Repères


Repères psychologiques

Une leçon junguienne

otre inconscient s’est développé à partir de l’obscurité et de l’aube de l’inconscience originelle. La trace de notre individualité a parcouru l’histoire de la vie.
Il existe des opérations et des fonctions psychiques bien avant que n’apparaisse la conscience du moi. L’apparition de l’homme sur terre n’est-elle pas précisément le bourgeonnement et l’éclatement de la conscience ?
Les premiers dangers de la conscience éclose vont d’ailleurs consister en dissociations et oppressions du fait de l’inconscient, très présent, qui surgit dans la conscience. On rencontre des phénomènes de fascination, d’ensorcellement, de perte d’âme, de possession.
Si l’on observe l’apparition de la conscience chez le petit enfant, on voit avec quelles hésitations et quelles lenteurs la conscience du moi se forme, à partir de la conscience parcellaire de quelques moments, et comment des îlots lumineux émergent peu à peu de l’obscurité de l’inconscient.
C’est ainsi que l’homme naît, de l’éclosion de la conscience du moi. On peut imaginer le printemps bourgeonnant de l’humanité, étendu sur des générations de primates.

A – La psyché

La psyché est un système dynamique, en mouvement constant et autorégulé. Jung appelle libido l’énergie psychique générale.
Le mouvement naturel de la libido se fait vers la conscience et vers l’inconscient, comme le flux et le reflux des marées. Jung appelle progression le mouvement en avant qui répond aux appels de la conscience, régression, le mouvement en arrière qui répond à ceux de l’inconscient.
La régression n’a pas un caractère nécessairement néfaste ; elle peut signifier entre autres choses un retour à un état onirique ou à une oraison silencieuse, après une phase d’activité mentale concentrée et dirigée.

Si l’on cherche à canaliser la libido d’une façon rigide et si le refoulement a créé une barrière ou si, pour une raison ou une autre, l’adaptation consciente n’existe plus (parce que les contraintes ou les circonstances extérieures deviennent trop difficiles), le mouvement en avant n’est plus possible. La libido reflue alors dans l’inconscient qui finit par être surchargée d’une énergie en quête de quelque issue.
Peut-être l’inconscient s’écoulera-t-il alors dans la conscience sous forme de phantasmes ou de symptômes névrotiques ; peut-être se manifestera-t-il par un comportement infantile ou animal. Il peut aussi écraser la conscience, en sorte qu’une explosion violente se produit ou qu’une psychose se développe ; en ce cas, tout se passe comme si un barrage avait explosé et que toute la terre fût inondée. Dans les cas extrêmes, la libido ne parvient pas du tout à trouver une issue ; la vie se retire en une régression pathologique comme un reflux total.

La psyché peut être marquée par des associations d’idées conscientes, semi conscientes ou inconscientes que Jung appelle complexes.
Nous pouvons comparer le complexe à une galaxie, le noyau du complexe agissant comme une sorte d’aimant psychologique, attirant les idées dans son système.
De tout ceci résulte que l’harmonie de l’homme est à rechercher à la fois dans son environnement et dans son monde intérieur.

Jung insiste sur la réalité de la psyché. Il s’oppose en cela aux réductionnistes, à ceux qui ont pu considérer l’esprit comme une manifestation secondaire, un épiphénomène dans le règne de la matière. La psyché est l’entité réelle au suprême degré, puisqu’elle est seule immédiate. Tout ce dont nous faisons l’expérience est psychique : un son est la transcription psychique d’une vibration de l’air d’une certaine fréquence ; une couleur est la transcription psychique d’une longueur d’onde de lumière.
De la même façon qu’il y a des expériences psychiques reliées au monde extérieur, il y a des manifestations psychiques reliées au monde intérieur.
Jung note une transmutation de la libido à travers les symboles. Ils surgissent de l’inconscient comme une révélation ou une intuition. La libido est une énergie naturelle qui sert d’abord les buts instinctuels de la vie ; mais un excédent de libido est utilisé à des fins culturelles. Cette transmutation de la libido s’exprime par les symboles depuis l’aurore de la civilisation. Elle provient de quelque chose de très profondément enraciné dans la nature humaine.
Le symbole est une vérité, une réalité psychique que l’on ne peut formuler plus exactement.

B – L’inconscient

Nous pouvons voir la psyché comme l’image d’une île : l’aspect conscient de la psyché émerge, l’aspect inconscient, beaucoup plus vaste, s’étend comme la mer. La bande côtière humide que les marées couvrent et découvrent représente l’inconscient personnel qui se distingue de l’inconscient collectif.
L’inconscient personnel appartient à l’individu et à lui seul. Il se compose des impulsions et des désirs infantiles refoulés ; de ce que l’on n’aime pas ou qui n’est pas socialement acceptable ; des perceptions subliminales et des innombrables expériences oubliées.
L’inconscient collectif est une strate plus profonde que l’inconscient personnel ; c’est la substance inconnue d’où émerge notre conscience. Son existence est en partie déduite de l’observation du comportement instinctif.
Les instincts sont définis comme des impulsions vers l’action sans motivation consciente.

Civiliser l’être humain mène à un compromis entre l’homme et la société, entre ce qu’il semblerait qu’il soit et la composition du masque derrière lequel il vit. Jung nomme ce masque persona, nom donné par les acteurs de l’Antiquité pour désigner le rôle qu’ils jouaient. La persona est un phénomène collectif. Elle est la nécessité qui nous relie au monde. Elle simplifie nos contacts en indiquant ce que nous pouvons attendre d’autrui et, dans l’ensemble, les rend plus agréables. Ceux qui négligent le développement de la persona ont tendance à être gauches, à choquer les autres et à avoir des difficultés à faire leur place dans le monde.
L’aspect de nous-mêmes qui veut faire tout ce que nous ne nous permettons pas, et que nous trouvons dans l’inconscient personnel, Jung l’appelle l’ombre. C’est notre être inférieur. Plus la société dans laquelle nous vivons est étroite et restrictive, plus grande est notre ombre. L’aspect collectif de l’ombre est exprimé sous la forme de Satan et de la sorcellerie en général.

Pénétrons plus profondément dans l’inconscient : l’inconscient de l’homme contient un élément féminin complémentaire ; et celui de la femme, un élément masculin. Jung les appelle respectivement anima et animus.
Une image collective de la femme réside, de façon héritée, dans l’inconscient de l’homme. A l’aide de celle-ci, l’homme appréhende l’essence féminine. Vient s’ajouter l’expérience subjective de l’enfant et l’image qu’il a de la mère. Par la suite, l’homme projette l’image sur les diverses femmes qui, de ce fait, l’attirent. Naturellement, cela mène à un éternel malentendu, car la plupart des hommes n’ont pas conscience de projeter leur propre image intérieure de la femme sur un être dissemblable.
Le raisonnement identique s’applique pour l’image de l’homme chez la femme.

De l’inconscient surgissent les archétypes. Ce sont des formes de représentation, des intuitions présentes a priori, c’est-à-dire innées.
Les archétypes sont inconscients et ne peuvent donc être postulés. Nous en prenons conscience à travers certaines images typiques qui reviennent dans la psyché. Ce sont les images primordiales qui se sont formées durant les milliers d’années où le cerveau et la conscience de l’homme émergeaient de l’état animal. Leurs représentations, tout en ayant une qualité primordiale, sont atténuées ou modifiées selon l’époque à laquelle elles se manifestent. Certaines apparaissent sous une forme abstraite ou géométrique, par exemple : le cercle, la pyramide, le carré… D’autres se présentent sous formes humaines ou semi humaines, sous formes de dieux, de déesses, de nains, de géants, sous formes d’animaux ou de plantes réels ou fantastiques, dont on retrouve d’innombrables exemples dans la mythologie.
Les archétypes sont vécus à la fois comme des émotions et des images. Leurs effets sont particulièrement remarquables dans des situations humaines typiques et significatives, telles que la naissance ou la mort, le triomphe des obstacles naturels, les âges de la vie où l’homme se transforme, le danger extrême ou l’expérience de la terreur. Dans ces circonstances, une image archétypique qui aurait pu être dessinée dans les grottes de la préhistoire, apparaît souvent au cœur des rêves des plus modernes des hommes.

C- La mythologie

Jung consacre beaucoup de temps à l’étude des mythes. Il les considère comme des expressions fondamentales de la nature humaine.
Certes, lorsqu’un mythe est élaboré et exprimé verbalement, la conscience lui a donné une forme ; mais l’esprit du mythe (la pensée créatrice qu’il représente, le sentiment qu’il exprime ou évoque, le corps de son sujet) vient de l’inconscient collectif. De ce fait, les mythes se retrouvent sous des formes similaires parmi tous les peuples et tous les âges. Quand l’homme perd la faculté de créer des mythes, il perd contact avec les forces créatrices de son être. La religion, la poésie, les contes de fées, dépendent de cette même aptitude.
Jung dit que notre pensée ne peut pas saisir clairement les archétypes, parce qu’elle ne les a pas inventés. Tenter de définir l’inconscient collectif, c’est tenter l’impossible ; car on ne peut connaître ni ses limites ni sa véritable nature. Tout ce qu’on peut faire, c’est observer ses manifestations, les décrire et essayer de comprendre.
En tant que protestant, Jung était très attiré par la religion catholique qui avait pour lui le mérite d’avoir donné une grande place aux mythes et d’être à ce point attentive aux besoins de l’inconscient collectif qu’elle sut, au cours de son histoire, en créer de nouveaux.
Jung s’est beaucoup intéressé à l’alchimie qui lui procurait des matériaux issus de mythes d’une grande richesse. L’alchimie constituait le lien qui réunissait l’esprit de la gnose à celui de la psychologie des profondeurs.

Il y a dans notre monde deux grands courants religieux qui s’opposent en permanence. L’un est celui des religions révélées, du dieu présent parmi les hommes, du dieu qui parle, qui gronde, qui ordonne ; ce sont les religions de la conscience (tel le judéo-christianisme). L’autre courant religieux demeure dans les profondeurs secrètes de l’inconscient : c’est la gnose, les religions de l’esprit et de la connaissance, les religions pour lesquelles Dieu demeure l’inconnaissable (tel le christianisme cathare).

D – Les types psychologiques

De la même façon qu’il existe des religions qui procèdent plutôt de la conscience et d’autres plutôt de l’au-delà et de l’inconscient, il est des hommes qui sont plus particulièrement tournés vers l’extérieur d’eux-mêmes, d’autres, vers l’intérieur.
Jung a défini deux grands types psychologiques : celui qui est caractérisé part une attitude extravertie et celui qui est caractérisé par une attitude introvertie. L’attitude extravertie se caractérise par un écoulement extérieur de la libido, un intérêt pour les événements, les êtres et les choses, une relation, une dépendance vis-à-vis d’eux. Lorsque, chez un sujet, cette attitude est habituelle, Jung le décrit comme appartenant au type extraverti. Le type extraverti est sociable. Dans un milieu qu’il ne connaît pas, il montre de l’assurance. Il est généralement en bon terme avec le monde. En cas de désaccord, au lieu de se retirer, selon la tendance du type opposé, il préfère argumenter et chercher querelle ou essayer de reconstruire selon ses propres critères.
A l’inverse, l’attitude introvertie est une attitude de retrait. La libido s’écoule à l’intérieur. Elle se concentre sur des facteurs subjectifs. La nécessité intime est l’influence prédominante. Quand cette attitude est habituelle, Jung parle de type introverti. Le sujet manque d’assurance dans son rapport aux autres et aux choses, il a tendance à être asocial et préfère la réflexion à l’action.
Chaque type sous-estime l’autre. Il voit l’aspect négatif plutôt que les qualités positives de l’attitude opposée. Cela provoque un éternel malentendu. Au cours du temps, cela a mené à la formulation de philosophies antagonistes, de psychologies contradictoires, de valeurs et de modes de vie différents. Un comportement équilibré inclut à parts égales l’extraversion et l’introversion.
Jung analyse l’influence des deux attitudes dans l’histoire, la façon dont elles ont affecté la philosophie et le développement de la religion. Il détermine leur effet sur la poésie, l’esthétique et, enfin, sur la psychologie.
En occident, nous préférons l’attitude extravertie. Nous la décrivons en termes flatteurs : esprit ouvert, bien adapté… L’attitude introvertie est qualifiée d’égocentrique et même de morbide. En revanche, en orient, l’attitude introvertie a prévalu. Sur cette base, on peut trouver une explication au développement matériel et technique de l’occident et au plus grand développement spirituel de l’orient.

L’analyse s’affine en quatre fonctions, utilisées par l’un ou l’autre des deux types introverti et extraverti pour se conduire dans le monde : la sensation, le sentiment, la pensée, l’intuition, qui, lorsqu’elles se répètent, déterminent une influence dans le type précédemment défini.

Type sensation (opposé au type intuition)
La sensation se définit comme la perception des sens.

  • Prend les choses comme elles viennent, les ressent comme elles sont
  • Seuls comptent la force et le plaisir de la sensation;
  • Irrationnel;
  • Facile, gai;
  • Grande capacité de jouissance;
  • Surestimation des sens.
Introverti
  • Expérience de la sensation plus importante que l’objet ;
  • Difficulté d’expression ;
  • Ecrasé par les impressions.
Extraverti
  • Seul importe l’objet de la sensation.
Type sentiment (opposé au type pensée)
Le sentiment se définit comme la mesure des valeurs et leur coloration affective.

  • Idée arrêtée des choses ;
  • Hiérarchie des valeurs ;
  • Sens de l’histoire et de la tradition ;
  • Préoccupation pour les relations humaines.
Introverti
  • Gouverné par des facteurs subjectifs :
  • Froid ;
  • Intensité du sentiment avec manque de manifestation ;
  • Naturel ;
  • Ne s’adapte pas ;
  • Ami fidèle ;
  • Digne de confiance.
Extraverti
  • Accord avec le monde :
  • Intérêt pour la relation personnelle ;
  • Tact et charme ;
  • Chaleureux ;
  • Sympathique ;
  • Utile ;
  • Superficiel ;
  • Hypocrite.
Type pensée (opposé au type sentiment)
La pensée donne un sens et permet de comprendre.

  • Pèse le pour et le contre ;
  • Apprécie la logique, les données objectives ;
  • Base sa vie sur des principes ;
  • Imposer ses opinions devient un devoir moral ;
  • Déteste et craint l’irrationnel ;
  • Refoule l’émotion et le sentiment ;
  • Néglige l’art et l’amitié de la relation.
Introverti
  • Intérêt pour les idées ;
  • Personnage étrange ;
  • Peu d’attention au monde ;
  • Timide et silencieux ;
  • Néglige le sentiment.
Extraverti
  • Intérêt pour les faits.
Type intuition (opposé au type sensation)
L’intuition nous parle des possibilités futures et nous renseigne sur l’atmosphère qui baigne toute expérience.

  • Suggère ;
  • Perception de réalités inconnues du conscient ;
  • Tourné vers l’inconscient ;
  • Issue dans une situation embarrassée.
Introverti
  • Rêveur, visionnaire, mystique, fantasque, artiste ;
  • Révélation de nature religieuse ou cosmique ;
  • Peu de place dans le monde d’aujourd’hui ;
  • Contagieux.
Extraverti
  • Prévention contre le familier et l’ordre établi ;
  • Aventurier ;
  • Ne respecte pas la coutume ;
  • Sacrifie tout à l’avenir ;
  • Saisit sa chance ;
  • Sème mais ne récolte jamais ;
  • Insensible aux sentiments et convictions d’autrui.
E – La fonction religieuse naturelle

L’étude des archétypes de l’inconscient collectif a conduit Jung à conclure que l’homme possède ce qu’il appelle une fonction religieuse naturelle.
L’équilibre psychique dépend tout autant de sa juste expression que de celle des instincts. Cette fonction religieuse influence l’homme aussi puissamment que l’instinct sexuel ou l’instinct d’agression. L’homme primitif est aussi soucieux de cette fonction, c’est-à-dire de la formation des symboles et de l’édification d’une religion, qu’il l’est du labourage, de la chasse, de la pêche et de l’accomplissement de ses autres besoins fondamentaux.
Malgré l’attitude moderne de dénigrement, homme et femme sont tout aussi naturellement religieux qu’ils le furent jadis. Cependant, une grande part de l’énergie qui s’écoulait autrefois dans le rituel d’observation religieuse, s’exprime aujourd’hui dans les croyances politiques ou dans la recherche de la connaissance. Nombre de chercheurs en astrophysique, en physique nucléaire ou en neurologie se qualifient eux-mêmes de néo-gnostiques.

L’expérience de l’image de Dieu ou de l’archétype du soi est à la fois la plus vitale et la plus écrasante que puisse faire l’homme.
Le centre de la conscience est le moi. S’il tente de grossir des contenus inconscients, il y a danger de destruction.
Le soi inclut le conscient et l’inconscient. Il agît sur les éléments disparates de la personnalité et constitue le centre de cette totalité, comme le moi est le centre de la conscience. Le soi est la fonction qui unit et transforme tous les éléments opposés chez l’homme et chez la femme : le conscient et l’inconscient, le bien et le mal, le masculin et le féminin. Il faut, pour l’atteindre, accepter ce qui, dans la nature, est inférieur, irrationnel et chaotique. Une personne mûre ne peut y parvenir sans une lutte considérable.
Le contact avec l’esprit oriental, aux yeux de Jung, éclaircit bien des secrets de l’inconscient. L’hindou voit le bien et le mal dans l’être ; le concept du tao inclut la totalité ; le yoga chinois tend à l’équilibre des forces lumineuses (yang) et obscures (Yin). L’esprit oriental a certes aidé Jung à formuler le concept du soi, mais notre destin d’occidentaux n’est pas de porter un vêtement d’un exotisme exubérant ; la science est l’outil de l’esprit occidental.

Jung précise que son concept du soi ne se rapporte pas à une sorte de conscience universelle qui, en fait, n’est qu’un autre nom de l’inconscient. Il s’agit plutôt d’une prise de conscience, d’une part, de notre nature unique, d’autre part, de notre rapport intime avec toute vie, non seulement humaine, mais animale et végétale et même avec la matière inorganique du cosmos.
Le soi apporte un sentiment d’unicité et de réconciliation avec la vie que l’on peut alors accepter telle qu’elle est, non telle qu’elle devrait être.
La pleine expérience de l’archétype du soi est découverte intime de Dieu. Le Christ constitue pour le chrétien l’image archétypale du soi. Cependant, l’attitude occidentale, axée sur l’objet, a tendance à situer l’exemple du Christ dans son aspect objectal, à favoriser une initiation purement extérieure et à priver ainsi l’archétype de son lien secret avec l’homme intérieur.
L’attitude qui consiste à projeter tout ce qui est bien sur une image lointaine de Dieu et tout ce qui est mal sur une image non moins lointaine du Diable, dépouille la psyché de sa valeur et de son sens. Si la valeur suprême (le Christ) et la non-valeur suprême (Satan) sont à l’extérieur, l’âme est vide. Il lui manque ce qu’il y a de plus élevé et ce qu’il y a de plus bas.

F – L’individuation

La gnose reconnaît l’âme comme le siège des conflits entre le bien et le mal. L’absence de credo et de véritable rituel dans les Eglises gnostiques (et cathares) permet au croyant d’évoluer dans l’expression de son véritable état psychique ; la révélation n’est pas achevée et les Evangiles sont toujours à écrire, non pas comme des livres d’histoire, mais comme une expression du soi et un surgissement de l’esprit.

La découverte en soi de l’homme total est ce que Jung appelle le processus d’individuation. Il est quelquefois décrit comme un voyage psychologique. Il peut être un chemin tortueux et glissant et semble parfois tourner en rond. Cependant, l’expérience a montré que la description la plus exacte est celle de la spirale. Dans ce périple, le voyageur doit d’abord rencontrer son ombre et apprendre à vivre avec cet aspect de lui-même, formidable et souvent terrifiant. Il n’y a pas de totalité sans reconnaissance des opposés. Le voyageur entrevoit aussi les archétypes de l’inconscient collectif et affronte le risque de succomber à leur étrange fascination. Si la chance lui sourit, il finit par trouver le trésor difficile à atteindre, le trésor du graal.
Quoique tout soit d’abord vécu en image, c’est-à-dire symboliquement, il ne s’agit nullement de dangers en carton, mais de risques très réels auxquels, dans certains cas, un destin peut-être suspendu. Le danger principal consiste à succomber à l’influence fascinante des archétypes.
Jung appelle inflation la possession par les archétypes. Il s’agit d’une invasion venant de l’inconscient collectif.
Pour connaître l’inconscient, il faut en faire l’expérience. Il n’est plus alors inconscient au sens strict du terme, mais étrange, violent, chaotique. Il se présente sous forme de rêves et de visions pouvant apparaître de temps en temps, fondre sur une personne comme un déluge. Si le moi peut se libérer de cette inflation, s’il peut abandonner un peu de sa croyance en son omnipotence, il devient possible de trouver quelque part une position entre celle du conscient, avec ses valeurs durement gagnées, et celle de l’inconscient, avec sa vitalité et sa puissance. Un nouveau centre de la personnalité peut alors émerger. Jung appelle le soi ce nouveau centre de la personnalité. Il est la totalité de l’âme.


cathares, philosphie cathare, catharisme

Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





Cathares, catharisme, philosophie cathare