Chemins cathares


Philosophie du catharisme










Lettre de Roquefixade



Yves Maris - septembre 2008

La société organisée ou la nation a un centre et une limite. On peut voir une multitude d’anneaux concentriques échelonnés du point central de l’autorité à la circonférence marginale. La force d’attraction agit sur les premiers, les resserre et les attire vers le centre. La force centrifuge agit sur les derniers et les distend. Elle contrarie l’attraction jusqu’au délitement. Peu à peu le cœur social se rétrécit et la périphérie s’étend. Autour se crée un éparpillement d’hommes et de femmes soumis à la force d’attraction sociale mais écartés par la force contraire. Ils ne peuvent ni entrer ni revenir dans le dernier cercle qui clôt la société. Il y a grande difficulté à s’opposer à la force centrifuge pour franchir les marges et remonter la suite des anneaux. L’argent, la situation familiale, la reconnaissance intellectuelle ou artistique, la beauté du corps font que l’on appartient à un cercle plutôt qu’à un autre.

Il est loisible à chacun de visiter les divers anneaux qui dessinent le monde social sans perdre de vue le lieu assigné par le destin. On va et l’on vient, selon que l’on s’accroche à une volonté de fer, tendue vers le centre, ou que l’on se laisse aller à la dérive, par épuisement. Il se peut aussi que l’on refuse de pointer la cible, que l’on exclut de jouer au jeu de société. Tel est l’état d’esprit des cathares qui observent la roue de la fortune et les jetons qui s’empilent ou se ratissent, sans s’asseoir à la table des joueurs. Ils voient les passions, les émotions, les craintes et les tremblements, les gagnants admirés et les perdants dédaignés. Les cathares sont nécessairement présents en ce monde, mais ils vivent en un lieu différent.

Accompagner les bénévoles des associations caritatives lors des distributions de vivres aide à comprendre où se situent les limites. La main tendue permet aux déshérités de s’accrocher à la société de consommation. Nul ne voit l’alternative. L’Europe envoie quelques lots de surproduction agricole, les supermarchés se débarrassent des produits frais prêts à jeter et les étagères de surplus sont disposées pour l’aumône. Aucun choix diététique, des boites pour manger ! Les pauvres de notre société, ceux à qui l’Etat accorde heureusement un minimum vital, sont souvent replets ; comme si manger à l’excès devenait la condition de la survie, comme si l’enflure du corps préservait de la famine. L’existence des misérables est loin d’être enviable. Les mères de famille ouvrent leurs sacs à la pitié des dames patronnesses qui les emplissent de produits aux couleurs et slogans dérisoires. Puis, elles vont confuses, nourrir quelques autres.

Que ces pauvres restent attirés par la société de consommation ne se remarque pas seulement au regard qu’ils portent sur l’étiquette, mais à la cigarette allumée, au téléphone greffé à l’oreille, à la voiture habituelle. La solution à l’inconfort et à la misère morale est pourtant toute proche pour qui prendrait le temps de vider son âme du paradigme social. Qui connaît le Sermon sur la montagne et les Béatitudes ? Et les moines de Birmanie qui mendient leur bol de riz ? La richesse se loge au cœur d’une pauvreté choisie, tandis que la misère enveloppe la pauvreté subie. L’ascèse et la quête de simplicité donnent un sens à la vie, un regard vers l’infini. On peut manger bien moins et des produits plus sains, ne donner au corps que ce qu’il a mérité. Le secret est de rompre avec l’esprit grégaire, de ne plus vouloir comme les autres, de s’éloigner des normes. Faut-il quelque initiation pour s’élever hors du monde, pour se laisser porter par l’imaginaire jusqu’à la paix dans l’âme ? Qui suis-je pour tenir pareil discours ? Un homme qui vit de peu et découvrit un jour que la vie intelligemment simple est une grâce.

Il n’est pas vrai que nous devions satisfaire d’abord des besoins tels que manger et dormir. Dans les limites de notre société, où l’on ne meurt ni de faim ni de froid, les nécessités dépendent largement de l’état d’esprit de chacun. La vilenie s’attache au pouvoir d’achat. Le premier acte de libération consiste à construire sa vraie personnalité en rejetant les usages du monde. La propension malheureuse à consommer est le premier penchant que nous avons à vaincre. Notre questionnement exclut le jeune homme riche de l’Evangile. Il se complait et ne donne pas l’exemple d’une nature authentique.

Le cathare représente le modèle opposé. Il est la conscience qui a vaincu la créature avide, conformiste, craintive et possessive. Il s’est affranchi du mimétisme social, ce processus d’imitation machinale qui efface la personnalité au profit de la ressemblance commune ou de celle de la classe. Le cathare vit dans la société, certes, mais il est mentalement en un monde tout autre, en cette utopie qu’il reconnaît comme « le règne de Dieu ».









Histoire et philosophie cathare

Yves Maris

e dualisme chrétien trouve ses fondements dans la philosophie de Paul de Tarse. Son disciple, Marcion de Sinope, montre l’irréductible opposition des deux concepts de Dieu portés par la vieille Bible et par l’Evangile. Son Eglise spirituelle s’étend de l’Orient à l’Occident dès le IIème siècle, jusqu’à tendre le relais à la nouvelle Eglise des bons chrétiens (les cathares) et disparaître au XIème siècle.

Nous proclamons qu’une telle vision du monde est toujours vivante au XXIème siècle et qu’un questionnement semblable progresse dans les sciences et les consciences.

Dieu n’a pas de réalité dans le monde. Il est absent et n’est pas opposable. Pourtant, l’idée de Dieu purifiée se révèle dans les esprits. Cette purification est un chemin de vérité qui passe par la réalité des faits et la logique du discours. Toute lecture des textes fondateurs doit s’appuyer sur la méthode historico-critique qui invalide les raisonnements théologiques.

La vieille Bible montre un Dieu législateur attaché aux valeurs mondaines, tandis que l’Evangile dévoile un Dieu détaché du monde.

Paul élabore l’idée de deux créations :

  • le Dieu biblique crée un homme instinctif et passionné, issu du règne animal;
  • le Christ crée un fils d’homme, issu du règne de l’esprit, capable du discernement de conscience. Il n'annonce pas la régénération de la chair, mais le rebut.

Le monde fondamentalement mauvais dans lequel nous vivons appartient au Diable. Le mal – qui n’est, tout simplement, que ce qui fait mal – est premier et le bien ne vient jamais que soulager l’excès de mal. Le dualisme oppose la non-violence à la violence. Vu que le mal est intrinsèquement lié à la vie, pourquoi imaginons-nous un Dieu créateur de toute bonté ? Il y a là une sorte d’attachement affectif qui nous relie au Diable comme l’esclave à son maître. Ce questionnement nous situe dans la tradition paulinienne où nous retrouvons le christianisme de Marcion de Sinope et des cathares d’Occitanie.

Nous témoignons que les flammes des bûchers n’ont jamais brûlé les pensées. Une espérance nouvelle germe dans les multitudes qui pérégrinent par les sentiers escarpés des hauts lieux de la pensée cathare. Nos moyens de communication nous relient aux chrétiens en quête de sens et aux croyants cathares d’Europe et d’Occident. Notre christianisme n’est pas dogmatique. Il s’agit d’abord d’un questionnement qui a pour origine la vision douloureuse du monde. Il suscite la compassion et s’inscrit dans la simplicité de vie. Et chacun de nous se hâte à son rythme, sur le même chemin, vers le dieu inconnu.

La philosophie cathare est une philosophie de libération qui renverse la perspective commune. Elle rencontre, dans la société humaine, une difficulté aussi grande que celle de Galilée qui cherchait à démontrer que l’évidence était pourtant l’erreur.

En 1309, le dernier cathare revêtu et martyr, Guillaume Bélibaste, prophétisait : « Au bout de sept cents ans le laurier reverdira… »


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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