Le chemin de Damas


Imitation de Paul


La communauté paulinienne

24 - Imitation de Paul

OUT est permis, mais tout ne profite pas. Tout est permis, mais tout ne bâtit pas. » (1 Co. X, 23). En l'absence de toute référence à une loi positive qui viendrait sanctionner l'écart, la liberté de l'homme est totale (1 Co. VI, 12). « Tout est permis » exprime le nouvel état en lequel se trouve le converti après que la loi soit abrogée ou, tout au moins, après cet instant de la révélation qui le place hors du domaine de la loi. La désobéissance religieuse et politique constitue l'affirmation de cette liberté. Néanmoins, le converti doit apprendre à se conduire dans l’existence qui s'ouvre à lui. Hors du cadre légal, il lui appartient de juger en bonne conscience les actes qui édifient sa propre personnalité spirituelle, autant que la communauté d'esprit à laquelle il participe. Celle-ci préfigure le règne céleste de Dieu, tandis que lui-même prépare l'accès de sa personne à la vie éternelle. Il doit écarter les actes qui ne sont point utiles.

Paul donne des recommandations. Il appelle les convertis à participer à sa propre conscience d'apôtre : « Imitez-moi comme j'imite le Christ », dit-il (1 Co. XI, 1) (Php. III, 17). L'intelligence de l'esprit éclaire en effet les consciences selon une intensité relative (Rm. XII, 2). Chacun, par son labeur (Php. II, 12) et son ascèse (1 Co. IX, 25), élabore sa capacité de discernement. La loi objective oppose la rigidité de la lettre à la diversité des actes, des situations et des hommes. La loi subjective offre la fluidité de l'esprit en réponse à cette même diversité. La première en appelle à la fidélité de la mémoire, la seconde à l'éclairement de la conscience. Face à l'incertitude du jugement intérieur du converti en quête de perfection, l'apôtre se pose comme le modèle qui retransmet le sens de la loi du Christ.

La vie terrestre met en scène la convoitise des hommes. La volonté de posséder répond à l'erreur de vouloir édifier la personne humaine au sein d'un monde voué à sa perte. Chacun cherche « son profit » (1 Co. X, 24) dans l’attachement à la vie psychique. La révolution évangélique bouleverse la perspective. La recherche de l'intérêt de l'autre (Ibid. 24) constitue le paradoxe qui libère l'homme de sa propre convoitise. Le renversement paulinien (qui propose l'édification spirituelle comme seule possible) ne tend certainement pas à satisfaire le gain du prochain selon une perspective terrestre. L’évangile rompt avec la dialectique du profit qui met les hommes en concurrence, fait des uns des « exploiteurs » (1 Co. V, 11 ; VI, 10), des autres, des esclaves, de tous des « rapaces » (1 Co. V, 11). Le converti qui poursuit l'avantage de l'autre parallèlement au sien ne joue plus ce jeu du monde. Il rompt avec la volonté de vivre qui se manifeste par la rapacité ou l'âpreté au gain au travers de tous les enjeux de la convoitise.

Le conseil de l'apôtre s'applique sur la question du boire et du manger. Essentiellement, « être là avec notre corps c'est être loin du Seigneur » (2 Co. V, 6). Manger ou boire constitue une situation d'éloignement que le converti tente de modifier par la conscience qu'il en a. La liberté de la table s'acquiert par l'abrogation de la Torah et de la Règle de la Communauté (Damas XII, 11-15). La rupture n'empêche pas Paul de puiser dans les Ecritures l'argument qui justifie la liberté : l'animal que l'on sacrifie selon tel ou tel rite, le vin que l'on boit ou que l'on refuse appartiennent à Dieu (I Co. X, 26). La citation se trouve dans les Psaumes : « A Yhwh appartient la terre et ce qui l'emplit. » (Ps. XXIV, 1). Paul utilise une nouvelle fois l'Ecriture contre elle-même. L'outrage est désarmant ! L’apôtre choisit l'argument à opposer à des Hébreux. Il sonne faux.

Quand Paul affirme l'appartenance à Dieu, de l'animal qui est dans le plat et du vin qui est dans la cruche, il est en contradiction avec l'idée que ventre et nourriture sont voués au néant (1 Co. VI, 13), que le destructible n'a point de part au règne de Dieu (1 Co. XV, 50). A Dieu n'appartient nullement la matérialité du corps ou celle de la nourriture. La chair de l'animal mort n'a pas Dieu pour principe (1 Co. VI, 13) ; de même « le ventre » (Ibid. 13) qui l'engloutit, ou le « corps du péché » (Rm. VI, 6), ou encore le « corps de [la] mort de l'homme » (Rm. VII, 24). L'on sait en outre que la création est esclave d'un maître qui l'a vouée à la destruction, qu'elle échappe donc à Dieu en sa matérialité. Dire en effet que « la terre et sa plénitude sont au Seigneur » efface l'idée de l'esclavage de la création (Ibid. 19-21). Or quel meilleur témoignage de l'asservissement des êtres terrestres que la chaîne trophique en laquelle chacun se nourrit de l'autre ? L'on évitera cependant d'affirmer que le verset 1 Co. X, 26 constitue une interpolation. Nous pensons plutôt que Paul est emporté par son argumentation.

La seule règle qui s'impose au converti provient de la loi de l'esprit qui éclaire sa conscience. L'impératif d'amour en est le principe. Savoir vivre à la table du mécréant, c'est manger de tous les mets qui sont offerts (1 Co. X, 27). C'est aussi s'abstenir des viandes en présence d'un adhérent « faible », afin d'éviter qu'il ne trébuche (1 Co. VIII, 9). En toutes choses l'apôtre demande de n'agir que par la loi de l'esprit. Celle-ci affirme la relation à Dieu. Elle le donne à voir en l'esprit de l'acte (1 Co. X, 31). La loi d'amour est un attachement respectueux à tous ceux de la communauté, Hébreux et Hellènes (Ibid. 32) dans le but de « les sauver » (Ibid. 33) ; c'est-à-dire, de les gagner à l'évangile en les arrachant à l'esclavage de la loi, en lequel paradoxalement ils se complaisent.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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