que la folie réponde à sa volonté (1 Co. I, 21). La sagesse (erronée) que cherchent les Hellènes (Ibid. 22) semble rejoindre l'enseignement d'Apollos. Paul se défend d’user d’une « sagesse de langage qui rendrait vaine la croix du Christ. » (1 Co. I, 17).

L'attente des signes, comme preuve de la présence et de la parole de Dieu (Ibid. 22), est attachée à la religiosité des Hébreux. Où sont donc les signes de la fin des temps que Paul annonce ? « Et il arrivera, lorsque je me préparerai à visiter l'univers, que je commanderai aux années et que je donnerai des ordres aux temps et ils seront raccourcis. Les astres iront plus vite, la lumière du soleil se hâtera vers le couchant et la lumière de la lune ne demeurera pas. » (Ant . bib. XIX, 13) (1 Hén. XCI, 5-10) (Jub. XXIII, 11-25).

Ni sagesse, ni signe visible dans la crucifixion, sinon cette croix qui expose le corps mort pour que l'esprit demeure. Hébreux et Hellènes ne savent pas pénétrer l'hermétisme du « langage de la croix » (1 Co. I, 18). Pour les uns, la condamnation du Christ constitue le trébuchement fatal (Rm. IX, 32). Pour les autres, l'interprétation d'une exécution comme événement divin de grande magnitude, ne peut dévoiler qu'une extraordinaire stupidité. Ils témoignent tous qu'ils demeurent incapables de reconnaître Dieu « dans ses œuvres » (Rm. I, 20).

Au contraire, les « appelés » (1 Co. I, 24), Hébreux ou Hellènes, ont l'intelligence d'esprit nécessaire à la compréhension de l'événement. Ils perçoivent l'injustice qui désacralise la loi ; la « puissance de Dieu » (Ibid. 24) qui ruine les pouvoirs que la loi institue. Ils entendent le sens de la « sagesse de Dieu » (Ibid. 24) lequel ne se dit plus dans l'adhésion aux valeurs du monde, ni dans l'adéquation de la conduite aux règles de la science morale, mais dans la révolution qui place l'amour au lieu de la loi.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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