Le chemin de Damas


La sagesse vraie


La communauté paulinienne

15 - La sagesse vraie

AUL manque peut-être d'éloquence (2 Co. X, 10 ; XI, 6) ; mais de cette éloquence qui est attachée à la bienséance et à la sagesse qui conviennent à la société du monde (1 Co. II, 1). Il refuse de relier l'avènement du Christ à une connaissance qui participe au jeu des pouvoirs.

La sagesse pharisienne est encyclopédique : « Nos maîtres enseignent : Hillel l'ancien avait quatre-vingt disciples ; trente d'entre eux méritaient que reposât sur eux la Chekhinah, comme sur Moïse, notre maître ; trente méritaient d'arrêter le soleil comme Josué ; vingt étaient moyens, le plus grand d'entre eux était Jonathan b. Ouzziel et le plus petit R. Yohanan b. Zakkaï. On dit de lui qu'il ne laissa (sans l'étudier) aucune écriture, Michnah, Gemara, Halakhot, Aggadot, explications grammaticales, soit de la Torah, soit des scribes, légères ou importantes, des exégèses par assimilation, des indications astronomiques, des gematrias, des propos, soit des anges du service, soit des démons, le langage des palmiers, les paroles des foulons et les fables sur les chacals, une science importante comme la spéculation sur le char, ou une science petite comme les discussions d'Abayé et de Rabbah (qui vécurent longtemps après lui). Aussi, il réalisa ce qui est dit (Pr. VIII, 21) : "Pour laisser une propriété à ceux qui m'aiment et je remplis leur trésor". Si le plus petit d'entre eux fut ainsi, que dire du plus grand ? On dit de R. Jonathan b. Ouzziel : Quand il étudiait la Torah, tous les oiseaux qui volaient au-dessus de lui prenaient feu immédiatement. » (T.B. Soukkah 28a).

La parole évangélique ne dit pas le monde avec des accents de sagesse. Le principe de toute connaissance vraie naît du regard que l'on porte sur le gibet pour y voir la vanité de l'homme qui croit posséder la vie en condamnant à mort. Le savoir ne se mesure plus à la maîtrise des lois, mais à la lumière d'une intelligence libre.

« Car je n'ai pas jugé bon de rien savoir parmi vous sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié. » (1 Co. II, 2)

Paul ne parvient pas à nous convaincre que l'avènement du Christ, tel qu'il le reçoit, a été annoncé par les prophètes. Il ne convainc pas davantage les « connaisseurs de la loi » (Rm. VII, 1). Nul commentaire ne colle à la réalité vécue par les anciens voyants. Seuls les oracles des patriarches, dans le genre littéraire des testaments pseudépigraphes, rend à la prophétie un accent d'actualité. Le dernier des prophètes est pourtant très présent dans les mémoires. Une part de ses disciples désemparés par son exécution se mêle aux convertis du Christ. L'autre part les combat. Paul l'ignore superbement ! L'évangile contrarie l'appel (Règle VIII, 12-16) (Mt. III, 3). Celui-ci engage à la conversion à la loi de Moïse et à la sanctification selon le rituel de l'immersion. « Plus qu'un prophète » (Mt. XI, 9), le dernier d'entre les justes est Jean le Baptiste, dont Apollos, l'éloquent adversaire de Paul (1 Co. II, 4) (1 Co. IV, 6), mêle la dévotion à sa fidélité nouvelle envers le Nazaréen. Peut-être retrouve-t-on dans le recueil des Hymnes le modèle d'éloquence que Paul reconnaissait à Apollos, sans vouloir nous dire de quel Maître il fut le disciple.

La dialectique paulinienne s'appuie sur l'opposition de la force que confère la loi à celui qui en est maître et de la force plus grande que déploie l'amour de Dieu (qui est aussi l'amour des hommes). Aux « paroles de sagesse persuasive » (1 Co. II, 4), Paul oppose une « démonstration d'esprit et de puissance » (Ibid. 4). Ne cherchons pas quelque manifestation magique. Il n'y a guère plus de « signe » à observer que de sagesse à retrouver (1 Co. I, 22). La force de la loi garde les hommes en esclavage. La puissance de l'esprit les rend à eux-mêmes et à la vérité de Dieu. Alors que « la sagesse des hommes » cherche vainement à parfaire la loi, « la puissance de Dieu » l'annule (1 Co. II, 5). L'esprit affranchit ceux qui plient sous le joug. La libération dont l'apôtre témoigne par toute son existence constitue l'évidence d'une vie en dehors des lois. A « la sagesse de ce siècle » (Ibid. 6), Paul oppose une autre sagesse que partagent les Parfaits, une reconnaissance de la part du monde et de l'esprit. Spirituels accomplis, « les Parfaits » (Ibid. 6) ont acquis le don de discernement qui caractérise leur sagesse.

L'idée que la volonté de Dieu conserve ses mystères (sauf pour les Parfaits à qui il est donné de les pénétrer) se retrouve dans la tradition essénienne :

« Et moi, doué d'intelligence, je t'ai connu, ô mon Dieu, grâce à l'esprit que tu as mis en moi ; et j'ai entendu ce qui est certain d'après ton secret merveilleux, grâce à ton esprit saint. Tu as [ou]vert au milieu de moi la Connaissance en ce qui concerne le Mystère de ton intelligence ; et la source de [ta] puissan[ce et la fontaine de] tes [bontés], t[u les as révélées] selon l'abondance de la grâce et le zèle exterminateur. » ( Hy. XII, 11-14)

« Le mystère tu de toute éternité », que l'évangile manifeste (Rm. XVI, 25), contrarie les mystères dont les disciples du Maître de Justice protègent le dévoilement. La sagesse des Parfaits pauliniens, n'en demeure pas moins « une mystérieuse sagesse de Dieu » (1 Co. II, 7). Seuls les Spirituels en ont la connaissance (Ibid. 6). L'apôtre confirme : « Aucun chef de ce siècle [ne l'a] connue. » (Ibid. 8) ; « car s'ils l'avaient connue, ils n'auraient pas crucifié le Seigneur de gloire. » (Ibid. 8).

Tous les pouvoirs indifférenciés du monde, que Paul intitule de façon générique « les chefs », ont crucifié le Christ. Tous sont liés à la pseudo-justice de la loi. L'apôtre rattache à une identique valeur « la sagesse de ce siècle » et les « chefs abolis de ce siècle » (Ibid. 6). La sagesse constitue, en effet, le principe de leur autorité. Ils sont la représentation du savoir qui porte dans le monde ce nom de « sagesse ». Ils seront définitivement anéantis (1 Co. XV, 24) ; d'autant que leurs justifications, morales ou légales (2 Co. III, 11 ; 13), leur notabilité (1 Co. 1 28) le sont déjà au regard de ceux qui possèdent la richesse de l'esprit.

« Des anges », la loi tire son principe (Ga. III, 19) (Jub.) ; de la loi, le pouvoir tire le sien. La sagesse des chefs trouve sa justification dans la relation de leur propre pouvoir à celui de la loi. C'est la raison pour laquelle, en leur pseudo sagesse, ils ont condamné Jésus, selon la juste nécessité des lois. S'ils avaient su que la justice vraie est en dehors de leur code de loi, ils ne l’auraient pas crucifié (Ibid. 8). Tout pouvoir est responsable par nature de la condamnation de Jésus. Toute autorité le condamne, dès lors qu'il se place « en dehors de la loi » (Rm. III, 21). Le pouvoir, perçoit comme folie une sagesse qui le nie. Vite, il dresse la croix, avant que « le mal » ne gagne. Mais la révélation qui surgit à cause de cette croix, lui ôte immédiatement et la force et le droit qui le constituent en tant que pouvoir. A la puissance du sabre et de la loi, Paul ne peut opposer que celle de l'intelligence, mais elle est puissance de Dieu.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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