Le chemin de Damas


Unité de la Communauté


La communauté paulinienne

22 - Unité de la Communauté

'ESPRIT a gratifié chaque converti de dons particuliers (1 Co. XII, 8-10). Les charismes sont multiples, mais l'esprit unique (Ibid. 4). Les membres présentent une diversité d'expression, mais tous sont « immergés » dans le même esprit (Ibid. 13). L'analogie que Paul établit entre la Communauté et le corps humain (Ibid. 14-27) laisse entendre qu'il ne peut y avoir de hiérarchie consacrée dans les communautés évangéliques. Moins encore, l'on ne saurait considérer aucune hiérarchie légale que composeraient les honneurs et les mépris. De même que chaque membre ou chaque élément du corps possède sa propre fonction pour que vive l'organisme tout entier, ainsi, chaque membre de la Communauté participe à l'édification et à la vie de l'ensemble.

« Ne vous divisez donc pas en deux têtes, car tout ce qu'à fait le Seigneur possède une seule tête ; il a donné deux épaules, deux mains, deux pieds, mais tous les membres obéissent à une seule tête. » (Test. Zab. IX, 4).

«Un corps a beau avoir plusieurs membres, tous les membres du corps ne sont qu'un unique corps, et il en est ainsi du Christ. » (1 Co. XII, 12).

Il est caractéristique de voir que la Communauté paulinienne perd son chef. L'ordre hiérarchique qui structure la Communauté des Saints se défait. Les membres qui entrent dans « l'Alliance » sont d'abord classés conformément au zèle pour la Torah dont ils témoignent en chacun de leurs jours : « Et on les inscrira dans l'ordre, l'un avant l'autre, selon leur intelligence et leurs oeuvres, de façon que, tous, ils obéissent l'un à l'autre, l'inférieur au supérieur. Et l'on examinera leur esprit et leurs œuvres année par année, de façon à promouvoir chacun selon son intelligence et la perfection de sa conduite ou à le rétrograder selon les fautes qu'il aura commises. » (Règle V, 23-24). L'on comprend que la Communauté paulinienne qui cherche à s'édifier sans règle de droit, ne peut ranger ses membres et les classer en catégories. Le seul critère possible reste celui de l'amour. Il est incompatible avec une hiérarchisation sociale.

Certes, objectera-t-on, l'adresse de la Lettre aux Philippiens indique : « A tous les saints en Jésus Christ qui sont à Philippes, ainsi qu'aux évêques (surveillants) et aux serviteurs » (Php. I, 1). Il s'agit là du modèle d'édification de la Communauté essénienne ; peut-être déjà de la Communauté nazaréenne. La Règle nous précise quelles sont les fonctions de « l'inspecteur des Nombreux » (Règle VI, 12). Son rôle consiste essentiellement à veiller au bon ordre de la communauté. Il introduit l'adhérent volontaire « issu d'Israël » (Ibid. 13-14). Il l'examine, le prépare, l'instruit et le présente à l'assemblée pour recueillir l'agrément de tous (Ibid. 15-16). Il préside les assemblées (Ibid. VI, 11-12).

Philippes apparaît comme une vieille communauté qui a fait le choix de s'associer à l'évangile paulinien « depuis le premier jour » (Php. I, 5). Cela signifie que cette communauté était déjà là lorsqu'elle prit la décision collective de recevoir la vérité évangélique et de reconnaître le Christ comme celui qui était attendu. Déjà Saints, les membres de la communauté ont renouvelé leur intelligence devenant Saints « en » Jésus Christ (Ibid. I, 1). Paul a trouvé une organisation déjà existante ; probablement même a-t-elle constitué le but de sa mission de prédication. Il n'a certes jugé ni opportun, ni possible de défaire la Communauté des Saints à Philippes. Mais l'on comprend qu'il tente toujours d'assurer sa conversion à l'évangile, face à une adversité qui lutte concurremment pour le même enjeu : la conversion nouvelle de la Communauté des Saints (Mt. XI, 5).

Ajoutons qu'il n'est pas anodin pour Paul de ne citer les « surveillants » (Php. I, 1) qu'après les Saints dans son adresse ; l'on connaît en effet le sens de la hiérarchie dans la Communauté essénienne. Nous sommes amenés à penser que les Saints convertis à la foi en Jésus Christ conservent un prestige particulier (Rm. XVI, 2).

Non seulement la Communauté paulinienne se forme de membres non nécessairement issus d'Israël (1 Co. XII, 13), mais en outre, elle fait fi de la structure hiérarchique, comme piliers ou « colonnes » (Ga. II, 9) de la loi positive qu'en toutes ses lettres l'apôtre condamne à la disparition (1 Co. XV, 24). Si l'apôtre ordonne les dons de l'esprit selon leur utilité collective, de l'apostolat au parler en langues (1 Co. XII, 28), ce n'est que pour demander à chacun de déployer son esprit, afin d'accéder aux dons les plus édifiants (Ibid. 31). Les charismes ne hiérarchisent point les hommes en une nouvelle relation de pouvoir. Chacun a « en conscience sa certitude » (Rm. XIV, 5) qui détermine une façon d'être en l'esprit. Le rapport à tous n'est que dans la relation d'amour (1 Co. XIII).

Ainsi, la Communauté se caractérise-t-elle, non par un alignement des membres sur une règle, mais par la reconnaissance que les convertis témoignent à leurs frères. Ils se distinguent au cœur du monde par la vision négative qu'ils ont de celui-ci (Rm. V, 12), par leur non-conformisme (Rm. XII, 2), leur désobéissance aux lois, leur résistance, leur non-violence (Rm. XII, 21). Ils se retrouvent et participent, en leur individualité, au même projet de transmutation de leur être (1 Co XV, 51) et, par conséquent, de libération de la création entière (Rm. VII, 19).

« Car nous avons tous été immergés dans l'unique esprit pour être un unique corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou libres, et on nous a tous fait boire à l'unique esprit. » (1 Co. XII, 13)

Paul justifie l'unité de la communauté par l'immersion en un seul esprit, non point par l'immersion selon le rituel de purification. La reprise du terme se justifie par le changement de sens que l'apôtre opère. En effet, en évacuant le sens aquatique, la métaphore efface la tradition de la purification de la chair par les eaux du Jourdain. Le converti ne renaît pas de l'eau, mais de l'esprit.

L'Ecrit de Damas use de la métaphore de l'eau pour signifier la Torah : « Le puits, c'est la loi. » (Damas VI, 4). Les membres de « l'Alliance » cherchent la loi comme l'eau dans le désert (Ibid. III, 17). Le Maître de Justice est comme la baguette de coudrier (Ibid. 7) qui guide les Saints, sourciers et puisatiers ; comme le « bâton » (Ibid.) de Moïse qui appelle la miséricorde divine (Ant. bib. XIX, 11). L'allégorie du rejeton présente également le Maître de Justice tel la source d' « eaux vives » (Hy. VIII, 7) qui dispense la loi.

Pour Paul, il ne s'agit plus de s'abreuver de l'eau de la Torah, mais de boire les eaux de l'esprit. Le même changement de sens se retrouve dans l'interprétation paulinienne de la vie au désert lors de la sortie d'Egypte (1 Co. X, 1-6). Moïse qui n'apparaît jamais que tel le mauvais législateur ou l'impossible médiateur (2 Co. III, 13) (Ga. III, 19-20) est néanmoins sollicité (a contrario) par l'apôtre. Tandis que la Torah était donnée comme « la puissance du péché » (1 Co. XV, 56), « pour que la faute abonde » (Rm. V, 20), la loi spirituelle coulait en l'eau du rocher : « Voici que, moi, je me tiens là devant toi sur le rocher, à Horeb ; tu frapperas sur le rocher, il en sortira de l'eau et le peuple boira ! » (Ex. XVII, 6) (voir Nb. VII, 11).

Le « rocher » est un terme consacré pour signifier Dieu. On trouve notamment : « Rendez hommage à notre Dieu ! Le Rocher, dont l’œuvre est parfaite, puisque toutes ses voies sont justice, c'est le Dieu de vérité, et non de l'iniquité, il est juste et il est droit ! » (Dt. XXXII, 3-4, 15, 30, 37) ; « Yhwh est le Rocher contre lequel se réfugie Israël » (1 Sam. II, 2) ; « Yhwh est mon rocher, ma forteresse et mon libérateur, mon Dieu est mon roc, en lui je m'abrite » (2 Sam. XXII, 2-3 et Ps. XVIII, 3) ; « Vive Yhwh ! Béni soit mon Rocher ! Que soit exalté le Dieu Rocher de mon salut ! » (2 Sam. XXII, 47) ; « Le Dieu d'Israël a dit, le Rocher d'Israël m'a parlé » (2 Sam. XXIII, 3). (voir Is. XVII, 10 ; XXVI, 4 ; XXX, 29 ; XLIV, 8) (Ha. I, 12).

La roche qui dispensait le « breuvage spirituel » (1 Co. IX, 4) était le Christ qu'Israël ne sut connaître. En écrivant « cette roche était le Christ », Paul donne au Christ la place du Seigneur-Yhwh. Au désert de Damas comme au désert d'Egypte, Israël n'a donc jamais cherché que la « loi du Christ » (1 Co. IX, 21) (Ga. VI, 2) en faisant l'erreur de la Torah !


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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