Le chemin de Damas


Les Judéens n'ont pas répondu à l'appel


La dualité en l'homme

4 - Les Judéens n'ont pas répondu à l'appel

es Hébreux ne peuvent justifier leur ignorance de la révélation du Christ en arguant du fait que la vérité (évangélique) ne leur a point été adressée (voir Ant. bib. XI, 2) : « Alors je dis : n'ont-ils pas entendu ? Allons donc ! » (Rm. X, 18). Paul évoque le psaume qui leur enseigne que l’idée de Dieu se découvre dans la magnificence des cieux ou du firmament : « Les cieux racontent la gloire de Dieu et le firmament annonce l’œuvre de ses mains ; le jour au jour en dit une parole et la nuit à la nuit en donne connaissance : pas de parole, pas de mots, leur voix n'est pas entendue, mais dans toute la terre leur rythme est perçu et leurs discours au bout du monde ! » (Ps. XIX, 2-5). D'une façon non moins universelle, le Christ dévoile en l'homme la réalité spirituelle (Rm. II, 14). De même que les cieux et le firmament constituent une preuve sensible de la présence du Seigneur-Yhwh pour l'Hébreu qui élève son regard, « la parole du Christ » (Rm. X, 17) révèle de façon tout aussi manifeste la vérité de Dieu à qui sait l'entendre. Mieux que le cosmos qui l'entoure, l'évangile porte en lui l'idée d'universalité.

La caution prophétique constitue le seul lien avec la tradition hébraïque, qui puisse garantir Paul de l'accusation de « prophète » ou « songeur de songe » qui prêche « la révolte contre Yhwh » (Dt. XIII, 2 ; 6). La mise à mort est la peine encourue ! L'on comprend la nécessité pour l'apôtre de démontrer que le Seigneur-Yhwh lui-même fit annoncer le retournement de l'Alliance : « Ils m'ont rendu jaloux par ce qui n'est pas Dieu, ils m'ont irrité par leurs vaines idoles, et, moi, je les rendrai jaloux par ce qui n'est pas un peuple, je les irriterai par une nation folle. » (Dt. XXXII, 21) (Rm. X, 19).

Le Livre d'Isaïe s'introduit (Is. I, 2) par une proclamation identique à l'oracle du Deutéronome. Il laisse croire à l'universalité de Yhwh : « Cieux, prêtez l'oreille et je parlerai et que la terre entende les paroles de ma bouche. » (Ibid. XXXII, 1). Mais il révèle bientôt un impérialisme théocratique qui se donne force de loi : « Le Rocher, dont l’œuvre est parfaite, puisque toutes ses voies sont justice, c'est le Dieu de vérité, et non de l'iniquité, il est juste et il est droit ! » (Dt. XXXII, 4). Le cantique constitue une évocation de l'histoire des Hébreux, tel le discours de Moïse avant sa mort. Il prévient des châtiments à venir.

Paul insiste (Rm. X, 20-21) : « J'ai été (Yhwh) accessible à ceux qui ne me consultaient pas, j'ai été à la portée de ceux qui ne me recherchaient pas. J'ai dit : "me voici, me voici" à une nation qui n'invoquait pas mon nom (Israël). J'ai tendu mes mains tout le jour vers un peuple rebelle qui marche sur la voie mauvaise, au fil de ses pensées. » (Is. LXV, 1-2). Le Seigneur-Yhwh s'adresse au peuple hébreu infidèle. Il lui reproche les violations de la Torah qui appellent un châtiment sévère. Paul modifie abusivement le sens des versets en adressant aux Hellènes des paroles que Yhwh ne destinait qu'aux Hébreux. En effet, la nation rebelle que les serviteurs de Yhwh sauvent de la destruction totale, n'est autre que le peuple élu : « Si Yhwh des armées ne nous avait laissé des rescapés, peu s'en fallait que nous ne soyons comme Sodome et ne ressemblions à Gomorrhe. » (Is. I, 9).

L’on doit toujours rester attentif au voisinage des attaques des Saints à l'encontre des Judéens et des factums de l'apôtre relayés par le pamphlet des Memoria. Néanmoins, la contradiction éclate entre Paul et la Communauté exilée. Le premier conclut radicalement que la Torah est inopérante, pis, qu'elle est néfaste. Les Saints affirment que les Judéens n'ont pas une connaissance exacte de la Torah.

L'on sait que le Maître de justice est présenté comme « le Chercheur de la loi » (Damas, VI, 7 ; VII, 18) (Flor. I, 11) ; les Saints « ont cherché » Dieu (Ibid. 6). La Règle de la Communauté s'adresse à « [l'homme intelligent, afin qu'il instruise les sa]ints, pour qu'ils viv[ent selon la règ]le de la Communauté ; pour rechercher Dieu de [tout leur cœur] et de [toute leur âme], [et] pour faire ce qui est bon et droit devant lui selon ce qu'il a prescrit par l'intermédiaire de Moïse et par l'intermédiaire de tous ses serviteurs les prophètes » (Règle I, 1-3) (Jub. I, 15). Certes, Paul sait reprendre le thème introductif de la Règle ; mais pour regretter à l’inverse : « Il n'y a pas d'intelligent, il n'y en a pas qui cherche Dieu. » (Rm. III, 11). L’apôtre ne se place aucunement dans la même perspective. La recherche de Dieu qu'il réclame se situe « en dehors de la loi » (Ibid. 21).

L'on sait que selon les Memoria de Matthieu, la justice de Dieu n'est pas en dehors de la loi, tout au moins tant que le règne de Dieu n'est pas réalisé (Mt. V, 18-19). Comme pour les Saints de la Nouvelle Alliance, il appartient à l'homme de rechercher cette justice dans la Communauté (essénienne pour les uns, nazaréenne pour les autres) (Mt. VII, 7). Notons le rapprochement : « Frappez et on vous ouvrira » (Ibid. 7) avec : « Tu nous as ouvert les portes du salut maintes fois à cau[se de ta grâce et de] ta [miséricorde] envers nous. » (Guerre XVIII, 8). La recherche doit être plus vraie et moins hypocrite que chez les Pharisiens (Mt. V, 20), mais toujours en conformité avec la Torah.

Si, pour Paul, Dieu se donne encore à chercher, ce n'est pas par la loi et les disputes de maîtres ou de jurisconsultes. C'est en l'homme libre que Dieu insuffle gratuitement sa grâce comme un don de l'esprit : « Il ne s'agit pas de vouloir ni de courir, mais que Dieu fasse miséricorde. » (Rm. IX, 16).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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