Le chemin de Damas


La violence de Satan contrarie la paix de Dieu


La confusion entre Dieu et Satan

6 - La violence de Satan contrarie la paix de Dieu

'injustice, ou l'infidélité en regard de la loi, et les prophètes mal inspirés, provoquent la colère sanglante du Seigneur-Yhwh (Ex. XXXII, 26-29) (Dt. XIII) (Is. XLII, 24d-25b : « On n'a pas voulu marcher dans ses voies et on n'a pas écouté sa loi. Alors il a déversé sur le peuple son ardente colère et la violence de la guerre. ») (Jr. III, 12e ; IV, 4d, 8d, 36d ; VI, 11a ; VII, 20b ; VII, 29c ; XXIII, 20a ; XXXII, 31 ; XLIV, 6a ; LII, 3) (Ez. V, 6 ; 15 : « En effet, ils ont rejeté mes règles et ils ne se sont pas conduits selon mes décrets. » ; Ez. VII, 8 ; XIII, 13 ; XXII, 20, 31) (Ps. LXXVIII 21c-22 : « La Colère s'éleva encore en Israël, parce qu'ils n'avaient pas cru en Elohim et n'avaient pas eu confiance dans son salut. ») (voir 1 Hén. CI, 3) (2 Ba. LXIV, 4). Ce courroux de Yhwh qui fait trembler les montagnes (Is. V, 25c) (Ps. XVIII, 8) (voir 4 Esd. VIII, 23c) est aussi engendré par le péché de l'Hébreu dans la relation à son prochain (Is. IX, 16e ; X, 4c) (voir Test. Rub. IV, 4) (2 Hén. XLIV, 2) (Test. Jb. XLIII, 11). Il s’abat sur les nations qui oppressent le peuple élu (Is. X, 25b ; XXX, 27b ; XXXIV, 2a ; LXIII, 6) (Jr. X, 10 : « Mais Yhwh est un Dieu véritable, il est le Dieu vivant et le roi éternel, par son courroux tremble la terre et les nations ne peuvent soutenir sa colère » ; Jr. X, 25a ; XXI, 5d ; XXV, 15b ; XXX, 24a ; LI, 6d) (Na. I, 6) (voir Or. Sib. IV, 135).

Selon l'Ecrit de Damas, Dieu visita une première fois la terre pour abattre sa colère sur la congrégation des traîtres (Damas I, 13-II, 1) (probablement la guerre de Pompée en 63 av. J.C.). Une seconde fois, Dieu visitera la terre « quand viendra la parole qui est écrite » (Damas B, I, 6). Quand apparaîtra « l'Oint d'Aaron et d'Israël » (Ibid. 10-11), les impies seront « livrés au glaive » (Ibid. 10) (Guerre XI, 11-12). Les temps seront consommés. Bélial sera le bras armé de la vengeance divine pour tous ceux qui se sont écartés de l'Alliance (Damas VIII, 1 ; B, I, 13-14). Les membres de la Communauté des Saints, forts dans l'observance des préceptes mais aussi « pauvres du troupeau » (Ibid. B, I, 9), seront sauvés lors de la dernière guerre de l'apocalypse :

    « Et au jour où tomberont les Kittim, (il y aura) une bataille et un rude carnage en présence du Dieu d'Israël ; car ce sera le jour fixé par lui dès autrefois pour la guerre d'extermination des fils de ténèbres [Rm. II, 5-11]. En ce (jour) s'approcheront pour un immense carnage la congrégation des dieux et l'assemblée des hommes. Les fils de lumière et le lot des ténèbres combattront ensemble pour la puissance de Dieu parmi le bruit d'une immense multitude et les cris des dieux et des hommes, au Jour du malheur [Rm. XIII, 12]. Et ce sera un temps de détresse po[ur tou]t le peuple racheté par Dieu [1 Co. VII, 26] ; et parmi toutes leurs détresses il n'y en aura pas eu de pareille à celle-là depuis qu'elle se sera déclenchée jusqu'à ce qu'elle se soit achevée pour (faire place à) la rédemption définitive [Mt. XXIV, 15-22]. Et au jour où ils combattront contre les Kittim, il [les] sau[vera du car]nage en ce combat [Rm. V, 9] » (Guerre I, 9-13)

Dans les mélanges d'idées que révèle la lecture des Memoria de Matthieu (du fait de la superposition de différentes strates de rédaction), l'on voit la contradiction de la représentation du Messie-Roi et celle de Jésus Christ : « Alors Jésus lui dit (à l'un des disciples) ; remets ton sabre en place, car tous ceux qui prennent le sabre, périront par le sabre. Crois-tu que je ne pourrais pas faire appel à mon père qui mettrait à l'instant à ma disposition plus de douze légions d'ange ? » (Mt. XXVI, 52-53). La thèse non violente semble postérieure à l'événement qu'elle détourne de sa signification. L'on ne voit pas, en effet, comment Jésus aurait pu accepter l’entourage de disciples en arme, s'il avait été fondamentalement non- violent : « Je ne suis pas venu mettre la paix mais le sabre. » (Mt. X, 34). L’on peut également supposer que Jésus prend place dans la marqueterie d’un texte préalable.

Chacun sent venir « le Jour de la colère » (Rm. II, 5) (Mt. XIV, 6), le « Jour de la grande bataille » (Guerre XIII, 14), de la lutte finale, de la guerre terrible contre Rome et la congrégation des traîtres qui marchent « dans la voie des impies » (Damas VIII, 9). Chacun sait aussi qu' « en tout temps [Dieu] se suscita des hommes appelés d'un nom, afin de laisser des rescapés à la terre et de remplir la surface du monde de leur postérité ; et il leur fit connaître par l'intermédiaire de ses Oints son esprit saint, et il montra la vérité » (Damas II, 11-13). Lors de la prise de Jérusalem par le roi Nabuchodonosor, « se souvenant de l'Alliance des patriarches, [Dieu] laissa un reste à Israël et ne les livra pas à l'extermination » (Damas I, 4-5). Lors de cet éclat de colère que l'Ecrit de Damas appelle « la première visite » (Damas B, I, 11), « il fit pousser d'Israël et d'Aaron une racine de plantation pour posséder son pays » (Damas I, 7). Il créa enfin « un Maître de justice » pour conduire les élus en la voie du droit et de la justice (Ibid. 11).

Paul cherche à constituer le nouveau « reste » qui sera sauvé de la colère qui vient (Rm. IX, 27), un greffon (Rm. IX, 16-19), une plantation nouvelle (1 Co. III, 6-8) ; « selon le choix de la grâce » (Rm. IX, 5) et non plus selon la juste pratique de la Torah. Il reconnaît en Jésus le Nazaréen, l'Oint attendu qui apporte « les prémices de l'esprit » (Rm. VIII, 23) et révèle la vérité de Dieu. Le temps presse, le jour est imminent : « Nous ne nous endormirons pas tous. » (1 Co. XV, 51). « Cette génération ne passera pas que tout ne soit arrivé. » (Mt. XXIV, 34).

Dans la confusion messianique, les Memoria de Matthieu placent la proclamation à l'identique dans la bouche de Jean (Mt. III, 2) comme en celle de Jésus (Mt. IV, 17) : « Convertissez-vous, le règne des cieux approche », c'est-à-dire le règne de Dieu, si l'on connaît la retenue hébraïque à prononcer « le Nom ». Il faut que le rachat intervienne avant l'apocalypse ; sinon il ne restera rien. Le royaume de Dieu sera dépeuplé ! L’embrouillement de la parole dévoile la volonté de concéder un rôle mineur à Jean vis-à-vis de celui que l'on ne doit plus considérer que comme le seul et unique messie. Le mélange des sources dans la composition des Memoria de Matthieu laisse percevoir une « succession » messianique.

Le Règlement de la guerre enseigne qu'à la fin des temps, les Saints porteront la lumière de la Torah jusqu'au bout du monde, jusqu'à vaincre peu à peu les ténèbres et l'absence du droit (Guerre I, 8). Les prophéties de l’apocalypse justifient la mission de Paul. Néanmoins, celle-ci s’affirme non violente. Il s'agit de retourner les pensées (2 Co. X, 4), non d'imposer la force du droit. L’apôtre trouve l’appui indispensable pour justifier la progression de la « loi de la foi » (Rm. VIII, 27) : « Vous savez que la maison de Stéphanas est les prémices de l'Achaïe et qu'elle s'est vouée au service des Saints » (1 Co. XVI, 15) ; « Saluez mon cher Epaenète qui est les prémices de l'Asie pour le Christ » (Rm. XVI, 5) ; « J’irai en Espagne » (Rm. XV, 24). L'apôtre tire les conséquences universelles de l'événement : le peuple élu n'est plus séparé ! Israël, doit également se convertir en la Nouvelle Alliance, en laquelle les nations elles-mêmes sont appelées (Hy. VI, 12-13) (Mt. VIII, 11-12).

Contre le discours de Paul, il est formellement enseigné que les hommes intelligents marcheront selon les ordonnances divines, conformément à la Règle de la Communauté, « jusqu'à la venue du Prophète et des oints d'Aaron et d'Israël » (Règle IX, 11) ; « durant le temps de l'impiété jusqu'à l'avènement de l'Oint d'Aaron et d'Israël » (Damas XII, 23-XIII, 1) (Ibid. XIV, 19) ; jusqu'à ce « que tout ne soit arrivé » (Mt. V, 18). La loi organise la vie du vrai Israël pendant le temps de la séparation d'avec le Seigneur.

Certes, l'on peut penser que lorsque la lumière divine aura définitivement vaincu le monde des ténèbres (Guerre XIII, 14-16), la préservation d'îlots de sainteté, que « les premières ou les dernières » ordonnances organisent (Ibid. B, I, 8-9), n'aura plus aucun lieu d'être ; puisque l'impiété et l'iniquité seront définitivement arrachées. En un règne absolu du divin, hors de la dualité des esprits, cette loi qui contraint, qui sépare, qui châtie, qui purifie, ne pourra jamais plus être tout à fait la même. Cependant, outre le fait qu'il n'y a (encore) que l'apôtre pour proclamer que les prophéties sont accomplies et que le règne commence (Mt. XV, 24), il n'en demeure pas moins que l'universalisme paulinien ne peut se réduire à l'enrôlement des nations pour une interprétation sublimée de la Torah. Pour l'apôtre, la loi extérieure reste fondamentalement contraire à toute idée d'un universalisme authentique.

La résurrection du Christ témoigne que le règne est inauguré. Le mode de la résurrection le fonde dans l'esprit. Son retour glorieux (1 Co. XV, 23) verra l'achèvement du premier règne ; le Christ mettra « tous ses ennemis sous ses pieds » (1 Co. XV, 25). L'oracle vient du Livre d'Isaïe : « Des rois seront tes nourriciers et leurs princesses tes nourrices. Ils se prosterneront devant toi, la face contre terre, ils sécheront la poussière de tes pieds et tu sauras que je suis Yhwh ; ceux qui espèrent en moi ne seront pas déçus. » (Is. XLIX, 23). Il est repris dans le Règlement de la guerre : « Et que leurs rois te servent, et que se prosternent devant toi tous tes oppresseurs, et [qu'ils lèchent] la poussière [de tes pieds] ! » (Guerre XII, 14-15). Les ennemis sont désignés : il s'agit de « toute principauté », de « tout pouvoir », de « toute puissance » (1 Co. XV, 24), des « prostitueurs du monde », des « exploiteurs », des « rapaces », des « idolâtres » (1 Co. V, 10-11 ; VI, 10), c'est-à-dire de l'ordre du monde et de la convoitise instituée par ses lois, ses hiérarchies et ses pouvoirs.

Le Règlement de la guerre appelle au « mépris pour les rois » ; au « dédain et [à la] moquerie pour les vaillants » (Guerre XII, 7-8) ; à l'extermination des « sept nations de vanité » (Ibid. XI, 8-9) ; au retranchement des « hommes de haute statu[re] » (Guerre XIV, 11) ; au mépris des « hommes agiles » et des « hommes respectés » et de tous les « êtres de vanité » (Ibid. 11-12). Il engage à l'ordalie des traîtres dont « l'esprit est brisé » (Ibid. 10).

    « Le Dieu de paix brisera vite le Satan sous vos pieds. » (Rm. XVI, 20)

Le Satan apparaît comme un terme générique qui désigne clairement les « ennemis » de Dieu au nombre desquels la mort n'est point le moindre (1 Co. XV, 25-26).
Selon l'enseignement de la Règle de la Communauté, Bélial est l'instigateur des péchés d'Israël et de sa rébellion à l'égard de Dieu (Règle I, 23-24). Les rebelles forment le « lot de Bélial » (Ibid. I, 5). Ils constituent la force et « la domination de Bélial » (Ibid. II, 19), durant le temps que Dieu a octroyé à celui-ci pour qu'il accomplisse les mauvaises œuvres (Hy. III, 29). Les Judéens qui persécutent le Juste forment la « congrégation de Bélial » (Ibid. II, 22) ; « C'est Bélial (qu'on voit), lorsque se manifeste le penchant de leur être. » (Ibid. VII, 3-4). Bélial habite les pensées (le cœur) de l'homme perverti (Règle. X, 21) ; ou bien, ce sont « les esprits de Bélial » (Damas XII, 2) (Jub. I, 20). « Les ruses de Bélial étaient [toutes] leurs [pe]nsées (des hommes de tromperie). » (Hy. II, 16-17). « Tel un conseiller, Bélial est avec [le] cœur (de l'incirconcis et de l'impur). » (Ibid. VI, 21-22). « Tous les fils de Bélial laisseront leurs fils incirconcis, comme ils sont nés. » (Jub. XV, 33). Mais Dieu « méprise toute pensée de Bélial. » (Hy. IV, 12-13).

L’Ecrit de Damas prophétise que Bélial (les nations) sera « lâché contre Israël » (Damas IV, 13). Bélial lancera « trois filets » pour prendre le peuple élu (Ibid. 15-18) ; « les pièges de Bélial » (Com. Ps. XXXVII, 10-11) (Flor. I, 8). Bélial suscite les princes iniques : « Jannès et son frère. » (Damas. V, 18-19). « Par l'intermédiaire de Bélial (les Kittim) », Dieu visite la terre (Damas. VIII, 2 ; B, I, 14), c'est-à-dire, par « l'armée de Bélial » (Guerre I, 1, 13 ; XV, 2-3). Les « sept nations de vanité » constituent « les bandes de Bélial » (Guerre, XI, 8-9). Dieu se sert de Bélial autant qu'il le combat (Guerre, IV, 1-2). « Les mystères » de l'hostilité de Bélial (Ibid. XIV, 9) appartiennent à Dieu (Ibid. XVI, 11). Ils cachent la ruse de Dieu. Celui-ci a « créé Bélial » autant « pour qu'on commît des fautes » que pour « la Fosse », c'est-à-dire, pour le châtiment des fauteurs (Guerre XIII, 10-11). Finalement, « sera levée la grande main de Dieu sur Bélial et sur le [lo]t de son empire » (Ibid. XIII, 1).

Le concept de Bélial enferme l'esprit hellénistique : « Et maudit soit Bélial à cause du plan d'hostilité ! Et exécré soit-il à cause de son service coupable ! Et maudits soient tous les esprits de son lot à cause de leur plan impie ! Et exécrés soient-ils à cause de leur service souillé et impur ! Car ils sont le lot des ténèbres, tandis que le lot de Dieu est pour la lumière [éternel]le ! » (Guerre XIII, 4-6). La souillure du Temple est donnée dans l'Ecrit de Damas comme l'un des « trois filets de Bélial » (Damas IV, 15) ; par lesquels « il a attrapé Israël et qu'il a placés [de]vant eux à l'instar des trois espèces de justice : le premier, c'est la luxure ; le second, ce sont les richesses ; le troisième, c'est la souillure du Sanctuaire. Qui échappe à celui-ci est attrapé par celui-là, et qui se sauve de celui-là est attrapé par celui-ci » (Ibid. 16-19). Pour l’apôtre, le Temple n'est point souillé par une mauvaise interprétation ou une utilisation perverse de la Torah (Mt. XXI, 13). Celle-ci est à jamais discréditée.

De même que Paul, le Testament des douze patriarches parle précisément de « Béliar » (2 Co. VI, 15). Il est le Prince du mal (Test. Aser I, 8), des désirs (Test. Aser. III, 2), de la luxure (Test. Rub. IV, 7, 11 ; VI, 3 ; Sim. V, 3). Il agit par l'intermédiaire d' « esprits d'égarement » (Test. Lévi III, 3 ; Jud. XXV, 3 ; Iss. VII, 7 ; Dan I, 7 ; Jos. VII, 4). Les œuvres de Béliar s'opposent à la loi du Seigneur (Test. Jos. XIX, 1 ; Iss. VI, 1). « La loi du Seigneur s'oppose à la loi de Béliar. » (Test. Neph. II, 6). « (Le Seigneur) délivrera de Béliar toute la captivité des fils des hommes » (Test. Zab. IX, 8 ; Dan V, 10). Si le Seigneur habite en l'homme, Béliar fuit loin de lui (Test. Dan V, 1). A leurs derniers instants, les hommes « font la connaissance des anges du Seigneur et de Béliar » (Test. Aser VI, 4).

Satan (« le procureur ») n’est plus chez Paul l’esprit hellénistique qui contrarie la volonté du Seigneur Yhwh. Il est l’esprit des lois ! Il apparaît comme le principe mondain de l'adversité, porteur d'un ordre qui n'est point divin. Paul se montre beaucoup plus extrême que les Esséniens en son jugement. La Torah elle-même tisse le filet de Satan.
Le Règlement de la guerre nous aide à comprendre l'idée que les puissances terrestres relèvent de leurs archétypes célestes. D'une part : « La multitude des anges est [à to]i dans le ciel, et les armées des anges, dans ton saint domaine, pour l[ouer] ton [Nom]. Et les élus du peuple saint, tu les as placés pour toi sur la t[erre]. » (Guerre XII, 1-2). D'autre part : « Quand [Bélial] se ceindra (pour venir) au secours des fils de ténèbres et que les tués parmi l'infanterie commenceront à tomber par les mystères de Dieu et qu'il éprouvera par eux tous ceux qui auront été désignés pour combattre. » (Guerre XVI, 11). Dieu lui-même combat du haut du ciel (Guerre XI, 17) (voir Mt. XIII, 41). Bélial descend du bas du ciel (le deuxième) pour jouer son rôle dans l'affrontement selon le plan de Dieu. « A la dernière trompette, car elle trompettera » (1 Co. XV, 52) proclame Paul en des termes qui rappellent ceux du Règlement de la Guerre : « A ce moment-là les prêtres sonneront [des six trompett]es du mémorial, et toutes les lignes de combat se rassembleront vers eux, et ils se partageront contre toutes les l[ignes des Kitt]im pour les détruire totalement. » (Guerre XVIII, 3-4) (Mt. XXIV, 31) (voir Is. XXVII, 13).

Le mémorial correspond au « Li[vre des noms » (Ibid. XII, 2), le « Livre de vie » (Jub. XXX, 22 ; XXXVI, 10), inscrit sur les tables célestes, en lequel sont cochés les noms de ceux qui auront part à la vie éternelle. Signalons au passage les termes de la malédiction de la Amidah, en sa douzième bénédiction : « Que pour les apostats il n'y ait pas d'espérance, et le royaume d'orgueil, promptement déracine-le en nos jours ; et les Nazaréens et hérétiques, qu'en un instant ils périssent, qu'ils soient effacés du Livre des vivants et qu'avec les justes ils ne soient pas écrits. Béni sois-tu (Yhwh), qui ploies les orgueilleux. »

Il est enseigné que les élus « [héritent] d'une stèle dans le combat [en union avec] ceux qui se lèveront de terre (...) et avec les élus du ciel (qui auront été) va[inqueurs] » (Guerre, XII, 5), afin de prendre part au jugement de Dieu (1 Th. IV, 16). Contrairement au Règlement de la Guerre, où l'on ne voit pas que les ressuscités soient autrement que charnels, Paul affirme que le monde à venir n'est point terrestre car « les morts seront relevés indestructibles » et les vivants « seront changés » (1 Co. XV, 52) (1 Th. IV, 17) ; « la chair ni le sang ne peuvent hériter du règne de Dieu » (1 Co. XV, 50).

« Puis ce sera la fin, quand il livrera le règne à son Dieu et père » (Ibid. 24) correspond dans le Règlement à : « Puis, au moment de Dieu, sa sublime grandeur brillera durant tous les temps [des siècles] pour le bonheur et la bénédiction ; la gloire et la joie et la longueur des jours (seront donnés) à tous les fils de lumière. » (Guerre I, 8-9). C'est le moment de « l'Alliance de paix » (Ibid. XII, 3).

La paix (« Chalom ») désigne un moment de bénédiction divine. En 1 Hénoch, la paix de Dieu est attendue pour la génération finale des enfants de Dieu, qui habiteront la terre pour le siècle à venir (1 Hén. LXXI, 15ss ; XCI, 1). De même que 1 Hénoch, le Livre des Jubilés associe la paix à la justice, comme caractéristiques du monde à venir (Jub. I, 15). La paix s'oppose à l'oppression que connaît le peuple de la part des Goyim et de tout pouvoir hors l'autorité de Yhwh. Elle est le corollaire de la justice, c'est-à-dire de la fidélité à Yhwh.

Lorsque le vieil Abraham exhorte le Très-Haut afin que la paix soit sur lui et sur sa descendance (Jub. XXII, 9), la paix, associée à la grâce divine autant qu'à la justice, est une paix de victoire qui suit la reconnaissance du peuple élu comme « un patrimoine parmi toutes les nations de la terre » (Ibid. 9). La paix découle de la reconnaissance universelle de la justice de Yhwh et de l'adhésion des nations à la Torah : « Que des nations te servent et que tous les peuples se prosternent devant ta justice. » (Ibid. 11). Lorsque Isaac donne sa bénédiction prophétique sur son fils Juda, il dit que la paix viendra lorsque « les peuples trembleront en [sa] présence et [que] toutes les nations trembleront. » (Jub. XXXI, 18). Dans le Testament de Lévi, le Prêtre nouveau fera régner la paix « sur toute la terre » (Test. Lévi XVIII, 4c) (voir Test. Jud. XXIV). Dans le Testament de Dan, la paix est liée à l'observation de la loi et à la présence du Seigneur au sein de son peuple : « Gardez donc, mes enfants, les commandements du Seigneur, et observez sa loi. Eloignez-vous de la colère, haïssez le mensonge, afin que le Seigneur habite en vous et que Béliar fuie loin de vous (...) Vous serez en paix, possédant le Dieu de paix, et la guerre ne l'emportera pas sur vous. » (Test. Dan V, 1-3).

Lorsque l’auteur de la Lettre aux Hébreux cherche à démontrer que Jésus est revêtu de la prêtrise de la fin des temps (en dehors de la transmission sacerdotale), il apporte l’argument que Melchisédeck était « roi de Salem c’est-à-dire roi de paix » (Hé. VII, 2).

La contrariété entre « le Dieu de paix » et le « Satan » (Rm. XVI, 20) nous aide à comprendre le concept de paix dans la pensée de Paul. L'idée d'une paix qui succède à la bataille et qui demeure relative au camp qui emporte la victoire, serait-elle totale, ne revêt pas l'universalité dont est porteuse la pensée de l'apôtre. Pour lui, en effet, au-delà de la reprise des thèmes propres à ses interlocuteurs, la paix s'impose comme un impératif de la conscience et caractérise l'absence de conflit dans le rapport entre les hommes (1 Co. VII, 15 ; XVI, 10). L'esprit lui donne une qualité pleine et profonde (Ga. V, 22) qui l'apparente à l'amour, non point à la guerre ou bien à l'après-guerre. De sorte qu'elle devient en chacun « la paix de Dieu » (Rm. I, 7) (1 Co. I, 3) (2 Co. I, 2) (Ga. I, 3) (Php. I, 2) en l'absence des conflits qui naissent de l'esprit du droit.

La paix qualifie la relation d'amour entre convertis reliés par la foi (Rm. XV, 13). Elle résulte de la filiation spirituelle établie avec « le Dieu d'amour et de paix » (2 Co. XIII, 11). A l'opposé, Satan apparaît comme le dieu du droit de la guerre. Son règne institue la relation légale entre les hommes. Il édifie les pouvoirs, qui règlent les relations conflictuelles (Rm. IV, 15), les organisent en un système qui se réglemente lui-même (1 Co. VI, 1-6), condamnent les hommes à l'esclavage (Rm. VIII, 15) et à la mort (Rm. VII, 5). La puissance de la loi n'est jamais que le droit du plus fort parmi le peuple (ou le plus rusé), ou bien du plus fort des peuples dans la société des nations. Ainsi, la loi du péché se déploie dans les domaines des lois qui appellent à l'obéissance ceux qu'elles tiennent en esclavage. La paix des armes indique l'équilibre de la convoitise. Satan en est le maître.

Note : Le "machiah" ou encore l'oint est dans la tradition hébraïque le sauveur ou le rédempteur qui apparaîtra à la fin des temps. Le Qaddich du culte se récitait : "Qu'il fasse régner son règne et germer sa rédemption et qu'il introduise son Messie et qu'il rachète son peuple, en vos vies et en vos jours et dans les jours de toute la maison d'Israël, à l'instant et dans un temps proche." L'attente de la venue imminente du Messie, attachée à la résurrection des morts, constitue le point majeur des croyances pharisiennes. Cependant, la tradition enseigne : "Nos maîtres disent : sept choses sont cachées aux hommes : le jour de la mort, le jour de la consolation (messianique), la vallée du jugement et l'homme ne sait pas ce qui est dans le cœur de son proche, ni en quoi il sera récompensé, ni quand viendra la royauté de David, ni quand disparaîtra la royauté impie" (T.B. Pesahim 54b). Annoncée par les prophètes Isaïe (Is. IX, 5-6), Jérémie (XXX, 9), Ezéchiel (XXXIV, 24 ; XXXVII, 24), Osée (Os. III, 5), Amos (Am. IX, 11), Zacharie (Za. XIII, 1), la restauration du royaume de David devait sauver Israël et imposer au monde entier la reconnaissance du seul Adonaï-Yhwh et la pratique de la seule Torah. La dynastie davidique étant reconnue comme l'élue de Yhwh (2 S. XXII, 51 ; Ps. LXXXIX, 35-38), les Memoria de Matthieu (Mt. I, 1-17) et de Luc (III, 25-38) s'appliquent à donner chacun une généalogie (différente) de Jésus qui le qualifie pour une reconnaissance messianique royale.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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