Chemins cathares


Philosophie du catharisme










Août 2007, sur la place du village...

IIIe Dispute de Roquefixade

La Dispute de Roquefixade

Dogmes et liberté de conscience
dans les religions chrétiennes

  • Débatteurs :
    • Marcel PERRIER (Evêque de Pamiers)
    • Bernard BORDES (Pasteur du Mas d’Azil)
    • Yves MARIS (Philosophe cathare)
  • Modérateur :
    • Patrick LASSEUBE (Maire de Saint-Lys)
  • Extraits...

    L’évêque – [...] Il y a un enseignement qui est exigeant : « Si tu ne crois pas ça, tu ne fais pas parti de la communauté ! » C’était les décrets, c’était les anathèmes : celui qui croit cela, qu’il soit anathème ! Celui qui ne croit pas cela, qu’il soit anathème ! Reconnaissons que, dans l’histoire de l’Eglise, il y a eu des affirmations très nettes. [...]

    Le pasteur – [...] Je suis un chrétien dogmatique ! La Confession de foi de La Rochelle, dont Calvin a été l’inspirateur, reprend tout bonnement l’ensemble des dogmes de l’Eglise primitive : le Credo, le symbole des apôtres, de Nicée et de Constantinople. [...]

    Le cathare – [...] En tant que cathare, je ne peux regarder le dogme des autres qu'avec crainte ! Il n’y a pas de dogmatique dans la pensée cathare. C’est une vision du monde à partir de laquelle chacun dirige sa vie en conscience. La pensée cathare est originale par rapport à la pensée catholique et à la pensée protestante, qui participent de la pensée dogmatique unique née au concile de Nicée.
    L’on comprend que l’Eglise devient à son tour persécutrice parce qu’elle est devenue un pouvoir d’Etat. On ne peut pas séparer la dogmatique du pouvoir. Aujourd’hui, où l’Eglise n’a plus de pouvoir d’Etat, l’on peut presque dire que la dogmatique se perd. [...]

    L’évêque – [...] Les cathares du Moyen Age étaient tout à fait non-violents ; mais il reste que de ne pas adhérer au baptême, à l’eucharistie, au mariage et aux funérailles, de ne pas accepter le calendrier chrétien [catholique], cela provoquait une espèce de désordre dans une communauté chrétienne [catholique]. [...]

    Le pasteur – [...] Je ne veux pas défendre absolument Nicée, uniquement Nicée, mais, par exemple, comme a dit mon collègue évêque (quelques rires), il est vrai que ce n’est pas Constantin qui a écrit le symbole de Nicée. Je crois que l’on ne peut quand même pas lier dogme et pouvoir de cette manière, comme s’il y avait forcément cohésion entre le pouvoir et le dogme de manière automatique. Il me semble qu’il faut quand même arriver à les différencier. Ce n’est pas parce que les choses se sont produites dans un certain contexte que l’on a écrit les confessions de foi, par exemple La Rochelle, qui est la confession de foi protestante. Quand on la relit aujourd’hui, il y a des articles qui sont très polémiques. On ressent tout de suite le contexte très difficile de l’époque. Malgré tout, ce n’est pas pour ça qu’on va la mettre à la corbeille. Elle contient des vérités qui me semblent intemporelles et séparées du pouvoir, justement. Par exemple, le symbole de Nicée ne dit jamais : vous devez exercer une pression sur la conscience de l’autre individu pour le forcer à croire ce qui est dans ce texte. Et cela, je crois précisément que ce ne serait pas dogmatique. Je ne suis pas sûr qu’il faille toujours lier dogme et pouvoir de cette manière-là. [...]

    Le cathare – [...] Je suis toujours surpris par les propos lénifiants de l’Eglise installée ou du Temple… Constantin avait une telle vision du christianisme, qu’il décida de se convertir s’il gagnait la bataille du pont de Vilnius contre Maxence, c’est-à-dire si l’Italie s’offrait à lui. Sa conversion au christianisme est une conversion les armes à la main, une conversion de conquête, qui ne fait pas référence à l’Evangile, qui fait référence à cet Ancien Testament, le boulet que nous traînons !
    Si, pour les cathares d’aujourd’hui, il y a un modèle, c’est Gandhi, l’apôtre de la non-violence. La vision du monde des cathares n’est pas celle de Gandhi ; mais, dans un contexte de non-violence, il y a un accord parfait.
    Dans la repentance, les cathares ont été oubliés. Je me suis posé la question : pourquoi ? La seule idée qui me vient, est que l’on ne peut pas se repentir du massacre des cathares sans dissoudre l’ordre dominicain ! [...]

    L’évêque – [...] Vous feriez beaucoup de dégâts en supprimant les dominicains. Jean Paul II a fait « la repentance ». Je l’ai entendu dire : « Nous avons fait sincèrement la repentance. » Il mentionné l’Inquisition. Je pense qu’il y mettait les cathares. Parce que s’il avait fallu y mettre tous les groupes qui ont été persécutés, à ce moment là, il aurait fallu faire un nouveau livre ! [...]

    Le cathare – [...] La liberté de conscience, ce n’est pas la liberté de dire ce que l’on veut et de dire tout et n’importe quoi. La liberté de conscience, c’est être libre dans ses pensées. Mais c’est un travail très difficile. Si nous sommes éveillés, par rapport à nous-mêmes, nous nous rendons compte que nous ne pensons pas véritablement. Notre discours intérieur comme notre discours extérieur est d’abord un discours d’intérêt, c’est-à-dire, un discours qui est lié aux appétits de notre incarnation. Ces passions qui nous animent et dont le moteur est constitué de nos intérêts, pour la pensée cathare, elles enferment l’âme dans le corps, si bien qu’au lieu d’être pure, l’âme est empreinte des appétits de l’incarnation.
    L’homme est une âme, une psyché. Le corps est le vêtement en lequel l’âme est enfermée. Si l’âme doit subir les aléas, les appétits, les passions du corps, à ce moment-là, elle est étroitement liée à ce corps. La démarche de purification du parfait cathare, consiste à se vivre en tant qu’homme, c’est-à-dire, en tant qu’âme, une âme qui est libérée, séparée du corps. C’est en ce sens-là qu’il peut avoir un projet d’immortalité ; parce que l’âme purifiée, est une âme cristalline, limpide comme une eau claire, c’est-à-dire une âme qui ne porte plus aucun discours d’intérêt, aucun discours attaché au corps. C’est cela la perception du divin. [...]










    Histoire et philosophie cathare

    Yves Maris

    e dualisme chrétien trouve ses fondements dans la philosophie de Paul de Tarse. Son disciple, Marcion de Sinope, montre l’irréductible opposition des deux concepts de Dieu portés par la vieille Bible et par l’Evangile. Son Eglise spirituelle s’étend de l’Orient à l’Occident dès le IIème siècle, jusqu’à tendre le relais à la nouvelle Eglise des bons chrétiens (les cathares) et disparaître au XIème siècle.

    Nous proclamons qu’une telle vision du monde est toujours vivante au XXIème siècle et qu’un questionnement semblable progresse dans les sciences et les consciences.

    Dieu n’a pas de réalité dans le monde. Il est absent et n’est pas opposable. Pourtant, l’idée de Dieu purifiée se révèle dans les esprits. Cette purification est un chemin de vérité qui passe par la réalité des faits et la logique du discours. Toute lecture des textes fondateurs doit s’appuyer sur la méthode historico-critique qui invalide les raisonnements théologiques.

    La vieille Bible montre un Dieu législateur attaché aux valeurs mondaines, tandis que l’Evangile dévoile un Dieu détaché du monde.

    Paul élabore l’idée de deux créations :

    • le Dieu biblique crée un homme instinctif et passionné, issu du règne animal;
    • le Christ crée un fils d’homme, issu du règne de l’esprit, capable du discernement de conscience. Il n'annonce pas la régénération de la chair, mais le rebut.

    Le monde fondamentalement mauvais dans lequel nous vivons appartient au Diable. Le mal – qui n’est, tout simplement, que ce qui fait mal – est premier et le bien ne vient jamais que soulager l’excès de mal. Le dualisme oppose la non-violence à la violence. Vu que le mal est intrinsèquement lié à la vie, pourquoi imaginons-nous un Dieu créateur de toute bonté ? Il y a là une sorte d’attachement affectif qui nous relie au Diable comme l’esclave à son maître. Ce questionnement nous situe dans la tradition paulinienne où nous retrouvons le christianisme de Marcion de Sinope et des cathares d’Occitanie.

    Nous témoignons que les flammes des bûchers n’ont jamais brûlé les pensées. Une espérance nouvelle germe dans les multitudes qui pérégrinent par les sentiers escarpés des hauts lieux de la pensée cathare. Nos moyens de communication nous relient aux chrétiens en quête de sens et aux croyants cathares d’Europe et d’Occident. Notre christianisme n’est pas dogmatique. Il s’agit d’abord d’un questionnement qui a pour origine la vision douloureuse du monde. Il suscite la compassion et s’inscrit dans la simplicité de vie. Et chacun de nous se hâte à son rythme, sur le même chemin, vers le dieu inconnu.

    La philosophie cathare est une philosophie de libération qui renverse la perspective commune. Elle rencontre, dans la société humaine, une difficulté aussi grande que celle de Galilée qui cherchait à démontrer que l’évidence était pourtant l’erreur.

    En 1309, le dernier cathare revêtu et martyr, Guillaume Bélibaste, prophétisait : « Au bout de sept cents ans le laurier reverdira… »


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    Yves Maris, philosophe cathare
    Yves MARIS
    8 mai 1950 - 29 juillet 2009
    Biographie


    RESURGENCE CATHARE


    Le Manifeste
    Ouvrage présenté et recommandé
    aux auditeurs de France Culture
    par Michel Cazenave, producteur de
    l'émission «Les Vivants et les Dieux»

    Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
    de l'Université de Navarre (Espagne)
    LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



    THESE DE DOCTORAT


    En quête de Paul
    L’affrontement de deux conceptions opposées
    du monde au moment de l’émergence de
    l’idée chrétienne fondatrice de la culture
    et de la pensée occidentale, tel est l’objet
    de cette quête

    En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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