Le chemin de Damas


La non-violence


La communauté paulinienne

16 - La non-violence

E Règlement de la Guerre prépare la « grande bataille » (Guerre XIII, 14). Au jour de la visite, quand viendra la fin des temps, l'on verra l'affrontement de l'armée de lumière contre celle des ténèbres. Il s'agit d'une véritable guerre d'extermination, par laquelle « les parfaits de voie » (Guerre XIV, 7) feront disparaître les nations impies et gagneront « la rédemption définitive » (Guerre XV, 1) (Mt. XXIV, 7-8). Les armes sont vraies : les « boucliers d'airain, poli[s] à la manière d'un miroir de visage » (Guerre V, 4-5) ; les lances, « ouvrage[s] d'un orfèvre artiste et inscrusteur » (Ibid. 10) ; les sabres « purifié[s] au creuset » (Ibid. 11) ; pour servir « la colère de Dieu » (Guerre V, 3). Dans l'attente prophétique de la Communauté des Saints, « la puissance de Dieu » (Guerre I, 11 ; X, 5) est d'ordre physique, elle s'exprime militairement sur le champ de bataille. De même que les Saints voyagent armés, afin de se défendre (voir F. Josèphe : Guerre des Juifs contre les Romains II, 12), ainsi les Nazaréens vont-ils le sabre à la hanche (Mt. XXVI, 51 ; X, 34).

Paul ne lutte pas avec les mêmes armes de l'égarement (Jub. XI, 2). Il glorifie la puissance de la parole au service de la vérité (2 Co. VI, 7). Il mène une lutte non-violente (2 Co. X, 4), selon l'esprit de paix (Rm. VIII, 6), pour « le Dieu de la paix » (Rm. XV, 33), contre la colère de la loi (Rm. IV, 15). Quelles que soient les provocations de ses adversaires, il se garde de toute violence (2 Co. X, 2). La résistance non-violente, comme expression de la liberté, sous-tend le discours et lui donne sa vigueur. Les armes « charnelles » (Ibid. 4), qui protègent l'ordre du monde, n'ont aucune prise sur une rébellion qui élève le sacrifice au rang de valeur absolue : « Car tu ne peux rien prendre d'autre que la peau de mon corps. » (Asc. Is. V, 10) (Rm. VII, 24). Parole de libération et résistance non-violente constituent les armes spirituelles capables de briser la plus tenace des idéologies.

« Les armes de notre bataille ne sont pas charnelles. Grâce à Dieu elles ont la puissance d'abattre les forteresses. Nous abattons les pensées. » (2 Co. X, 4)

En son oeuvre itinérante, Paul ne croise point le fer contre les gardiens de la loi, il dispute contre des pensées. Il s'engage dans une rébellion qu'il voudrait pacifique. Une désobéissance religieuse est forcément politique (vice et versa). Le cerbère le tient à l’œil derrière le judas grillé. Paul ne veut pas amender les lois. La parole de Dieu est trop subtile pour qu'il la confie jamais à quelque médiateur ou législateur. Dieu dialogue. Il souffle à chacun la loi de l'esprit qui ne s'impose à nul autre qu'à soi-même. La loi extérieure insinue le mensonge ; car « tout homme [est] menteur » (Rm. III, 4). Elle se présente à l'homme comme une volonté divine qu'il ne peut enfreindre sans blasphémer ; à laquelle il ne peut se soustraire sans mériter le châtiment requis. Elle n'est point sans violence. Moïse lui-même a fondé la Torah sur l'exécution de « trois mille hommes ». Il accorda l'investiture sacerdotale au mérite du sang (Ex. XXXII, 27-29).

Paul proclame « la fin de la loi » (Rm. X, 4) sans attendre la guerre de l'apocalypse. Il a la conviction que la fin des temps est déjà engagée. Le Christ « est mort pour tous » (2 Co. V, 14). Il proclame la paix que chacun n'attendait qu'après la grande guerre, quand la violence cesse faute de violents. La paix de l'apôtre n'est pas un acte de justice (Jub. I, 15) acquis par la force des armes, signé sans condition (Ibid. XXII, 11) ; mais une paix d'amour en l'esprit de Dieu. Sans doute la guerre aura-t-elle lieu, parce que « la loi produit la colère » (Rm. IV, 15) ; mais ce n'est certainement plus la guerre de l'apôtre.

Considérons le programme prophétique de la fin des temps selon l'enseignement de la Communauté des Saints que l'on retrouve dans le Testament des douze patriarches : « le sacerdoce disparaîtra » (Test. Lévi XVIII, 1) (Mt. XXIV, 2). A ce sujet, nous ne pensons pas que la déclaration suivante prononcée par Jésus, selon les Memoria de Matthieu, corresponde à une prophétie a posteriori : « Oui je vous le dis, on ne laissera ici pierre sur pierre qui ne soit défaite. » (Mt. XXIV, 2). L'événement de la destruction du Temple fut trop considérable pour qu'il soit ainsi évacué en une vingtaine de mots. Par contre, la prophétie semble bien correspondre à une reprise de la fin du sacerdoce annoncée (Test. Lévi XVII-XVIII).

Le « Prêtre nouveau » (le Maître de Justice ressuscité dans la gloire), envoyé par le Seigneur afin de rendre un jugement de vérité, sera magnifié par toutes les nations ; « Il resplendira comme le soleil sur la terre, il supprimera toutes ténèbres de dessous le ciel, et la paix régnera sur toute la terre (...) La gloire du Très-Haut sera proclamée sur lui, et l'esprit d'intelligence et de sanctification reposera sur lui par l'eau [Mt. III, 16]. » (Ibid. XVIII, 4). L’auteur de la Lettre aux Hébreux argumente en faveur de Jésus. La fin du sacerdoce correspond à l’inauguration de la prêtrise nouvelle : « Or personne ne s’arroge cet honneur, on y est appelé par Dieu comme le fut Aaron. Ainsi ce n’est pas le Christ qui s’est donné lui-même la gloire d’être grand prêtre, c’est celui qui lui a dit : Tu es mon fils, je t’ai engendré aujourd’hui. » (Hé. V, 4-5) (voir Mt. III, 17).

Dans le même temps que le Messie-Prêtre, le Messie-Roi se lèvera de Jacob « dans la paix » (Test. Jud. XXIV, 1), « marchant avec les hommes dans la douceur et la justice, et on ne trouvera en lui aucun péché [2 Co. V, 21]. Les cieux s'ouvriront sur lui, pour répandre l'esprit, la bénédiction du Père saint, et c'est lui qui répandra l'esprit de grâce sur vous (...) Alors le sceptre de ma royauté resplendira, et de votre racine naîtra un tronc [Rm. XI, 17-18], d'où poussera un sceptre de justice pour les nations, pour juger et sauver tous ceux qui invoquent le Seigneur. » (Ibid. 1-2 et 5). Le pacifisme du Roi n'a qu'une face, car il ne sauvera les uns qu'en exterminant les autres. Nous retrouvons cette idée majeure (pour comprendre la relation de Jean et de Jésus) ainsi exprimée : la purification par l'eau (la loi) pour la conversion, accordée par le Prêtre ; la purification de la terre par le feu, assumée par le Roi (Mt. III, 11).

Si l'on nous permet d'avancer une nouvelle fois l'hypothèse que le Maître de Justice répond à l'image que l'on peut se faire de Jean, l'on comprend la difficulté qui naît de l'exécution du Maître (Com. Hab. V, 10). L'on attend son retour d'entre les morts pour juger la terre entière (Test. Lévi VIII, 2), tandis que le Roi davidique se lèvera dans le même temps pour sauver Israël dans l'édification du règne universel (Flor. I, 11-13) (Mt. XII, 23). La confusion tombe sur les esprits. Les rôles ne sont point clairs : qui est Jean ? qui est Jésus ? (Mt. XVI, 14). Comment les Nazaréens peuvent-ils dire que Jésus est « Jean Baptiste » (Mt. XVI, 14), alors qu'ils ont connu l'un et l'autre ? Quel démon trouble Hérode au point qu'il croit que Jésus est Jean relevé d'entre les morts (Mt. XIV, 2), alors que les deux personnages sont contemporains ? Les Mémoria témoignent de la volonté d'Hérode de mettre fin à l'attente apocalyptique du retour de Jean en assurant tout un chacun qu'il ne reviendrait pas : « La tête fut apportée sur un plat. » (Mt. XIV, 11). La croyance veut en effet que l'homme meure en son intégrité pour assurer sa résurrection. Pour Paul, le choix est clair : il n'est qu'un seul Messie pour un règne céleste, ni Prêtre ni Roi sur terre, Jésus Christ, fils de Dieu et non de l'homme (1 Th. IV, 17).

Paul est convaincu de la vérité évangélique. Elle aura raison des obstacles de Satan (2 Co. X, 5). Elle gagnera ses adversaires à sa justesse de voie (Ibid. 7). Néanmoins, l'apôtre se défend d'aller chercher les Nazaréens sur leur terrain et de viser à l'affrontement. Le premier, il a proclamé l'évangile aux Corinthiens (Ibid. 13). Il a mesuré l'espace de sa mission ; afin d'éviter d'engager toute dispute avec l'autre évangile : celui des Saints qui annonce encore la bonne nouvelle de la conversion (Hy. XVIII, 12-14) ; celui des Nazaréens qui proclame la bonne nouvelle du règne (Mt. IV, 23 ; IX, 35 ; XXIV, 14) ; mais qui déjà se mêlent dans le souvenir du Maître et la mémoire du Roi. Probablement l'apôtre n'a-t-il pas souhaité affronter la légitimité de ses adversaires (2 Co. X, 12). Alors, ce sont eux qui viennent chez lui, avec l'intention pieuse de corriger aussi son enseignement.


cathares, philosphie cathare, catharisme

Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





Cathares, catharisme, philosophie cathare