Le chemin de Damas


La culture de la prostitution à Corinthe


La communauté paulinienne

17 - La culture de la prostitution à Corinthe

E converti paulinien est placé par la grâce en dehors du système universel des lois. Il n'est certainement pas libéré de la loi d'Israël pour être assujetti à celles des nations. La loi de l'Empire, qui met le Christ en croix, ne peut prétendre à quelque valeur que la Torah, qui le condamne, ne posséderait point. « Les anges de tous les peuples » (2 Hén. XIX, 5) ne valent certainement pas mieux que les anges de la Torah. Des deux côtés Paul reçoit les coups (2 Co. XI, 24-26). Aucune sorte de légalité ne peut faire obstacle à la prédication évangélique ni prendre le pas sur la liberté de conscience. Tout est permis ! Le cri de la foi ne peut s'entendre plus anarchiste. Il n'en reste pas moins que chacun doit avoir l'intelligence du bien et du mal et se soumettre à « la (vraie) loi de Dieu » (Rm. VII, 25), telle que l'impératif de sa propre conscience la lui révèle.

« Tout m'est permis, mais tout ne profite pas. Tout m'est permis, mais rien n'aura pouvoir sur moi. » (1 Co. VI, 12)

Une énumération des injustices auxquelles l'adhérent de Corinthe se trouve confronté est donnée par l'apôtre (1 Co. X, 23). Les unes ont rapport à la vie sexuelle. Elles montrent les « prostitueurs », les « idolâtres » (que nous rapprochons, dans le contexte, des adeptes du culte d'Aphrodite), les « adultères », les « efféminés », les « sodomites » (1 Co. VI, 9). Les autres consistent à s'approprier le bien ou le dû d’autrui. Elles désignent les « voleurs », les « exploiteurs », les « rapaces » (Ibid. 10). D’autres touchent au comportement. Elles concernent les « ivrognes » et les « insulteurs » (Ibid. 10). Nous retrouvons les injustices qui procèdent de « la loi du péché » logée en l'homme (Rm. VII, 23). En chacun de ces motifs, la loi de l'Empire (ou la loi des Hellènes) peut être considérée comme « la puissance du péché », tout autant que la Torah (1 Co. XV, 56). Si ce n'est que la loi de l'Empire ne se donne pas pour une loi divine, l'erreur demeure tout aussi satanique. Ne perd-elle pas les hommes en instituant les cultes idolâtres ? Quel que soit l'ange qui les a données, les lois activent le péché conformément au principe de convoitise. Les mêmes principes du droit se retrouvent. Ils produisent les mêmes effets.

Paul revendique une maîtrise absolue de sa liberté. Il ne laissera jamais les pouvoirs sataniques lui dicter sa loi (1 Co. VI, 12) ; qu'ils soient tapis dans le principe de la loi du péché ou qu'ils organisent l'équilibre des convoitises dans la légalité sociale. La liberté de l'esprit se gagne par la maîtrise de la nature du corps (Rm. VII, 20) (1 Co. IX, 25), autant que par la résistance au monde (Rm. V, 3 ; XII, 12 ; XV, 4) (2 Co. I, 6 ; VI, 4 ; XII, 12).

La mise au point de l'apôtre nous donne à penser que les Corinthiens comprennent l'évangile comme un supplément de liberté, dans une existence déjà peu contrainte en regard du joug que la Torah donne à porter. Ils peuvent penser que l'idéal spirituel paulinien n'a cure de la chair, qui, quoi qu'il en soit, demeure vouée à sa perte. Quel mal à user sans respect de ce qui n'a pour fin que le néant ? Le sentiment « gnostique » naît du rapprochement et du mélange des idées. Il semble venir se greffer sur l’évangile paulinien. La contradiction n’est peut-être que dans le substrat : Egyptien pour la gnose, Hébreu pour le paulinisme.

L'apôtre enseigne que la vie éternelle se mérite et se gagne dès ce monde-ci (1 Co. IX, 24-25) (Php. III, 11-12). Le converti qui a reçu l'esprit saint (1 Co. VI, 19) s'attache à se libérer des pulsions de la loi de l'incarnation comme de tout esprit d'égarement. Il s'apprête à revêtir, le jour venu, le corps spirituel de sa vie éternelle. La conversion n'est pas remplie par le simple refus de la loi extérieure. Il faut encore se libérer avec humilité de la loi du péché.

Sans doute la question s'est-elle posée du rapprochement entre le désir de la nourriture pour le ventre et l'appétit sexuel. La réponse de l'apôtre traite autrement les deux éléments. Ceux-ci apparaissent peut-être de nature inégale. L'apôtre écarte le régime végétarien des Saints (Rm. XIV, 2) (Damas XII, 11-15) (Mt. III, 4), tandis qu'il ne rejette pas aussi nettement leur pudicité (1 Co. IX, 5).

Le choix des aliments est légalement connoté et l'on sait que Paul refuse les interdits légaux. Ne pas avoir cure du manger, dit-il, en opposition à la Torah aussi bien qu'à la Règle, conformément à la culture hellène. La fonction de la nourriture est liée au mode de vie terrestre (1 Co. VI, 13). Elle n'atteint la liberté de l'homme que par la règle positive qui s'y attache, dans la mesure tout au moins où l'on veille à ne point ajouter aux nécessités de l'incarnation (1 Co. XI, 29). L'on voit qu'en ce cas, la convoitise guide le glouton autant que l'ivrogne.

Par contre, la prostitution répond immédiatement à l'impulsion de la loi du péché. Elle est déjà une gloutonnerie. Il est probablement nécessaire de modifier les habitudes de la vie corinthienne, parce que dans le « sanctuaire du saint esprit » (1 Co. VI, 19) l'on ne peut offrir à la fois l'esprit du Christ et le parfum de la prostituée (Ibid. 13). La conscience gagnée par les fantasmes obsédants de la prostitution ne peut que retourner en ses abîmes d'obscurité. L'apôtre pense que la conscience doit demeurer disponible et libre de toute interférence pour véritablement connaître ce qui est bien et ce qui est mal.

Lorsque Paul dit que la prostitution, seule, introduit le péché dans le corps (Ibid. 18), nous comprenons qu'il parle de toutes les « injustices » sexuelles qu'il dénonce (sodomie et adultère). Néanmoins, la prostitution sacrée que l'on connaît dans les cités grecques, présente un caractère d'une autre nature que la passion privée, fondamentalement incompatible avec la conversion au Christ. Paul met en effet l'accent sur la contrariété qui oppose l'union des corps avec la communion des esprits (Ibid. 16-17). Le long développement sur le danger particulier que présente la prostitution, nous laisse penser que l'apôtre craint que les traditions corinthiennes, et le mélange culturel de la cité, ne placent la Communauté au rang d'une secte orientale, les adhérents s'accommodant du gentil culte à la déesse Aphrodite, dont le temple compte alors, selon Strabon, mille prostituées sacrées. « Qui vous a fait tomber dans la fornication : c’est l’idolâtrie. » (Sifré Nb. XV, 38).

Nous ne sommes aucunement dans une controverse d'ordre moral. Il ne s'agit pas de se bien conduire dans le monde conformément à la norme établie. Tout au contraire l'apôtre engage à sortir de la conformité sociale. Paul n'a point de nouveau code à édicter. Il perçoit l'incompatibilité de la religiosité corinthienne avec la conversion issue du Christ. La question concerne toute la Communauté (Ibid. 15). La prostitution demeure associée à un mode d'être on ne peut plus incarné et répond, en ses aspects traditionnels et rituels, à une passion ou une norme qui échappe à la liberté de l'homme (Rm. VII, 20). Il est vrai que Paul est hébreu et que les empreintes de sa culture ne sont pas toujours effacées.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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